Nomination

Dialogue avec les syndicats, retour au cœur de métier, moyens financiers…. Les priorités de Jean Castex pour la RATP

Auditionné ce mercredi 9 novembre 2022 par l’Assemblée nationale, le candidat Jean Castex a dévoilé ses priorités pour la RATP. Sa candidature a été entérinée par les deux assemblées.

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Auditionné par l'Assemblée nationale, Jean Castex a confirmé son appétence pour les transports et rappelé qu'il avait été candidat à la présidence de la SNCF en 2019.

La nomination de Jean Castex comme successeur de Catherine Guillouard à la tête de la RATP ne fait plus de doute. Le candidat de l’Elysée a été adoubé par les deux assemblées. Après avoir été auditionné par le Sénat la veille, l'ancien Premier ministre a tenté de convaincre ses détracteurs – essentiellement à gauche, mais pas seulement, mercredi 9 novembre 2022, devant la Commission du développement durable de l’Assemblée nationale. Il a insisté sur la priorité à donner au réseau francilien. « Il faut travailler des marchés nouveaux, mais jamais au détriment du cœur de métier», a-t-il déclaré.Il ne sera plus question de privilégier les appels d’offre à l’international, mais bien de revenir à l’essence même de l'entreprise.

Trouver d’autres leviers pour recruter

Pénurie de chauffeurs de bus et de conducteurs de métros, démissions, absentéisme, service dégradé… Jean Castex défend «une vision politique au sens global du terme pour affronter ces défis. Il va falloir s’en donner les moyens collectivement». Sa priorité dès sa prise de fonction sera de s’attaquer aux difficultés liées à la disponibilité du personnel. «C’est le sujet dont je vais m’emparer aussitôt car il impacte la vie de millions de voyageurs franciliens, mais s’il n’y avait que la RATP qui avait du mal à recruter, cela se saurait.» Il compte rencontrer Valérie Pécresse, la présidente LR de la région et d’Île-de-France Mobilités (IDFM) peu de temps après sa prise de fonction. Il entend pacifier des relations qui se sont tendues avec la RATP ces derniers mois.

Bien conscient que le passage en force de Catherine Guillouard sur le statut des conducteurs de bus a laissé des traces et participe largement au climat actuel, il compte apaiser les relations avec les organisations syndicales, à la veille d’une grève qui sera massive, notamment en anticipant «les NAO dans les jours qui suivront ma nomination» pour faire face à l’inflation. Il a aussi rappelé que l’ancienne présidente n’est «pas restée sans agir avec des augmentations de 5,2% […] et des efforts sur les bas salaires et les métiers difficiles».

Reprendre les négociations

Pour accélérer les recrutements, le nouveau patron se donne 15 jours à trois semaines afin de trouver des leviers complémentaires et se félicite que la possibilité de recruter en intérim soit désormais possible. Bien entendu, il évoque une cause principale, l’ouverture à la concurrence mise en place par IDFM et non par l’Etat, à l’origine de l’essentiel des soucis de l’entreprise pour assurer le service des bus. « Cela a commencé sur le réseau Optile, où la RATP a répondu aux appels d’offres, mais la grande échéance sera le 1er janvier 2025 avec l’ouverture du marché des bus de la RATP, a-t-il rappelé. Cela inquiète et on peut avoir de grands débats sur ce sujet, mais les législateurs ont tranché, même si le compte n’y est pas encore. » Et il défend le cadre social territorialisé qui évitera « le dumping social des concurrents ». Actuellement la décision unilatérale de Catherine Guillouard contestée par les organisations syndicales fait l’objet d’une médiation en cours portée par un juge. Jean Castex s’engage à reprendre les négociations. Pour rappel, ce «nouveau statut» supprime des jours de congés et des primes, rallonge le temps de travail…

«Mettre de l’argent dans les transports publics»

Autre sujet à traiter en urgence : la dépense énergétique de l’entreprise qui consomme 2,5 TWh par an. Le montant de la facture qui était de 210 millions d’euros en 2021 et sera de 265 millions en 2022, devrait doubler en 2023 (entre 480 et 880 millions d’euros). Jean Castex compte sur l’Etat pour trouver des solutions…

Il a également abordé le sujet de la transition écologique, de la décarbonation des bus (plan 2025 qui sera effectif en 2027 avec zéro bus diesel) et de la nécessité de voir les Franciliens utiliser davantage les transports en commun et délaisser leur voiture. « Il faut mettre de l’argent dans les transports publics » pour moderniser le réseau, mettre davantage de présence humaine, accélérer la digitalisation de la billettique et en finir avec ces lignes laissées en déshérence. «J’ai été longtemps un usager du RER B et j’en connais toutes les saveurs», glisse-t-il.Il a rappelé que des investissements lourds sont en cours pour changer les voies, la signalisation et les rames. Et un meilleure fluidité passera aussi par le fait qu’il « aut travailler ensemble, que les enjeux de pouvoir cèdent la place aux enjeux du service public». Sans doute pour en finir avec la guéguerre entre IDFM, la RATP et la SNCF. Au-delà des beaux discours, les salariés et les usagers des transports franciliens le jugeront sur ces actes et ses résultats.

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