Quelques jours après que le président Emmanuel Macron a placé le nucléaire en tête de ses priorités lors de la présentation du plan d'investissements France 2030, voilà une annonce qui pourrait donner du grain à moudre aux opposants à cette énergie : la centrale de Flamanville (Manche) produit plus de gaz à effet de serre que prévu. « Le 27 septembre 2021, la quantité annuelle cumulée d’émissions de gaz SF6 a atteint 100,37 kg, dépassant le seuil de déclaration de 100 kg », a annoncé EDF dans un communiqué, en précisant avoir en conséquence averti l'Autorité de sûreté nucléaire d'un « événement significatif environnement ».
Un problème récurrent
L'hexafluorure de soufre, de formule chimique SF6, est considéré comme le gaz à effet de serre le plus puissant de la planète. S'il n'est utilisé qu'en petite quantité et que sa contribution à l'effet de serre anthropique se limite donc à 0,3% environ, son potentiel de réchauffement est 23 000 fois supérieur à celui du CO2 et il faut plus de 3000 ans à l'atmosphère pour s'en débarrasser. « Laisser s’échapper 100 kg de ce gaz revient à émettre plus de deux millions de kg de C02 dans l’atmosphère », a commenté Sortir du nucléaire dans un communiqué. Un résultat qui correspond aux émissions annuelles de plus de 300 Français.
Ce n'est pas la première fois que la centrale de Flamanville dépasse le seuil autorisé. Cette situation a déjà été observée au moins en 2018 (149 kg) et en 2020 (102 kg). Avant 2018, la déclaration des dépassements de seuil n'était pas obligatoire. Mais le site n'est pas le seul à devoir progresser sur la question. L'Autorité de sûreté nucléaire de Caen avait déjà épinglé la centrale de Penly (Seine-Maritime) en juillet lors de son bilan annuel 2020, évoquant des « lacunes persistantes concernant les rejets de gaz SF6 ».
Prise de conscience progressive
Comme le précise EDF, ce gaz incombustible et électronégatif est utilisé pour garantir l’isolement électrique des équipements haute tension. « Sur le site de Flamanville, le gaz SF6 est utilisé comme isolant pour les postes d’évacuation d’énergie et les postes d’alimentation des transformateurs auxiliaires », détaille le communiqué. Remplacer progressivement les grandes installations productrices d'électricité, comme les centrales au charbon et au gaz, par des sources d'énergie verte plus petites et nombreuses, qui nécessitent chacune leur système d'isolation électrique, a fortement augmenté la quantité d'hexafluorure de soufre consommée à l'échelle mondiale.
Heureusement, des alternatives au SF6 commencent doucement à émerger, comme le Novec 4710 du conglomérat américain 3M. Ce mélange gazeux possède un potentiel de réchauffement 99,99% inférieur au SF6, pour une durée de vie dans l'atmosphère de 16 jours. Une solution défendue par General Electric, et depuis en partie adoptée par le gestionnaire français RTE. De son côté, le géant Schneider Electric veut faire une croix sur le SF6 grâce à son tableau électrique innovant, qui n’utilise que de l’air pur et du vide.



