Dans la nuit du 11 au 12 janvier 2021, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a diligenté une inspection inopinée sur le site de la centrale nucléaire de Flamanville dans la Manche, qui compte deux réacteurs en fonctionnement. L’autorité administrative indépendante a déclaré le 3 mars dans un communiqué que l’inspection avait permis de révéler "plusieurs insuffisances dans la capacité à gérer une crise en situation d’aléa extrême".
Ces insuffisances concernent "le délai de mise en route de l’organisation de crise", selon Christophe Quintin, inspecteur en chef de l’ASN, qui a conduit cette inspection avec cinq autres inspecteurs. "Ce délai a été trop long". En cas d’événement grave, cinq organisations doivent être alertées dans un délai de l’ordre d’une heure pour participer à la gestion de crise. Il s’agit de l’équipe de conduite de la centrale qui était sur place, du préfet (de département), des experts des services centraux d’EDF, de l’ASN et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Or, selon l’inspecteur, "il a fallu 2h30 cette nuit-là pour que soient prévenues les cinq entités".
Scénario d’une perte du refroidissement doublée d'un accès restreint au site
Le scénario orchestré par l’ASN était "extrême", convient Christophe Quintin. Sur le plan technique, l’ASN a joué le scénario d’une perte de la source froide consécutive à des dégâts causés par une tempête, le site de Flamanville se trouvant en bord de mer. Cette interruption du refroidissement a déclenché l’alarme en salle de commandes et conduit EDF à déclencher son plan d’urgence interne. Le scénario était très contraint aussi sur le plan de l’organisation des ressources humaines, puisque l’ASN a empêché une partie des équipes d’astreinte de se présenter à la centrale, comme si le site était isolé par une tempête de neige.
Ce qui a conduit l’ASN à tester l’organisation de crise d’EDF à Flamanville et à jouer très concrètement son rôle de "gendarme du nucléaire", c’est le fait que la centrale n’avait pas intégré dans les temps dans son plan d’urgence interne une série d’évolutions réglementaires exigées par l’agence pour la gestion des situations d’urgence. "Flamanville était en retard", note Christophe Quintin.
EDF prêt à « se mettre en conformité avec les prescriptions de l’ASN »
L’échéance fixée par l’ASN pour l’intégration de ces évolutions était le 1er janvier 2021 pour les réacteurs 1 et 2 et le 8 octobre 2021 pour le réacteur EPR. EDF indique pour sa défense que son retard est imputable au fait qu’il est en train de « faire converger » les procédures de gestion de crise de Flamanville 1 et 2 avec celle de l’EPR. « Ce sont deux modes opératoires différents car Flamanville 1 et 2 sont en exploitation et l’EPR est en construction », explique un porte-parole d’EDF joint par l’Usine Nouvelle. Le 1er mars, l’ASN a cependant mis en demeure EDF de se conformer à ces dispositions règlementaires organisationnelles, avec l’obligation de le faire d’ici le 16 avril. La pression mise sur EDF est forte car le non respect d’une mise en demeure constitue un délit.
Mais EDF est dans les starting blocks pour se « mettre en conformité avec les prescriptions de l’ASN ». L’exploitant prévoit de faire « deux exercices d’ici le mois d’octobre » pour mettre en pratique la procédure de crise exigée par l’ASN. « Nous allons intégrer ce volet de progressivité dans l’arrivée sur le site des équipes d’astreinte », indique cette source. Lors de l’exercice inopiné de l’ASN en janvier, seulement deux personnes de l’équipe d’astreinte - sur huit -ont pu pénétrer sur le site, les autres ayant été refoulées par l’ASN, afin de mettre à l’épreuve l’organisation d’EDF. Cette nouvelle procédure, explique EDF, vise à mettre en place un « service de gestion de crise fonctionnant avec un service minimum, avec des équipes arrivant progressivement sur le site considéré comme inaccessible ».



