Les salariés étaient convoqués, l’estrade dressée, et pourtant, vendredi 1er décembre sera une journée comme une autre pour le site General Electric Steam Power (GEAST) de Belfort (Territoire de Belfort). A la surprise générale, l’officialisation du rachat de la branche nucléaire de General Electric par EDF est reportée, a annoncé l'union départementale de la CGT du Territoire de Belfort jeudi 30 novembre dans un communiqué. «On apprend ce jour que l’opération est renvoyée à une date indéterminée», détaille-t-elle. Luc Rémont, le PDG d’EDF était attendu sur place ainsi que des élus locaux pour annoncer la bonne nouvelle. Contacté par L'Usine Nouvelle, EDF n'a pas souhaité faire de commentaire.
Près de deux années auparavant, le 10 février 2022, EDF et General Electric annonçaient un «accord d’exclusivité» pour négocier le rachat de GEAST par l’énergéticien public. Le jour même, Emmanuel Macron annonçait à Belfort la relance du nucléaire français et le retour des turbines les plus puissantes au monde, les Arabelle de GEAST qui équipent certaines centrales nucléaires tricolores, sous pavillon français. Ces dernières, stratégiques pour l’Hexagone, étaient produites par Alstom à Belfort jusqu’en 2015, date de la cession de sa branche énergie à General Electric. Quelques mois plus tard, en novembre 2022, les sociétés américaines et françaises signaient un «accord définitif» pour l'acquisition de GEAST par EDF.
Inquiétude autour des sanctions américaines envers la Russie
Depuis, le processus de rachat s’éternisait. Comme l’expliquait L’Usine Nouvelle au mois de septembre, EDF s’inquiéterait des effets des sanctions américaines contre la Russie décidées dans le cadre de la guerre en Ukraine sur le carnet de commandes de GEAST. Le principal client de l’entité étant le géant du nucléaire russe Rosatom… Dans le détail, certaines technologies utilisées par GEAST appartiennent à General Electric et EDF craindrait que la société ne refuse de les livrer en raison des sanctions américaines. L’énergéticien souhaiterait obtenir l’assurance que les Etats-Unis ne nuiront pas au carnet de commandes de sa future acquisition.
«Ce report sème le doute dans les esprits sur les intentions du gouvernement et des acteurs économiques. Il convient de donner des garanties aux salariés sur leur devenir dans les meilleurs délais», a ordonné l'union départementale de la CGT du Territoire de Belfort dans son communiqué. Au total, 3 400 des 9 000 salariés de GEAST dans le monde passeront sous le giron d'EDF, dont environ 2 500 en France, parmi lesquels un peu plus d’un millier à Belfort.



