L’opération devait être bouclée avant la fin de l’année, elle pourrait finalement trainer en longueur. Selon les informations des Échos, EDF aurait été contraint de repousser la finalisation du rachat de GE Steam Power (GEAST). Possédée par General Electric (80%) et l’État français (20%), GEAST fabrique les turbines Arabelle qui permettent de convertir la vapeur générée par les réacteurs nucléaires en puissance pour les alternateurs qui produisent l’électricité des centrales. Le groupe français n’aurait pas les «garanties suffisantes» sur la poursuite des activités de l’entreprise dans le contexte de la guerre en Ukraine.
Et pour cause, le principal client de GEAST n'est autre que... Rosatom. Le groupe russe lui a commandé des turbines pour plusieurs chantiers nucléaires, dont l’extension de la centrale de Paks (Hongrie), la construction de celle de Dabaa (Égypte) et celle d'Akkuyu (Turquie). En mars 2023, le Figaro avait même indiqué que l’entreprise russe était pressentie pour acquérir 20% du capital de GEAST lors du rachat à General Electric par EDF.
«Une partie des technologies utilisées par GEAST appartient à General Electric. Or, il y a un risque que General Electric décide de ne plus livrer en raison de sanctions américaines», indique ainsi une source proche du dossier aux Échos. EDF qui n’a pas confirmé le report du rachat de GEAST à L’Usine Nouvelle, chercherait à obtenir l’assurance que les États-Unis ne mettront pas à mal son carnet de commandes auprès de Rosatom. Il faudrait alors que le groupe français obtienne une dérogation auprès du département du Trésor américain.
Le Royaume-Uni donne son feu vert
De son côté, le régulateur britannique de la concurrence a donné son feu vert à l’opération début août. Il souligne néanmoins qu'un «risque pour la sécurité nationale va émerger du fait des capacités de défense et de sécurité nationale critiques liées aux systèmes de propulsion navale qui sont produits».
Annoncé par Emmanuel Macron lors de son discours à Belfort le 10 février 2022, le rachat de GEAST avait été estimé à l’époque à 175 millions d’euros par une source proche du dossier à La Tribune. Depuis, EDF a cherché à revoir le prix à la baisse en raison du désistement de plusieurs clients pour des chantiers menés par Rosatom. Au total, 3 400 des 9 000 salariés de GE Steam Power dans le monde passeront sous le contrôle d'EDF. Parmi les sites concernés par l'opération l'on compte ceux de Belfort (Territoire de Belfort) où sont fabriquées les turbines Arabelle, La Courneuve (Seine-Saint-Denis), Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) dédiées aux services et Ludres (Meurthe-et-Moselle) spécialisé dans l'électronique. A l’étranger, deux sites principaux sont aussi compris dans le rachat : à Rugby (Royaume-Uni) et ceux à Sanand (Inde).
Stratégiques pour la France, les turbines Arabelle doivent équiper les futurs réacteurs EPR2 de Penly 3 et 4, Bugey 6 et 7 ainsi que de Gravelines 7 et 8.



