Racheter les turbines Arabelle, oui, mais pas à n'importe quel prix. Annoncé en février 2022, le contrat d'achat par EDF d'une partie des activités nucléaires de la société GE Steam Power (Geast), fabricant des turbines Arabelle et propriété de General Electric (GE), devait initialement être signé avant l'été pour une finalisation au premier semestre 2023. Mais l'énergéticien français aurait obtenu un délai supplémentaire des autorités gouvernementales pour boucler l'opération, selon l'agence de presse Reuters, confirmant des informations du quotidien Les Echos.
EDF souhaiterait revoir à la baisse la valorisation de l'entreprise. La raison : le risque de désistement de grands clients ayant signé des contrats avec le russe Rosatom pour la construction de centrales nucléaires.
«C'est compréhensible et logique, car le carnet de commandes est amputé par la sortie de Rosatom [en raison de la guerre en Ukraine]», a indiqué une source à Reuters, confirmant que le groupe français comptait rediscuter de la valorisation de la société. EDF avait indiqué en février que le rachat envisagé d'une partie de Geast serait basé sur une valorisation de l'ordre de 1,1 milliard de dollars, dont 900 millions de trésorerie laissée dans l'entreprise.
La même source a précisé à Reuters que le géant russe représentait effectivement l'essentiel des commandes des turbines Arabelle à court terme. Les commandes de Rosatom constitueraient les deux tiers du carnet de commandes de Geast, selon Les Echos.
Rosatom constitueraient les deux tiers du carnet de commandes
Ces informations interviennent alors que le consortium finlandais Fennovoima a annoncé début mai l'annulation d'un contrat avec Rosatom pour la construction d'une centrale nucléaire en Finlande en invoquant des retards et des risques accrus dus à la guerre en Ukraine.
Toujours selon Les Echos, EDF et le ministère de l'Economie, qui a incité le groupe au rachat d'une partie des activités de Geast, font valoir qu'il n'y a pas de négociations ouvertes avec GE. Contactées, les deux entités n'ont pas souhaité commenter ces informations, tandis que GE n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.
Les turbines Arabelle, propriété de GE depuis 2015
La transaction annoncée en février porte notamment sur l'activité de production des turbines à vapeur Arabelle pour centrales nucléaires à Belfort, sur un ancien site d'Alstom racheté par GE en 2015, quand Emmanuel Macron était ministre de l'Economie de François Hollande.
Le rachat de ces activités par EDF revêt un caractère stratégique car ces turbines, les plus puissantes sur le marché, équipent une partie du parc nucléaire français ainsi que les EPR de Taishan, en Chine, et les réacteurs du même type en construction à Flamanville (Manche) et à Hinkley Point, en Angleterre.
Avec Reuters - (Reportage Benjamin Mallet, avec Tassilo Hummel et Silvia Aloisi ; édité par Bertrand Boucey)


