L’Union européenne risque d’être rapidement confrontée à des tensions d’approvisionnement en pétrole. Dans un rapport rédigé à la demande du ministère des Armées, le think tank The Shift project créé par Jean-Marc Jancovici, s’emploie à quantifier les risques de manquer d’or noir.
L’Europe reste le premier importateur de pétrole au monde, devant la Chine. Ses approvisionnements en brut se concentrent à 95 % entre seize pays producteurs. Or, la production de ces pays fournisseurs devrait décliner de l’ordre de 12 % en 2030 par rapport à leur niveau de 2019, selon l’analyse du think tank qui s’est appuyé sur les données du cabinet norvégien Rystad Energie. « La décennie 2020 présente une contrainte d’approvisionnement limité », pointe Olivier Rech, l’un des co-auteurs de l’étude. En revanche, « à partir de la décennie 2030, il devient très difficile de conclure que la production conventionnelle dans ces seize pays ne baissera pas ». La capacité à développer les réserves identifiées de pétrole et les découvertes de nouveaux gisements ne devraient pas suffire à enrayer la baisse de production des champs pétroliers matures. Sans investissement, la production des champs existants a tendance à baisser de 5 % par an.
Des réserves concentrées au Moyen-Orient
La production globale des champs pétroliers non développés pourrait représenter 115 milliards de barils supplémentaires d’ici 2050. Mais ces gisements, dont certains sont connus depuis les années 1960, n’ont pas été développés jusque-là car leur mode d’exploitation était plus coûteuse et nécessitait des investissements trop importants dans des installations de surface. A cela s’ajouterait 85 milliards de barils de ressources potentielles, liées à l’exploration de nouveaux gisements, en dehors du pétrole conventionnel.

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La raréfaction de l’or noir pourrait aussi aboutir à une nouvelle géographie des approvisionnements pour l’Europe. Sur les 3 milliards de barils/jour supplémentaires attendus des champs non développés, 2 milliards devraient provenir du Moyen-Orient, en particulier de l’Iran, de l’Irak et de l’Arabie saoudite. Près d’un tiers des ressources prospectives devraient se trouver aussi dans la région, principalement en Iran et en Irak. En revanche, le déclin de la production devrait être rapide en Afrique, où peu de ressources restent à explorer à l’exception du Nigeria. C’est particulièrement vrai pour l’Algérie, dont la production de pétrole brut devrait être inférieure de 38 % en 2030 à son niveau de 2019 et pour l’Angola. La Russie, qui représente 30 % des approvisionnements de l’Europe, pourrait voir sa production décliner de 28 % d’ici 2050, malgré un potentiel de nouveaux gisements dans l’Arctique et dans le pétrole non conventionnel. Les capacités de rebond du pétrole de schiste américain sont plus incertaines, après le coup d'arrêt provoqué par la crise du Covid.
70 % de la production mondiale prise en compte
Le rythme des nouveaux investissements et de la mise en exploitation des gisements les plus complexes dépend bien sûr fortement du cours du baril. Dans son exercice de prospective, The Shift project table sur un prix entre 80 et 100 dollars, mais avec une forte volatilité. L’analyse n’est pas exhaustive. Elle ne s’est concentrée que sur les seize principaux fournisseurs actuels de l’Europe, qui pèsent 70 % de la production mondiale, mais laisse hors champ d'autres pays comme le Venezuela, le Brésil et le Canada.
L'étude ne s’attache pas non plus à la demande. Le respect de l’accord de Paris nécessiterait une baisse drastique de la consommation de pétrole dans le monde de près de 75 % d’ici 2050, a rappelé l’Agence internationale de l’énergie. Le rapport du Shift project confirme que la contrainte climatique n’est pas la seule la seule incitation pour réduire sa dépendance au pétrole « Nous sommes encore loin de pouvoir nous passer du pétrole. Nous en aurons besoin pendant que nous développerons d’autres énergies », souligne Matthieu Auzanneau, le directeur du Shift project. Il faudrait donc mieux s'en préoccuper sans attendre.



