Chronique

Le pic pétrolier est-il déjà passé ?

Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, des mesures drastiques de réduction des émissions de CO2 vont être nécessaires, qui vont bien au-delà des feuilles de route actuelles des pétroliers.

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Pétrole
Le rapport de l'Agence internationale de l'énergie met la pression sur les pétroliers.

Si le monde veut atteindre la neutralité carbone en 2050, il va falloir réduire dès maintenant sa consommation de pétrole. Dans son dernier rapport, c’est une révolution que prône l’Agence internationale de l’énergie. Dans un scénario d’un réchauffement climatique limité à 1,5°C, le pic pétrolier est déjà passé.

Après sa chute de 2020, la demande d’or noir ne retrouverait jamais son niveau de 2019. Au contraire, elle s’effondrerait à 24 millions de barils/jour, seulement en 2050. Conséquence : investir dans les champs existants et déjà en développement devrait suffire pour équilibrer l’offre et la demande. Les compagnies pétrolières feraient donc mieux de renoncer dès 2021 à investir dans l’exploration de nouveaux gisements, d’autant que la chute de la demande devrait aller de pair avec celle des cours du brut. Le niveau des investissements annuels du secteur devrait se maintenir à celui de 2020, qui avait enregistré une violente chute de 30 % par rapport à l’année précédente. La production quant à elle devrait se concentrer là où le pétrole est le moins cher à exploiter, au Moyen-Orient.

Un fossé entre les discours et la réalité

Atteignable ? «Il y a un fossé entre les discours des gouvernements et des industriels et la réalité», souligne Fatih Birol, le directeur général de l’AIE. L’exercice de prospective a en tout cas eu le mérite de faire monter la pression sur les acteurs. Rapport de l’AIE sous le bras, les gestionnaires de fond OFI AM et Meeschaert AM ont demandé à Total de revoir sa copie, en refusant de voter sa stratégie climat lors de sa prochaine assemblée générale. Comme BP, Shell ou Total, la plupart des majors ont déployé leurs plans climat, avec la neutralité carbone en 2050.  Mais elles sont loin du compte. Les Etats ne font pas forcément mieux, alors que la neutralité carbone exigerait de ne plus produire que des véhicules électriques en 2035.

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En réalité, le scénario climatique n’est pas le plus probable, même si l’AIE estime qu’il reste « un  chemin étroit » mais faisable. En mars, dans ses prévisions à cinq ans du marché, le scénario central de l’AIE tablait, sans accélération des politiques climatiques, sur un rebond de la demande de pétrole, tombée à 90 millions de barils/jour avec la pandémie, à son niveau d’avant crise en 2023. Et l’agence ne voyait le pic de la demande qu’autour de 2030. Même si la consommation d’essence ne reviendra pas à son niveau de 2019, les besoins de la pétrochimie continueront à tirer le marché mondial en pétrole. Mais dans ce cas de figure, les objectif de Paris resteraient hors de portée.

L’AIE dessine un troisième scénario intermédiaire. En supposant que les Etats respectent l’intégralité de leurs engagements climatiques sans retard, la demande de pétrole se rapprocherait dans les prochains mois de son niveau de 2019, avant de reculer pour atteindre 90 millions de barils/jour en 2030 puis 80 millions de barils en 2050. De quoi mesurer l'effort immense à consentir pour s'aligner sur une trajectoire de neutralité carbone. Dans ce cas de figure aussi, la demande de pétrole aurait déjà dépassée son pic en 2019. 

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