Au lendemain de l'annonce de la prochaine renationalisation complète d'EDF, le processus de succession de Jean-Bernard Lévy à la tête du groupe est déjà enclenché. L'Etat et le groupe annoncent jeudi 7 juillet par communiqué chercher un remplaçant à celui qui dirige l'électricien français depuis 2015. «Le mandat de Jean-Bernard Lévy en tant que président - directeur général d’EDF prendra fin au plus tard le 18 mars 2023, compte tenu de la limite d’âge fixée par les statuts de la société», rappelle le communiqué. Jean-Bernard Lévy, 67 ans, continuera d'assurer ses fonctions jusqu'à la nomination de son successeur.
«C’est plutôt sain de ne pas attendre cette date comme un totem, analyse-t-on dans l'entourage de la direction d'EDF. Au vu de la donne politique, c’est Jean-Bernard Lévy qui a proposé d’accélérer le processus de recrutement». Selon les informations de l'Usine Nouvelle, un chasseur de têtes a été mandaté pour trouver un remplaçant. «L’idée, c’est d’avoir le bon profil à l’automne, en même temps que la nouvelle feuille de route», nous souffle-t-on.
Interrogé à ce sujet jeudi matin sur Europe 1, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, constate la difficulté de choisir la bonne personne pour mener le nouveau EDF. «Il faut que ce soit quelqu'un qui maîtrise les grands programmes industriels, mais également qui ait le sens du compromis». Une source industrielle nous confirme que la tâche s'annonce ardue. «Le processus de recrutement va être compliqué. Il faut une personne capable de gérer en même temps un groupe public, international, qui a de gros défis industriels devant lui... Le tout avec un salaire capé, assez éloigné des normes du privé.»
Assurer la relance du nucléaire
Lors de son discours de politique générale devant le Parlement mercredi 5 juillet, la Première ministre Elisabeth Borne a entre autres mesures confirmé la renationalisation à 100% de l'électricien français, actuellement détenu à 83,88% par l'Etat. «Cette évolution permettra à EDF de renforcer sa capacité à mener dans les meilleurs délais des projets ambitieux et indispensables pour notre avenir énergétique», a déclaré la cheffe de l'Exécutif.
Une référence à l'ambition du gouvernement de construire de nouveaux réacteurs nucléaires (six, a minima) et donc de miser sur le savoir-faire de la filière nucléaire française. Ce, alors qu'EDF est dans la tourmente. Des problèmes de corrosion ont forcé l'arrêt de la moitié du parc nucléaire hexagonal, tandis que le groupe est très largement endetté, à hauteur de 65 milliards fin 2022, selon des estimations. La situation financière inquiétante du groupe a d'ailleurs poussé l'Etat à recapitaliser l'entreprise en début d'année 2022, en injectant 2,1 milliards d'euros pour éviter notamment une nouvelle dégradation de la note d'EDF sur les marchés.
A l'annonce de la renationalisation à venir, le cours d'EDF en Bourse a grimpé en flèche pour atteindre 9 euros à la clôture, avant de repartir légèrement à la baisse jeudi 7 juillet dans la matinée. Un cours qui reste bas pour l'électricien, dont une action valait 32 euros lors de son introduction en Bourse en 2005. L'Etat pourrait d'ailleurs décider de sortir EDF de la cote. «L’option d'une offre simplifiée à destination des minoritaires semble tenir la corde», analyse-t-on dans l'entourage d'EDF.
Renationaliser n'est pas la panacée
Le communiqué d'EDF indique que «le Conseil d’administration a pris acte de l’intention de l’État de détenir 100% du capital d’EDF et apportera tout son concours pour la réaliser». Pourtant, un retour dans le giron de l'Etat ne règle pas tous les problèmes du groupe français. Car si l'opération est plutôt simple d'un point de vue financier, elle cache des réformes de fonds complexes.
avec Emmanuel Duteil



