Terminal GNL flottant, stockage, charbon... Le plan d'Elisabeth Borne pour passer l’hiver sans gaz russe

Lors d’une visite au centre de commande national de gaz de GRTgaz en Ile-de-France, la Première ministre, Élisabeth Borne, a dévoilé les mesures qui devraient permettre à la France de se passer de gaz russe cet hiver et au-delà.

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FSRU Total Bénin
C'est probablement TotalEnergies qui devrait fournir la terminal GNL flottant (FSRU) qui sera installé au Havre.

D’abord rassurer. Ensuite, assurer nos arrières avec deux mesures d’urgence. Enfin, donner l’exemple. C’est en résumé la stratégie adoptée par Élisabeth Borne pour garantir la sécurité d’approvisionnement en énergie de la France cet hiver et au-delà. Le tout sans gaz russe, ou si peu, et avec un parc nucléaire au minimum de sa forme. La Première ministre a présenté sa feuille de route jeudi 23 juin, lors d’une visite au centre de commande national de gaz de GRTgaz en Ile-de-France, en petit comité, pour des raisons de sécurité.

Côté bonne nouvelle : dans cette crise du gaz russe, contrairement à ses voisins européens plus à l’est, « la France a une situation particulière », car elle dispose déjà de quatre terminaux méthaniers et qu’elle est « au point de jonction avec la péninsule ibérique, qui elle aussi, dispose de nombreux terminaux ». « Beaucoup de gaz arrive en France », explique-t-on du côté de Matignon. Certes, la « solidarité » avec nos voisins belges, suisses, allemands ou italiens, via les contrats d’approvisionnement, a pour conséquence que ce gaz ne fait parfois que transiter. Mais pour l’instant, la France arrive simultanément à remplir ses stocks de gaz - ils le sont déjà à 56% - et à fournir ses voisins.

Un terminal méthanier flottant au Havre 

En revanche, pour cet hiver, « le niveau de solidarité va dépendre de notre capacité à importer du GNL », reconnaît de son côté le ministère de la Transition énergétique. Pour augmenter cette capacité d’importation de GNL, Élisabeth Borne confirme le projet, dévoilé en mars, d’installer un terminal méthanier flottant ou FSRU, au Havre (Seine-Maritime), qui permettra de couvrir 10% de la consommation française de gaz. Il sera opérationnel en 2023, grâce à un plan d’accélération et « une simplification des procédures », inscrite dans la loi pouvoir d’achat, qui doit être votée cet été. Objectif : que « les travaux de construction du tuyau » de raccordement puissent « commencer à l’automne », précise Matignon.

TotalEnergies devrait fournir la barge flottante pour décharger et regazéifier le gaz naturel liquide (GNL). Le pétrolier en possède deux, le Neptune et le Cape Ann. Ce dernier dispose d’une cuve d’une capacité de 145 000 m3. Il est actuellement loué en Chine, mais pourrait venir au Havre, expliquait TotalEnergies à L’Usine Nouvelle début mai. 

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Timide cap sur la sobriété énergétique

C’est aussi dans ce premier texte législatif, vrai test pour le gouvernement, que sera inscrite la prolongation du bouclier tarifaire jusqu’à la fin 2022. Il y sera aussi inscrit un mécanisme de « garantie publique » pour permettre aux deux opérateurs de stockage de gaz en France, Storengy (filiale d’Engie) et Terrega, d’acheter du GNL, afin de pousser le remplissage des sites de stockage à 100% au lieu des 85% prévus en octobre par la loi. 

Reste qu’avec un parc nucléaire au plus bas de sa disponibilité, le stock de gaz sera aussi beaucoup sollicité par les turbines et centrales combiné gaz, qui normalement ne fonctionnent qu’en pointe de consommation d’électricité. Pour les épauler, le gouvernement pourra compter sur la centrale à charbon de Cordemais (Loire-Atlantique) qui ne fermera qu’en 2026 et sur celle de Saint-Avold (Moselle), arrêtée en mars 2022. « À titre conservatoire, nous gardons la possibilité de faire fonctionner Émile Huchet quelques heures de plus dans le cadre du plan de fermeture. Le dispositif, annoncé par le précédent gouvernement, reste activable », précise le ministère de la Transition énergétique. De son côté, EDF a avancé à cet été certaines opérations de maintenance et de chargement de combustible pour garder en fonctionnement le maximum de réacteurs cet hiver, alors que déjà 12 sont à l’arrêt à cause d’un problème de fissure sur les circuits primaires de sécurité.

Enfin, parce que le mieux c’est encore de consommer moins de gaz et d’électricité, et que le gouvernement est enfin disposé à montrer l’exemple, Élisabeth Borne va lancer la semaine prochaine « un cycle de concertation sur la mise en œuvre opérationnelle » d’actions permettant d’ « accentuer les efforts de sobriété », explique Matignon. Les trois premiers groupes de travail concerneront l’administration, « qui se veut exemplaire », les entreprises et les établissements recevant du public. Ils rassembleront des représentants des ministères concernés, des experts et des syndicats et  fédérations professionnels. Les premières feuilles de route avec des objectifs de réduction de consommation chiffrés devront être rendues à la rentrée.

Aurélie Barbaux avec Antoine Vermeersch

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