L’extinction de la centrale électrique de Cordemais (Loire-Atlantique) laissera un vide dans le paysage industriel de l’estuaire de la Loire. Le site, qui s’étend sur 150 hectares entre Nantes et Saint-Nazaire, domine le fleuve de ses hautes cheminées rouges. Il emploie 350 salariés et plus de 1 200 en sous-traitance et emplois induits.
L’arrêt des deux tranches à charbon est programmé pour 2022, "dans leur état normal de fonctionnement", dit EDF. Mais pour sécuriser l’approvisionnement en électricité, Cordemais pourra bénéficier d’une prolongation en fonctionnant à bas régime jusqu’en 2024, voire jusqu’en 2026.
Sur cette période additionnelle, la centrale pourrait être alimentée par des pellets produits dans le cadre d’Ecocombust, un projet industriel innovant porté par EDF, qui vise à créer ces granulés combustibles à base de bois issus de la construction et de l’ameublement et de biomasse. Ecocombust n’en est qu’au stade expérimental. "Notre engagement est total, mais nous avançons pas à pas", assure Cédric Lewandowski, le directeur du parc nucléaire et thermique d’EDF. Selon ce dirigeant, la question de l’approvisionnement en bois à 150 kilomètres à la ronde est sécurisée, mais celle des débouchés économiques de ce nouveau combustible, en dehors de la centrale, reste à régler. Comme celle des autorisations réglementaires, notamment sur les rejets liés à la nature des bois recyclés. Si le dossier d’autorisation, à l’examen auprès des services de l’État, aboutit, la centrale arrêtée pourrait se muer en usine à pellets destinés à alimenter les réseaux de chaleur existants.
Sans rebattre les cartes de l’industrie estuarienne, la fin de la centrale marque une nouvelle étape pour ce territoire et pour le port de Nantes Saint-Nazaire, encore très dépendant des énergies fossiles. Le "pacte pour la transition écologique et industrielle", signé le 17 janvier par l’État et les collectivités locales, amorce une trentaine de projets de nature très diverse pour accompagner la reconversion de la centrale de Cordemais. S’ils étaient menés à bien, ils totaliseraient 275 millions d’euros d’investissements. "Au fur et à mesure que ces projets seront précisés, ils seront analysés avec l’État qui sera au rendez-vous des tours de table", promet Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire. Pour l’heure, l’aide directe du gouvernement se limite à 11 millions d’euros.

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Trente projets pour l’après-Cordemais
Parmi les projets d’envergure, on trouve notamment un nouveau réseau de chaleur industrialo-urbain pour l’agglomération de Saint-Nazaire, d’un coût de 58 millions d’euros. Le projet d’une zone d’activités dédiée aux énergies marines renouvelables est aussi au programme sur le site du Carnet, en rive sud, à 35 kilomètres en aval de Nantes. Un projet qui éveille déjà une opposition environnementaliste. Il est aussi question de nouvelles capacités logistiques à températures contrôlées et d’un réseau de frigories associé valorisant le froid fatal du terminal méthanier, pour 20 millions d’euros. À Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire, des silos céréaliers s’élèveront pour remplacer ceux de Nantes, peu accessibles pour les bateaux à fort tirant d’eau. Le pacte évoque aussi le développement d’une filière hydrogène, avec la création d’un électrolyseur. Certains projets sont déjà lancés, comme l’aménagement du port de pêche de La Turballe en base de maintenance des parcs éoliens offshore prévus au large de Saint-Nazaire et de la Vendée.
La plupart de ces projets devraient s’inscrire dans le plan stratégique en cours d’écriture du Port de Nantes-Saint-Nazaire. Pour le premier port français de la façade atlantique, les enjeux sont bien identifiés. Il s’agit d’abord de diversifier le trafic. À ce jour, gaz, pétrole et charbon représentent les deux tiers des 30 millions de tonnes chargées et déchargées sur les quais de la Loire. L’autre défi, sempiternel, est la reconquête d’acteurs économiques du Grand Ouest, davantage tournés vers les grands ports de la Manche que vers l’Atlantique. À plus court terme, l’ambition est aussi de capter les flux maritimes qui pourraient, avec le Brexit, s’intensifier entre l’Irlande et le continent. Pour Olivier Trétout, le président du directoire, le port a une carte à jouer sur les marchés de niche à valeur ajoutée, telles les marchandises diverses conteneurisées, le transbordement et le transport à température contrôlée. Sachant que l’estuaire de la Loire est limité aux porte-conteneurs de 10 000 à 12 000 équivalents vingt pieds, les géants, deux fois plus gros, ne s’amarrant qu’à Marseille et au Havre.
"Nous sommes aussi les champions du colis XXL", souligne Olivier Trétout, évoquant les gros moteurs Man, les tronçons d’Airbus et désormais les énergies marines renouvelables qui transitent par le port. Les Chantiers de l’Atlantique ont engrangé la commande de trois sous-stations électriques pour les champs éoliens, confirmant leur légitimité dans le secteur, tandis que General Electric, à Montoir, entre enfin dans l’ère des grandes séries. Son usine, inaugurée en 2014, doit construire près de 480 éoliennes géantes de 6 et 12 mégawatts, ce qui lui donne cinq ans de visibilité. Pour autant, l’énergie fossile n’a pas dit son dernier mot. De gros travaux vont être engagés dans la raffinerie de Donges, pour son contournement ferroviaire et sa modernisation. L’investissement, de 350 millions d’euros, lui permettra par ailleurs de produire des carburants moins chargés en dioxyde de soufre. Quant au terminal méthanier de Montoir [lire ci-dessus], il a vécu, en 2019, l’une de ses meilleures années.
Le terminal méthanier dopé au gaz russe
L’année 2019 fut celle de tous les records pour le terminal méthanier d’Elengy, à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique), devenu un port d’escale privilégié, notamment pour les méthaniers russes et américains. Ce site de 125 salariés a accueilli 130 navires en 2019 (+ 23 %). Pour la première fois, il a détrôné la raffinerie Total à la première place du trafic portuaire de Saint-Nazaire, générant presque un tiers de ses flux. Le terminal conforte aussi son rôle de hub logistique international du GNL, avec 21 transbordements de bord à bord, auxquels s’ajoutent des opérations de rechargement, entre les brise-glace russes et les méthaniers classiques notamment. Des prestations "inimaginables lors de sa création en 1980", souligne Bruno Michel, le directeur du site. Le marché international regorge aujourd’hui de gaz, en particulier sous l’effet des gaz de schiste exploités par un nombre croissant de pays, provoquant à la fois un effondrement des prix et une hausse de la demande de la part de nations soucieuses de diminuer le recours au charbon, comme l’Allemagne. Les réservations des capacités de stockage de Montoir lui assurent une visibilité jusqu’en 2037. Ce qui nourrit les réflexions pour accroître les capacités des réservoirs et des appontements qui, en l’état, ne peuvent accueillir plus de 150 navires par an.



