La nouvelle vie d’EDF après Fessenheim

Alors que la fermeture totale de la centrale nucléaire de Fessenheim sera actée en juin, donnant lieu au démarrage de son démantèlement, la France doit fermer ses quatre dernières centrales à charbon d’ici à 2022. EDF doit composer avec le gouvernement et l’Europe, et l'entrée dans une nouvelle ère d’énergie décarbonée.

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Fessenheim
Le 22 février, EDF arrêtera définitivement un des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), la plus vieille de France en activité.

Le 22 février, EDF arrêtera définitivement un des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), la plus vieille de France en activité. En juin, ce sera le tour du second réacteur, actant ainsi la fermeture totale du site et son futur démantèlement. Celui-ci devrait durer vingt ans, sous la surveillance de l’autorité de sûreté nucléaire (ASN), selon les plans d’EDF, avec un retrait total du combustible trois ans après le début des travaux. Au bout de cinq ans, le nombre de salariés restant sur la centrale passera de 757 à 60. Mais le projet d’EDF d’utiliser le site pour y installer un technocentre européen sur le démantèlement

semble être compromis selon la ministre de la Transition écologique et solidaire, Élisabeth Borne. Qu’importe, Fessenheim n’était qu’une piste parmi d’autres sites pour EDF, selon la ministre. Pour autant, ce refus des Allemands illustre bien l’obligation pour EDF de composer avec l’Europe et son entrée dans une nouvelle ère.

Ramener la part du nucléaire dans le mix électrique français à 50 %

Une ère d’énergie décarbonée. Après celles au fioul, la France doit fermer ses quatre dernières centrales à charbon d’ici à 2022. EDF en possède deux. Le 1er avril 2021, celle du Havre (Seine-Maritime) fermera la première. En revanche, en attendant le démarrage de l’EPR de Flamanville, reporté à 2023, et de la centrale à gaz de Landivisiau de Total, la centrale de Cordemais (Loire-Atlantique) pourrait fonctionner à 10 % de ses capacités jusqu’en 2024 voire jusqu’en 2026. Un projet pour la convertir à la biomasse, avec la création d’une filière de production de pellets de déchets de bois de classe B et C, est toujours sur la table. "Le projet Ecocombust […] peut parfaitement s’inscrire dans la vision de RTE où nous aurions besoin au-delà de 2022 d’une meilleure sécurité d’approvisionnement en électricité de la Bretagne", explique Jean-Bernard Levy, le PDG d’EDF.

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EDF entre surtout dans une ère dans laquelle la part du nucléaire dans le mix électrique français doit être ramenée à 50 % d’ici à 2035. Un objectif qui impose l’arrêt en 15 ans de 14 réacteurs, parmi les plus vieux, mais cette fois sans fermeture totale de centrale. Pour compenser cette baisse annoncée de production, EDF a présenté dès 2017 un plan solaire très ambitieux qui vise à installer 30 gigawatts de photovoltaïque dans l’Hexagone entre 2020 et 2035. Une petite révolution pour l’énergéticien. Sa filiale EDF Renouvelables (ex. EDF énergies nouvelles) s’est jusque-là bien développée à l’international. Mais en France, sur les 2 000 MW de capacités brutes de renouvelables installées hors hydro à fin 2019, 1 664 MW sont de l’éolien terrestre. EDF ne dispose donc que de 336 MW de solaire photovoltaïque en France, dont 20 % Outre-mer. L’opérateur historique assure être prêt à développer son plan et avoir déjà sécurisé 2 000 hectares de foncier pour débuter le déploiement à très grande échelle de panneaux solaires en France.

EDF doit se réorganiser

L’ouverture des marchés de l’électricité voulue par l’Europe ayant plus que bien fonctionné, EDF doit composer avec l’érosion mécanique de ses parts de marché grignotées par des acteurs puissants comme Total, privilégiés par le mécanisme Arenh d’obligation de vente par EDF au prix, actuellement en dessous du marché, de 42 euros du mégawattheure de 25 % de sa production nucléaire. Une révision de ce mécanisme vient d’être lancée par le gouvernement. Soumis à consultation des acteurs concernés, elle prévoit de fixer, cette fois pour la quasi-totalité de la production de nucléaire d’EDF, un prix planché et un prix plafond distant de 6 euros, pour protéger EDF de prix trop bas et les consommateurs français d’un prix trop haut.

Pour faire face à tous ces chamboulements, EDF doit se réorganiser afin "d’accentuer le niveau d’investissement du groupe", qui est déjà de l’ordre de 15 milliards d’euros par an, et dégager "chaque année, de l’ordre de 2 milliards d’euros d’investissement supplémentaires" dans les énergies renouvelables, les réseaux et l’efficacité énergétique, a expliqué Jean-Bernard Levy lors d’une audition au Sénat en novembre 2019. Pour y parvenir, il travaille sur le projet Hercule qui "distingue d’une part des actifs centrés sur la transition énergétique, que nous désignons par convention « verts » et d’autre part des activités autour de la production d’énergie centralisée". En aucun cas "il ne s’agit de scinder le groupe", assure le PDG. Les détails du projet doivent être présentés mi-2020.

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