L’Usine Nouvelle. - Comment avez-vous vécu l’année qui vient de se terminer dans les bureaux parisiens d’Adobe ?
Luc Dammann. - Nous avons appliqué le principe de précaution. Les salariés sont en télétravail depuis le 10 mars 2020 et il n’y a pas eu de retour au bureau depuis. La situation est complexe, évolutive et demande une bonne capacité d’adaptation. Chez Adobe, il n’y a jamais eu une politique mondiale en matière de télétravail. Il est un peu plus pratiqué aux Etats-Unis. En France, on avait une politique flexible. Moi-même, je n’étais pas un grand adepte du télétravail avant le premier confinement. Je suis attaché à la notion de camp de base. L’équipe est au cœur du projet qui constitue l’entreprise.
Vos bureaux sont donc vides depuis un an ?
Nous avions des bureaux dispersés dans Paris et sa banlieue. Nous avions décidé de regrouper l’équipe dans le même immeuble à Paris, rue Lauriston. Nous devions inaugurer ces nouveaux bureaux, le projet “One Paris”, peu de temps après le début du confinement. Notre projet était de créer un espace où tout le monde soit bien, de créer un espace qui favorise l’expérience collaborative et où les gens éprouvent du plaisir à se retrouver.
Dans ces conditions, quel bilan tirez-vous du télétravail ?
L’engagement des collaborateurs est sorti renforcé. C’est quelque chose que nous avons observé par des enquêtes régulières d’engagement. Il en ressort notamment une hausse de la fierté d’appartenance, de la confiance dans l’avenir de l’entreprise. C'est une très bonne chose, mais ce n’est pas un acquis car il faut toujours se réinventer. Fin 2020, nous avons obtenu la certification Great Place to Work.
En 2020, nous avons aussi réfléchi au future of work. A l’avenir, on donnera davantage de flexibilité, le télétravail restera toujours possible. Mais nous n’avons pas l’intention de le généraliser. Comme je vous l’ai dit, on va maintenir le camp de base. Flexibilité, confiance et transparence sont les trois mots clés pour nous. Pour cela, on a accompagné les lignes de management pour qu’elles puissent travailler dans ces nouvelles conditions.
Si je reviens sur la période récente, on voulait tellement bien faire qu’on a réalisé à un moment que la leadership team était presque trop présente au quotidien auprès des équipes. Tout le monde était engagé, on pouvait faire confiance et laisser à chacun des plages pour décompresser. Par exemple, nous nous assurons que chacun peut faire une pause à l’heure du déjeuner, que chacun a suffisamment de souplesse pour organiser son emploi du temps.
Comment expliquez-vous ces bons résultats sur l’engagement ?
C’est sûrement la conjonction de plusieurs facteurs. D’abord, si l’année 2020 a été compliquée pour nous comme pour tout le monde, nous sommes une entreprise qui a vu son activité fortement augmenter. Notre activité peut se faire à distance.
Ensuite, et je crois que c’est très important, les collaborateurs de l’entreprise ont pu vérifier que les valeurs affichées se transforment en actions. On les a vécus quotidiennement. Quand on dit que la sécurité des collaborateurs est pour nous essentielle et passe en premier, on l’a prouvé. Ainsi, on a d’ores et déjà annoncé que les salariés qui le souhaitent pourront continuer à télétravailler jusqu’au 31 juillet 2021, quelles que soient les décisions gouvernementales.
Comment voyez-vous le monde d’après ?
L’avenir du travail sera hybride, entre bureau et à distance. Globalement, ce que l’on voit c’est une envie forte de retrouver ses collègues, de retrouver le lien, le fun entre nous. Après, on essaie de trouver des solutions adaptées aux besoins de chacun.
Pourquoi annoncer du télétravail possible jusqu’à fin juillet dès maintenant ?
L’incertitude est anxiogène. Nous mettons l’accent sur le bien-être de nos collaborateurs. Avec cette annonce, nous donnons de la visibilité à chacun qui peut s’organiser. On ne va pas rajouter de l’angoisse à celle produite par le Covid.
Nous avons aussi accompagné les personnes pour qu’elles puissent vivre mieux le télétravail. Une allocation de 500 dollars a été proposée à chacun pour s’équiper et 600 dollars pour des activités orientées vers le bien-être, comme des cours de yoga par exemple... Nous avons aussi organisé des conférences avec des personnalités inspirantes...
Pour vous donner un dernier exemple, depuis mai 2020, une journée de congé est offerte à tous les salariés toutes les trois semaines. C'est un choix fort qui a été fait : c’est toute l’entreprise qui ferme en même temps, pour que certains salariés ne stressent pas en craignant l’arrivée de courriels pendant leurs absences.
Comment avez-vous accompagné les managers ?
On a commencé par les écouter et on continue à le faire. Ils ont peut-être été les plus stressés dans leur quotidien. Comme ils ont un rôle clé, nous voulions être sûrs qu’ils soient à l’écoute de leurs équipes sans tomber dans le contrôle. Pour cela, ils ont eu des séances de coaching, des sessions où ils pouvaient échanger entre eux. Notre démarche était de prendre des mesures au fur et à mesure que les besoins s’exprimaient, mais en agissant vite. La philosophie Adobe est de fournir un cadre et de laisser à chacun le soin de le restituer avec son authenticité.



