Après de longues et âpres négociations, Engie et le gouvernement belge se sont enfin mis d’accord jeudi 29 juin 2023 : l'activité des réacteurs nucléaires Doel 4 et Tihange 3 est prolongée pour dix ans. L’accord règle les principaux points de discussion entre l'énergéticien français et la Belgique. Un montant de 15 milliards d’euros a par ailleurs été fixé « pour les coûts futurs liés au traitement des déchets nucléaires » des sept installations nucléaires d’Engie en Belgique, selon un communiqué du groupe. Cette somme s'ajoute aux 8 milliards d'euros déjà provisionnés pour le démantèlement des centrales exploitées, soit un coût total de 23 milliards.
A la demande d'Engie, une nouvelle structure juridique sera également créée, détenue à parité par l'Etat belge et le groupe tricolore. Elle vise à « align[er] les intérêts » et « assur[er] la pérennité des engagements des deux parties ». Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, salue un « accord équilibré pour les deux parties » qui « donne à Engie la visibilité nécessaire sur le montant global lié à la gestion des déchets nucléaires et réduit significativement les risques liés à la prolongation des deux unités. » Les accords définitifs doivent être signés fin juillet 2023.
La Belgique garantit sa sécurité énergétique
Les prochaines étapes du calendrier sont fixées pour les deux réacteurs : ils vont être arrêtés progressivement jusqu’en 2025, et redémarrés en novembre 2026, après une période de maintenance. Cela laisserait la Belgique sans énergie nucléaire pour l’hiver 2025-2026. Les deux parties ambitionnent toutefois un redémarrage très rapide « sous réserve de la mise en œuvre effective d’un assouplissement annoncé de la réglementation, dès novembre 2025 », pour éviter ce scénario.
Cet accord est l’aboutissement de plus d’un an et demi de bras de fer, et la sortie du nucléaire de la Belgique en 2025 était pourtant prévue depuis plus de 20 ans, actée par une loi de 2003. Cette prolongation, malgré les réticences d’Engie et d’une partie de la coalition gouvernementale, « réduit la dépendance énergétique de notre pays et garantit la production en Belgique d’une électricité décarbonée et bon marché », se félicite Alexander De Croo, Premier ministre du pays, dans un communiqué du gouvernement. « La guerre en Ukraine a profondément changé le paysage énergétique européen et il était devenu urgent de se défaire de notre dépendance aux énergies fossiles et de reprendre notre énergie en main. Ce que nous faisons en prolongeant deux réacteurs nucléaires et, en même temps, en accélérant la transition énergétique. », expose Tinne Van der Straeten, ministre belge de l’Energie.



