Ca y est, «le cadre des négociations» sur la prolongation, qui reste «potentielle», de deux unités nucléaires (Doel 4 et Tihange 3) pour dix ans en Belgique a été fixé entre l’Etat fédéral belge et Electrabel, filiale du groupe Engie outre-Quiévrain. L’annonce a été rendue publique par communiqué vendredi 22 juillet. La lettre d’intention, «non engageante» insiste Engie, va permettre aux deux protagonistes d’approfondir leurs discussions «constructives» sur la faisabilité et les conditions du redémarrage des deux réacteurs «en novembre 2026, sous réserve de l'approbation des autorités de sûreté».
Concrètement, l’Etat belge et Engie se sont mis d’accord sur trois grands points. Premio donc, la prolongation de l'exploitation de Doel 4 et Tihange 3, représentant au total une capacité nucléaire de 2 GW, va être négociée dans le but de parvenir à un accord définitif d'ici au 31 décembre 2022 (qu’il faudra ensuite soumettre à la Commission européenne pour approbation). «L’Etat belge ne sera pas exploitant», précise bien le communiqué. Et pour cause : le mandat délivré au Premier ministre, Alexander De Croo, et à la ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten, pour négocier avec Engie exige que l’Etat belge ne devienne pas exploitant nucléaire.
Deuxio, le communiqué annonce la création d’une «structure stable et durable dans laquelle l'État belge et Engie partagent les risques comme les bénéfices par le biais d'une nouvelle société à créer», chacun à égalité (50/50). Cette annonce est en quelque sorte une victoire pour Engie, qui rappelle à L’Usine Nouvelle : «On a toujours dit qu’on voulait un partage des risques justes, en termes d’investissements notamment». «Ce véhicule spécial va être créé mais doit encore être négocié, notamment pour poser les jalons des modalités de la participation financière» de chaque entité, précise à L’Usine Nouvelle le cabinet de la ministre belge de l’Energie. Le sujet est primordial puisque les deux réacteurs, après leur arrêt d’ici 2025 et avant leur redémarrage en novembre 2026, vont subir «une grande maintenance prévue pour leur permettre de fonctionner encore pendant dix ans» et qui s’annonce coûteuse.
Reste à définir les modalités, financières notamment
Le dernier point concerne d’ailleurs les conditions économiques de la prolongation. Le communiqué du gouvernement fédéral annonce que «les coûts de démantèlement des centrales nucléaires, et de gestion des matières fissiles et des déchets radioactifs sont supportés par l'exploitant», Engie. «Les coûts de gestion des déchets et du combustible nucléaire usé seront déterminés après une étude, à l'issue de laquelle les discussions s'engageront autour d'un “cap” et d'une prime de risque à définir», est-il encore précisé. Au cours des derniers mois, l’entreprise énergétique française s’est en effet inquiétée des coûts que pourraient engendrer l’opération de prolongation dans son ensemble, alors que sa nouvelle stratégie mise plutôt sur l’essor des énergies renouvelables.
En bout de course, l’accord «devra assurer une répartition équilibrée des risques et des opportunités et offrir à chaque partie une stabilité et une structure de transaction équitable à long terme», conclut Engie.
Une sortie du nucléaire pour 2025, avant une «potentielle» prolongation
Pour rappel, le gouvernement fédéral belge a finalement décidé en mars 2022 d'entamer des discussions avec Engie en vue de prolonger l'exploitation des réacteurs nucléaires Doel 4 et Tihange 3 pour une période de dix ans, alors que la sortie du nucléaire pour 2025 a été actée il y a maintenant 19 ans. «Cette décision [de prolonger les réacteurs] a été prise dans un contexte de modifications géopolitiques majeures en Europe, rappelle l’Etat belge dans son communiqué, à savoir la guerre en Ukraine, l'impact de cette guerre sur l'approvisionnement en gaz des pays voisins, l'indisponibilité imprévue de plusieurs centrales nucléaires françaises et l'impact de tous ces éléments sur l'approvisionnement en électricité de la Belgique».
Concrètement, l’ensemble des réacteurs nucléaires devraient progressivement être mis à l’arrêt d’ici 2025 et l’Etat belge ne pourra dans tous les cas pas compter sur une production nucléaire pour l’hiver 2025-2026. Ni le gouvernement ni Elia, gestionnaire du réseau de transport d’électricité en Belgique, ne semblent cependant inquiets pour la sécurité d’approvisionnement du pays pendant cette période. «Pas de blackout prévu», confirme Jean Fassiaux, porte-parole d’Elia, contacté par L’Usine Nouvelle, ajoutant que «les travaux se poursuivent pour pallier le manque à venir en énergie nucléaire».
En prévision de sa sortie du nucléaire, l’Etat belge a mis au point en 2021 un mécanisme de rémunération de capacité (CRM), dont l’ambition est de rémunérer la capacité de production mise à la disposition du marché par les producteurs d'électricité au moyen d’enchères annuelles. L'idée est en fait de déterminer quels moyens de production viendront assister les renouvelables dans la production électrique en période de forte demande. Le gaz est appelé à jouer un rôle dans cette période de transition vers l'énergie verte. A minima deux centrales à gaz sont appelées à voir le jour dans les prochaines années.



