En Bourgogne-Franche-Comté, de plus en plus d'industriels ouvrent leur propre école pour recruter

Pour pallier le manque de main-d’œuvre qualifiée, les industriels de Bourgogne-Franche-Comté ont mis en place, de façon individuelle ou collective, des outils de formation sur mesure. Les ouvertures et constructions d'écoles et campus se multiplient.

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tutorat chez Sees industrie en Saône-et-Loire
Seeb Industrie, en Saône-et-Loire, a monté une école d'usinage interne dans laquelle l'entreprise forme des demandeurs d'emploi pour les embaucher ensuite.

Rendez-vous en Bourgogne-Franche-Comté. La première promotion du BTS maintenance industrielle du ferroviaire fait sa rentrée en septembre 2022 au lycée professionnel Claudie Haigneré de Blanzy, avec une dizaine de personnes, des jeunes, mais aussi des profils en reconversion. Face à l’absence de formation spécifique à ses métiers, la filière de la conception, de la réalisation et de la maintenance d’engins ferroviaires s’est regroupée autour du campus Mecateam, à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire). «Nous avons émis l’idée de créer une formation spécifique au ferroviaire dès 2012. Petit à petit, nous concevons un diplôme et un cursus complet, de bac +1 à bac +3», précise Frédéric Debleds, son directeur général. Cette initiative collective réunit 130 adhérents et a donné naissance à un pôle de formation de 1 500 mètres carrés, inauguré en juin 2022.

Même problématique pour SKF (55 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021, 3 000 salariés en France). Le leader du roulement mécanique (Lons-le-Saunier, Jura) vient de créer Jura Innov Campus, pour répondre à ses besoins en tourneurs et rectifieurs. «Il n’y a pas vraiment d’école pour nos métiers, qui s’apprennent surtout par le compagnonnage. Notre campus est une autre façon de recruter et d’intégrer les collaborateurs», explique Sylvie Boine, responsable des ressources humaines. Certifié Qualiopi depuis décembre 2021, le centre a dispensé sa première formation en juin 2022. «Des parcours de 50 à 150 heures, selon le niveau de base du collaborateur, commenceront en 2023. Les apprenants travailleront avec un tuteur afin de conserver les savoir-faire en interne», ajoute la DRH. Une quinzaine de personnes devraient être recrutées par l’entreprise d’ici à la fin d’année 2023.

Des diplômes conçus avec des écoles d'ingénieur

A Saint-Marcel (Saône-et-Loire), Framatome construit un bâtiment de 2 400 mètres carrés pour accueillir le Centre calculs Bourgogne, en janvier 2023. Cet investissement de trois millions d’euros vise à compléter la formation des nouvelles recrues, ingénieurs ou techniciens, aux spécificités du nucléaire. «Un calcul mécanique demande des compétences particulières sur la réglementation et les spécificités du nucléaire», insiste Fabien Ducrozet, directeur du Centre de Framatome, qui prévoit de recruter 150 personnes d’ici à 2024. Son futur site dispensera des parcours de formation d’environ quatre mois, deux fois par an, sanctionnés par un diplôme conçu en partenariat avec une école d’ingénieurs. Framatome dispose aussi d’une école de soudage et d’une académie dédiée à la formation des futurs inspecteurs sûreté et qualité.

Face aux difficultés de recrutement, les industriels de Bourgogne-Franche-Comté ouvrent leurs propres formations pour attirer, former et garder les talents. Technologies et Habitat (5 millions d’euros de chiffre d'affaires en 2021, 60 salariés), à Champvans (Jura), mise sur le tutorat avec son académie. Les futurs salariés disposent de onze semaines de formation pour apprendre les rouages de la construction bois. «Ils acquièrent les compétences et découvrent notre process de fabrication, puis passent sur différents postes. Selon les appétences et les capacités, nos chefs d’équipe les forment à une spécialité», détaille Christina Nita, directrice habitat. Une vingtaine de personnes ont déjà suivi le parcours et été embauchées, pendant qu'une dizaine démarrent en septembre. L’entreprise prévoit entre 60 et 80 recrutements par ce biais en 2023.

Miser sur les reconversions

«Nous avons des besoins en compétences, mais personne ne répond à nos annonces», regrette Jean-Paul Delfrate, directeur du site Seeb Industrie de Chauffailles (Saône-et-Loire, 25 millions d’euros de chiffre d'affaires en 2021 pour 250 salariés). Spécialiste de l’usinage de précision, l’entreprise peine à trouver ses usineurs. Seeb Industrie s’est donc tourné vers des profils de chômeurs longue durée ou des personnes en reconversion. Ancienne directrice de supermarché, boucher, chef de rang dans la restauration, ont répondu présent. «Pour répondre à la demande liée à la croissance de nos clients, nous avons monté une école d’usinage intramuros avec une formation certifiée par un certificat de qualification paritaire de la métallurgie d’usineur en commande numérique», détaille le dirigeant. Depuis février 2022, Jean-Paul Delfrate accueille six demandeurs d’emploi pour une formation jusqu’en mars 2023, à raison d’une semaine de formation suivie de trois semaines sous la conduite d’un tuteur.

Fin août, lors du rendez-vous annuel du Medef à l’hippodrome de Longchamp, Roland Lescure, ministre délégué en charge de l’Industrie, a estimé à 70 000 le nombre de postes non pourvus dans l’industrie. Selon les études du ministère du Travail, les métiers de la métallurgie (chaudronnier, tôlier, soudeur…) figurent dans les dix les plus en tension en France.

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