Philippe Martin, le président délégué du Conseil d’analyse économique (CAE), qui réalise des analyses pour le compte du gouvernement, avait prévenu. Les diagnostics des économistes à l’origine de la note du CAE explorant l’origine des difficultés de recrutement et publiée lundi 14 mars ne sont « pas entendus usuellement ». « Les problèmes d’information tendent à être plus importants que l’inadéquation entre l’offre et la demande de travail », déclare d’emblée Roland Rathelot, coauteur de l’étude avec François Fontaine. Selon lui, « il faut donc intensifier l’aide au recrutement » à destination des entreprises et en particulier des PME pour résorber les difficultés de recrutement, ainsi que le chômage.
Pour parvenir à cette conclusion, le binôme a élaboré des modèles destinés à évaluer l’impact, sur le chômage, du décalage entre la localisation des demandeurs d’emploi et celle des emplois vacants. L’inadéquation entre les métiers a aussi été analysée. Bilan : même avec des politiques optimales – et donc peu réalistes – de mobilité des chômeurs, le taux de chômage ne reculerait que de 1% environ. De quoi relativiser, selon l’étude, les effets des politiques publiques visant à rapprocher l’offre de la demande de travail, comme la formation professionnelle.
Des difficultés pour repérer les compétences
Dès lors, deux leviers restent activables. Le premier consiste à rendre plus efficaces les stratégies de recherche d’emploi des chômeurs. Sur ce point, la récente réforme de l’assurance chômage « comporte plusieurs éléments visant à intensifier l’effort de recherche des demandeurs d’emploi », souligne la note. « Mais les rendements de ce type de politiques tendent à s’amenuiser au fur et à mesure », indique François Fontaine. En cas de baisse de la générosité des allocations-chômage, des effets d’encombrement limitent l’accélération des sorties du chômage.

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Les auteurs de la note recommandent plutôt d’utiliser le deuxième levier, en développant les aides à la sélection et à la vérification des profils des candidats. En clair, agir au niveau des méthodes de recrutement des PME. « Les employeurs ont un vrai problème pour acquérir l’information. Parfois les pré-compétences pour un poste sont là mais il y a des difficultés pour les repérer, estime Roland Rathelot. On pense qu’il y a des marges de manœuvre pour détecter les bons profils. »
Des aides au recrutement a priori efficaces
L’étude note que Pôle emploi « a développé ces dernières années ses services d’aide au recrutement à destination des entreprises » avec une certaine réussite : les entreprises accompagnées postent 20% d’offres d’emploi en plus et embauchent davantage en CDI. Mais les moyens de l’opérateur public dans ce domaine sont limités. D’où la recommandation formulée par les auteurs d’organiser un marché concurrentiel avec Pôle emploi et des acteurs du recrutement privés sélectionnés par le service public. Des indicateurs de performance seraient alors rendus publics pour faciliter le choix des entreprises. « Il s’agirait d’afficher sur un site internet que tel prestataire peut recruter un chaudronnier dans un laps de temps donné », illustre François Fontaine.
Le système devra faire ses preuves, car un rapport de la Cour des comptes de 2014 avait largement critiqué le recours à des opérateurs privés par Pôle emploi pour des missions d’accompagnement des demandeurs d’emploi à l’époque. Reste que renforcer les moyens humains de Pôle emploi sur l’aide au recrutement des entreprises serait une autre possibilité d’application de cette idée.
Mutualiser les tests de compétences
Les auteurs de la note recommandent enfin la mise en place de tests certifiés de compétences pour les demandeurs d’emploi et surtout leur mutualisation à l’ensemble des entreprises. Cela permettrait d’éviter les multiples évaluations d’un même candidat par plusieurs entreprises, cette multiplicité n’étant pas efficace pour lutter contre le chômage à l’échelle de la société. Sans compter que des entreprises avec moins de ressources à consacrer aux recrutements pourraient y avoir accès.
Le travail du CAE a été remis à des cabinets ministériels. Philippe Martin a constaté un intérêt pour ce qu’il appelle un « rééquilibrage », l’aide au recrutement étant selon lui un aspect du marché du travail sur lequel il y a eu le moins de choses de faites jusqu'à présent. Ces recommandations impliquent de jouer à la fois sur la mise en concurrence (de Pôle emploi entre autres) et la mutualisation des efforts. Des chantiers sensibles.



