Avec un retour du taux de chômage à son niveau d’avant-crise et des offres d’emploi pour les cadres qui ont retrouvé un rythme de croisière, la reprise économique a apporté son lot de bonnes nouvelles pour le marché de l’emploi en 2021. Pour les recruteurs en revanche, l’équation se complique. « Le marché du travail s’est retourné en termes d’offre et de demande, a estimé Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, jeudi 6 janvier sur France Inter.J’ai fait beaucoup de tournées sur le terrain au mois de décembre : tous les secteurs et toutes les tailles d’entreprises, de toutes les géographies, sont en difficultés de recrutement. [Auparavant,] il y avait ce qu’on appelait les métiers en tension, traditionnellement le bâtiment et la restauration, mais aujourd’hui c’est généralisé. »
Toutes les entreprises concernées ?
Selon lui, «les seuls qui n’ont pas de problèmes de recrutement sont ceux qui ne recrutent pas». «Tous ceux qui vont bien et qui ont besoin de recruter ont des difficultés de recrutement, a-t-il poursuivi. Est-ce qu’ils ne trouvent pas ? Il ne faut pas exagérer. Ils ont du mal à recruter.»
Publiée en décembre, une étude de Pôle emploi sur les difficultés de recrutement depuis la reprise de l’activité en 2021 va globalement dans le sens des dires du patron du Medef. Menée auprès de 18 000 entreprises, elle souligne que 58% d’entre elles ont cherché à recruter entre avril et septembre de l’année dernière. Et parmi ces entreprises en quête de salariés, 7 sur 10 déclarent avoir rencontré des difficultés de recrutement.
Des difficultés plus importantes qu'avant la crise
Pour nombre de ces entreprises, la crise sanitaire et le rebond consécutif de l’économie auraient même plutôt aggravé la situation par rapport à 2019. Près de 40% disent rencontrer des difficultés plus importantes maintenant qu’avant la crise, tandis que 30% affirment que ces difficultés sont semblables. Dans certains secteurs industriels, comme l’agroalimentaire, les transports et l'entreposage, ce constat de soucis accrus est même bien supérieur, avec respectivement 52 et 44%.
Comment l’expliquer ? L’étude rapporte que la moitié des boîtes ayant cherché à recruter ont été confrontées à une baisse du volume de candidatures en comparaison avec la période précédant la crise sanitaire. Parmi celles en difficultés pour recruter, 72% jugent les candidatures inadéquates. Et dans un marché de l’emploi où les candidats semblent de plus en plus en position de force, plus d’une sur deux observe des exigences accrues de leur part, par exemple sur les conditions de travail, la rémunération ou encore la volonté de travailler plus proche de leur domicile.
La situation s'aggravera en 2022
Comment s'orientent les pénuries et difficultés pour 2022 ? Notre enquête recrutement à paraître dans notre édition de février nous donne des éléments concrets pour affirmer que la situation s'aggravera. La première raison renvoie au volume d'embauches prévu. C’est une lapalissade, mais plus les besoins sont importants, plus les entreprises doivent se mobiliser sur le sujet et ressentent des difficultés. Surtout si elles avaient mis le pied sur le frein dans la période précédente. Sur la centaine d’entreprises qui dévoilent à l’Usine Nouvelle leurs volumes d’embauches et les profils recherchés, plus des deux tiers (69%) envisagent de recruter plus en 2022 que l’année précédente. Elles n’étaient que 53% dans ce cas en 2021, et 26% en 2020. Oui, recruter c’est difficile et recruter beaucoup c’est encore plus compliqué.
Notre étude identifie aussi l’intensité des difficultés. Et là aussi elle est plus forte. Pour 2022, une majorité d’entreprises (53,6%) anticipe des difficultés sur 30 à 50% de leurs recrutements. Et plus inquiétant, près du quart (24,8%) s’apprêtent à connaître des difficultés pour plus de la moitié de leurs embauches. Elles n’étaient que 14,1% dans ce cas en 2021.
Chez les employeurs de l’industrie, les postes qui concentrent les difficultés sont d’une part et sans surprise tous les métiers de l’informatique et du digital, et d’autre part ceux de techniciens de maintenance, électromécanicien, ingénieur. Mais avec ces fonctions plutôt techniques, on n’épuise pas le sujet des postes les plus complexes à recruter dans le secteur. De nombreuses entreprises nous font part de difficultés pour des postes de commerciaux.
Pour séduire les candidats, notre enquête indique que 81% des entreprises misent sur la flexibilité des horaires et le télétravail, 75,4% sur de la formation et 36,9% sur la polyvalence. Un tiers des employeurs est résolu à mettre en oeuvre des hausses de salaires.
Par Jonathan Grelier et Anne-Sophie Bellaiche



