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Les difficultés de recrutement sont en grande partie liées à de mauvaises conditions de travail

Selon une enquête de la Dares, les mauvaises conditions de travail expliquent en grande partie les difficultés de recrutement des entreprises, alors que les employeurs estiment qu’elles sont surtout liées à la pénurie de personnes qualifiées. Une étude de France Stratégie estime, elle, que ces problèmes sont surtout dus à une mauvaise organisation de l’entreprise.

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Les entreprises qui ont le plus de mal à recruter sont principalement celles qui proposent de mauvaises conditions de travail. Mais elles n'identifient pas toujours ce frein.

Deux études publiées cette semaine présentent des conclusions convergentes : les employeurs se trompent, en expliquant quasi exclusivement leurs difficultés de recrutement par une inadéquation entre l’offre et la demande de travail. Ignorant les vraies raisons de leurs problèmes, ils ne peuvent pas les résoudre. Or 71% déclarent des difficultés de recrutement.

Selon une étude publiée le 22 juin par la Dares, direction statistique du ministère du Travail, ce sont surtout des conditions de travail pénibles qui rendent les recrutements difficiles. Or 15% seulement des employeurs citent les conditions de travail comme source de leurs difficultés; 91% les attribuant à la pénurie de personnes qualifiées et 26% à des salaires insuffisants. C’est dans l’hôtellerie-restauration que les employeurs sont les plus nombreux (24%) à reconnaître que leurs problèmes de recrutement viennent des conditions de travail. Suivis des employeurs des transports (à 18,4%), de la santé et du social privé (18,3%) et des industries agroalimentaires (à 16,7%).

Or, selon les travaux de la Dares, les entreprises sont beaucoup plus nombreuses à être freinées dans leurs embauches en raison des conditions de travail difficiles qu'elles proposent, mais elles ne s'en rendent pas compte... Les statisticiens ont recoupé les déclarations de difficultés de recrutement des employeurs dans l'enquête Conditions de travail de 2019, avec les caractéristiques des conditions de travail de ces entreprises, détaillées dans la fiche employeur de l’enquête et dans les questionnaires remplis par les salariés de ces mêmes entreprises. La conclusion est sans appel : plus la part des salariés de l’entreprise soumis à des conditions de travail pénibles est grande, plus les recrutements sont difficiles.

Trois facteurs de pénibilité méconnus

Parmi les contraintes physiques, ce sont les horaires imprévisibles qui sont le plus corrélés à des difficultés de recrutement. 90% des entreprises qui exposent entre 10 et 50% de leurs salariés à des horaires imprévisibles ont des difficultés de recrutement, contre 66% de celles qui n’ont pas d’horaires imprévisibles.

Le deuxième facteur le plus impactant n’est pas physique, mais « psychosocial » : c’est le « travail empêché », ou l’impossibilité pour un salarié de bien faire son travail. Exposer entre 10 et 50% des salariés à un « travail empêché » entraîne 81% des employeurs vers des difficultés de recrutement, alors qu’ils ne sont que 59% à être en difficulté quand il n’y a pas de « travail empêché ».

Troisième facteur : la pénibilité physique. 77% des entreprises qui exposent entre 10 et 50% de leurs salariés à au moins une pénibilité ont du mal à recruter, contre 63% de celles qui n’ont pas de métiers pénibles. Autres raisons aggravant les difficultés de recrutement : le travail de nuit, le travail en urgence et les tensions avec le public. Quand plus de 50% des salariés sont exposés à une contrainte physique ou psychosociale, les difficultés de recrutement sont encore plus fortes.

Savoir-faire RH

Une étude de France Stratégie publiée également cette semaine se penche elle aussi sur les difficultés de recrutement des employeurs. Elle conclut que les facteurs habituellement connus et mesurés, comme le métier recherché, la taille de l’entreprise, sa localisation, le salaire proposé…, n’expliquent que 14% des difficultés (l’effet métier étant le plus fort).

L’essentiel des difficultés s’explique par les caractéristiques propres à l’entreprise et à son organisation interne, plus subjectives (qualité de la gestion des ressources humaines et du management, psychologie du dirigeant, réputation de l’entreprise…). D’ailleurs, des entreprises aux caractéristiques mesurables identiques (secteur, métiers, localisation...) ne rencontrent pas les mêmes niveaux de difficultés de recrutement.

Conclusion des auteurs de ce travail de recherche : les entreprises déclarant des difficultés de recrutement plus importantes que celles qui ont des caractéristiques identiques devraient être accompagnées de façon plus personnalisée par le service public de l’emploi. Une expérimentation de Pôle emploi pour aider les PME à recruter a montré de très bons résultats, indique l’étude.

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