Pour les entreprises, recruter pendant la reprise économique a donné lieu à bien plus de difficultés qu’avant la crise sanitaire. C’est ce qui ressort d’une étude publiée jeudi 10 février par Pôle emploi et menée auprès de 8 000 sociétés en fin d’année dernière. Plus de deux tiers de ces employeurs disent être confrontés à ce problème (68% et même 73% dans l’industrie), contre un peu plus de la moitié (57%) en 2018.
Les sondages et études confirmant cette tendance sont nombreux. De quoi nourrir les discours alarmistes, alors que les abandons de recrutement faute de candidat adéquat sont finalement assez peu fréquents, selon Pôle emploi. « En général, les études sur les difficultés de recrutement font état d’un ressenti, mais ne présagent pas de l’issue de ces recrutements », rappelle auprès de L’Usine Nouvelle Jean Pralong, professeur en gestion de ressources humaines à l’EM Normandie.
Insuffisance et inadéquation des candidatures, poste avec des conditions de travail difficiles ou encore concurrence entre employeurs, comme l’a expérimenté Michelin dans des bassins d’emplois très dynamiques… « Les difficultés de recrutement correspondent à une appréciation des employeurs », appuie Pôle emploi. « Est-ce qu’ils ne trouvent pas ? Il ne faut pas exagérer. Ils ont du mal à recruter », reconnaissait lui-même le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, début janvier.
3% des offres abandonnées dans l'industrie

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Pour Jean Pralong, le recours aux réseaux sociaux dans les processus de recrutement peut aussi « alimenter un sentiment de déception pour les recruteurs » qui penseraient avoir accès à un vivier immense automatiquement grâce à ces réseaux. Le spécialiste souligne également un effet pervers induit par un mode de rémunération des cabinets de recrutement. Ces derniers se rémunèrent si l'embauche est effective et non sur la recherche du candidat. « Certains prennent des missions sans forcément faire le travail de recherche nécessaire derrière, ce qui peut renforcer l’impression de difficultés », affirme-t-il.
Sur les offres de plus d’un mois déposées à Pôle emploi et clôturées entre juin et septembre 2021, seulement 6% ont été abandonnées par manque de candidats, en hausse par rapport à 2018 (4,9%). Ce pourcentage tombe à 3% dans l’industrie. Cette faible proportion « permet de bien reposer le débat », a estimé Stéphane Ducatez, le directeur des études de Pôle emploi.
Des renoncements avant même de déposer une offre
Par extrapolation, son organisme estime qu’il y a eu entre 255 000 et 390 000 abandons de recrutement en France en 2021 (représentant 180 000 à 273 000 postes supplémentaires en équivalent temps plein), soit 40 000 de plus qu’en 2018 environ. Le chiffre peut paraître important, mais il est à comparer aux neuf millions d’embauches de plus d’un mois réalisées l’an passé. Par ailleurs, les trois quarts des employeurs ayant trouvé un candidat pour plus d’un mois avec Pôle emploi l’ont fait en moins de 92 jours, contre 105 jours en 2018.
Reste que les difficultés de recrutement conduisent aussi des entreprises à renoncer à leurs ambitions dans ce domaine. Un phénomène que Pôle emploi ne prend pas en compte, tout en le jugeant « réel ». Face aux tensions sur le marché du travail, le sous-traitant aéronautique Lauak indique ainsi qu’il développera ses sites « en tenant compte de leur potentiel en terme de recrutement ». Si la main d’œuvre venait à manquer, certaines productions pourraient partir dans ses implantations au Mexique ou en Inde. Ce raisonnement n’est sûrement pas isolé. D'où la priorité de continuer à agir contre les difficultés de recrutement.



