Pourquoi les difficultés de recrutement de Michelin inquiètent (autant) son président, Florent Menegaux

Le président de Michelin, Florent Menegaux, s’est inquiété à plusieurs reprises des problèmes de recrutement dans certaines usines de production de pneumatiques. Les sites de Cholet, Troyes et Bourges sont particulièrement concernés.

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Florent Menegaux Michelin
Florent Menegaux a exprimé son inquiétude à plusieurs reprises sur les difficultés de recrutement chez Michelin.

Les pénuries de candidats inquiètent Florent Menegaux, le président du fabricant de pneumatiques Michelin. Et il le fait savoir. Cela a d’abord été le cas lors des journées consacrées aux médias, les 24 et 25 novembre à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). « Nous avons deux usines qui recrutent, Troyes et Cholet. Il y a eu des campagnes de recrutement, mais nous avons eu zéro candidature, déplore-t-il à cette occasion. C’est un phénomène que nous ne connaissions pas. » Puis bis repetita deux jours plus tard dans l’émission On n’arrête pas l’éco sur France Inter. « A Cholet, Troyes et Bourges, nous avons fait des campagnes de recrutement et là, pour la première fois, on a eu zéro candidature », répète le dirigeant sur les ondes.

Ce samedi-là, les auditeurs matinaux de la radio publique n’auront eu droit qu’à une explication lacunaire du dirigeant. « Le Covid a accéléré une tendance que l’on voyait arriver et qui est un changement dans le rapport au travail », estime-t-il au micro d’Alexandra Bensaid. Il avait cependant précisé sa pensée devant les journalistes à Clermont-Ferrand. « Dans beaucoup de pays du monde, nous avons beaucoup de mal à recruter parce que les personnes ont décidé de changer un certain nombre de choses dans leur vie [en raison du Covid, ndlr]. C’est une difficulté supplémentaire, soulignait-il alors. Est-ce durable ou pas ? Je ne sais pas. »

Des embauches compliquées en intérim et CDD

Selon Florent Menegaux, « le Covid-19 a pu donner l’impression que quand on travaillait moins ou pas du tout, ce n’était pas très grave puisqu’il y avait quelqu’un d’autre qui donnait de l’argent. Notamment aux Etats-Unis où les gens ont reçu des chèques directement du gouvernement. » Mais cette raison est loin d'être la seule à l’origine des difficultés de recrutement de Michelin sur ses sites de Cholet, La Chapelle Saint-Luc (Troyes) et Saint-Doulchard (Bourges).

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Sollicité par L’Usine Nouvelle, le groupe fait état de multiples causes. Il y a tout d’abord le problème des profils extrêmement recherchés, dans la maintenance par exemple. Puis celui des bassins d’emplois très dynamiques, où la concurrence entre industriels est importante. C’est le cas à Cholet et plus largement dans l’Ouest. L’entreprise souligne aussi la complexité à embaucher avec certains types de contrats, en intérim ou en CDD, dans un contexte de reprise économique. « Chez Michelin, il n’est pas rare d’avoir des CDD de professionnalisation qui permettent aux gens de se former avant d’entrer dans l’entreprise », ajoute un porte-parole.

6 embauches pour 80 candidatures

Dans le détail, 20 personnes devaient être recrutées au second semestre à Cholet pour des postes de production en CDD. « Dans ce cas précis, on n’a pas trouvé », constate le porte-parole. Pour cette usine spécialisée dans les pneus de voitures et de camionnettes, proposer des CDD relevait d’une « stratégie de prudence », le groupe ne voyant « pas de développement structurel » du site. Face à cet échec, des réflexions seraient en cours pour publier des offres... Cette fois-ci en CDI.

A Troyes, les besoins de recrutement s’établissaient à 4 salariés en maintenance et une vingtaine de confectionneurs de pneumatiques agricoles. Aucune candidature n’a été reçue pour les postes de maintenance. « Pour le reste, le taux de succès des recrutements a été assez faible. 6 embauches ont été réalisées pour 80 personnes rencontrées », précise le porte-parole.

A Bourges, Michelin produit des pneus d’avions. Avec la reprise progressive du trafic aérien, le site a besoin de main-d’œuvre. Cette année, 36 recrutements en CDI ont déjà eu lieu. Pour 2022, l’usine recherche 27 opérateurs – 6 ont été recrutés pour l’instant – 10 salariés en maintenance et sept personnes pour des fonctions de manager. « Ici aussi il y a des difficultés », reconnaît le porte-parole.

Un plan de compétitivité dommageable ?

Selon cette source, ces embauches visent surtout à remplacer du personnel qui a quitté l’entreprise, dans le cadre de départs en retraite et du « plan de simplification et de compétitivité » qui comprend jusqu’à 2 300 suppressions de postes d’ici 2023. Son deuxième volet pour 2022 prévoit 29 suppressions de postes à Cholet, 33 à Troyes et un à Bourges. Cette année, 40 postes devaient déjà être supprimés à Cholet et 30 à Troyes.

Pas de quoi arranger la marque employeur de Bibendum, à en croire les experts. « De manière générale, tout ce qui génère une image négative peut contribuer aux difficultés de recrutement. Or un plan de restructuration, c’est inquiétant », estime Alban Azzopardi, le directeur général de l’activité management de transition au sein du cabinet de services RH Grant Alexander. D’où l’intérêt de tenir un discours pragmatique lors des entretiens d’embauche. « Le plus important, c’est la manière dont ça va être présenté aux employés potentiels. Il faut bien expliquer quels vont être les bénéfices pour l’entreprise à moyen et long termes », ajoute le spécialiste.

Chez Michelin, on considère que la marque employeur « est plutôt bonne » et qu’« aucune analyse ne vient étayer » un quelconque impact du plan de compétitivité sur les recrutements. A contrario, le déploiement de l’automatisation est présenté comme un moyen de renforcer l’attractivité de certains postes à l’avenir. Reste à voir si cela sera suffisant pour convaincre les futurs candidats de rejoindre le fabricant de pneumatiques français.

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