Tirer parti d’une contrainte réglementaire pour repenser son organisation industrielle, telle est l’opération menée par la Distillerie de la Tour. Créée en 1989, l’entreprise (74 personnes, 80 millions d’euros de chiffre d’affaires) produit de l’eau-de-vie, du cognac, du gin et de la vodka, et possède une activité de négociant-vinificateur sur des vins tranquilles. Ses principaux clients sont des embouteilleurs-metteurs en marché de spiritueux et de vins. Une activité réalisée depuis l’an dernier dans un site de 15 000 mètres carrés doté d’une capacité de stockage de 240 000 hectolitres d’alcool, à Merpins (Charente), à une vingtaine de kilomètres de son implantation historique de Pons (Charente-Maritime).
Une décision de déménager prise à la suite d’inspections de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal). «La Dreal nous a enjoint de réduire notre volume de stockage et de déménager notre chai d’assemblage, car nous avions atteint les limites de notre site, encadré par une voie ferrée et une zone classée Natura 2000. Nous commencions à représenter un potentiel risque pour l’environnement et pour les personnes aux alentours», indique Christophe Thomas, le directeur général de la Distillerie de la Tour. Figurent notamment des risques d’explosion et d'incendie, les alcools pouvant aller de 40%, lorsqu’ils sont prêts à être expédiés, à 96%. En cas de rupture d’une cuve ou suite à un sinistre, une menace de pollution avait aussi été identifiée.
Historiquement, à Pons, les deux distilleries étaient éloignées l’une de l’autre, avec des arrêtés d’autorisation d’exploitation différents. L’ajout de bâtiments intermédiaires avait conduit la Dreal à considérer l’ensemble comme un seul site. A Merpins (Charente), la Distillerie de la Tour disposait d’une parcelle de 8 hectares, avec un chai préexistant. Les quatorze chais jusqu’alors loués dans trois départements ont été relocalisés sur ce site, facilitant les opérations logistiques. Un bâtiment administratif y a été adjoint. Sept chais neufs, de 2 000 mètres carrés chacun, ont été construits, sur un total de 15 000 mètres carrés.
Des systèmes de sécurité intégrés
Les contraintes induites par la réglementation Installation classée protection de l’environnement (ICPE) Seveso des nouveaux chais devaient être prises en compte dans le projet, mené par GSE. Ce contractant général (600 personnes, 550 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022), implanté à Avignon (Vaucluse), a aussi eu pour mission de concevoir et de construire «un beau bâtiment, avec une architecture moderne», selon le souhait de son client. Lancé en 2019, le chantier s’est achevé par tranches entre avril 2021 et l’été 2022.
«Il fallait prévoir des systèmes de rétention : en cas d’ouverture ou de rupture d’une cuve, il faut récupérer les alcools, qu’ils soient enflammés ou non. Si les alcools sont enflammés, il faut les conduire dans une cuve étanche avant d’avoir recours à un étouffoir, explique Lionel Legouhy, le directeur développement de GSE. Le plus gros risque se situe au niveau des transferts camions.» Des aires bétonnées ont été conçues à cet effet, reliées au système d’étouffoir. Les pompiers ont réalisé des exercices sur le site.
Une organisation du travail facilitée
Côté efficacité industrielle, «l’un des objectifs était de pouvoir regrouper dans un même ensemble le maximum d’eaux-de-vie pour leur vieillissement, par rapport à des sites qui étaient éloignés les uns des autres», rappelle Christophe Thomas. Dans chaque chai, une zone de stockage capacitaire de fûts (petits contenants de vieillissement de 350 à 400 litres pour les eaux-de-vie brunes, comme le cognac, le brandy, le rhum...) et de tonneaux pour les assemblages (de 150 à 450 hectolitres) a été installée pour optimiser les déplacements. En plus du dallage béton, des zones de calcaire ont été préservées pour la récupération des eaux de pluie afin de diffuser de l’eau sous les chais, pour diffuser de l’humidité. «Les bâtiments traditionnels de la région de Cognac ont un sol en terre battue», souligne Lionel Legouhy.
En matière de performance énergétique, des parois en béton double peau et une couverture en bac acier et en isolant très épais (de 14 à 16 cm), «qui apporte beaucoup d’inertie», ont été sélectionnées. Un moyen d’améliorer l’hygrométrie des chais, essentielle dans le cadre du vieillissement des eaux-de-vie. Le bâtiment peut aussi se passer de chauffage traditionnel et de climatisation. Le lot énergie a été traité grâce à la géothermie. Trois îlots de cuves extérieures de stockage d’une capacité totale de 60 000 hectolitres, un chai d'assemblage et de traitement des alcools de 20 000 hectolitres, ainsi qu'un chai de stockage et de préparation de matières sèches et de produits finis de 2 000 mètres carrés complètent l’ensemble.



