[Drinks stories] Depuis la Charente, comment Maison Ferrand a réussi l'intégration d'une distillerie de la Barbade

En cinq ans, Maison Ferrand a redressé West Indies Rum Distillery, une distillerie de la Barbade qui était l’un de ses fournisseurs de rhum. Pour y parvenir, l’entreprise d’Ars (Charente), près de Cognac, a rassuré les équipes et nettoyé le portefeuille de clients.

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Rhum - West Indies Rum Distillery
Maison Ferrand a acquis et intégré une distillerie située à la Barbade.

Avoir réussi le mariage d’équipes qui travaillaient différemment, et préserver l’emploi sur chaque site, tels sont « les plus beaux défis » relevés par Alexandre Gabriel, cinq ans après l’acquisition de West Indies Rum Distillery. En 2017, le propriétaire et maître de chai de Maison Ferrand signait l’acquisition de l'un de ses fournisseurs, basé à la Barbade, en mer des Caraïbes. De quoi permettre à l’entreprise française (380 personnes aujourd’hui, dont 100 en France) de passer du statut de négociant à celui de distillateur,  pour sa gamme de rhums Plantation. Créée en 1989, la société d’Ars (Charente) possède également les cognacs Ferrand et les gins Citadelle.

Maison Ferrand a lancé les rhums Plantation en 1999, au départ comme une marque de négoce.Selon ce principe, les rhums Plantation bénéficient d’un premier vieillissement dans leur pays d’origine, avant d’être transportés par bateau à Cognac (Charente), où ils sont transférés, pour une autre phase de vieillissement, dans différents fûts.  Alexandre Gabriel voulait aller plus loin. «Le négociant élève des rhums. Or, j’ai toujours rêvé de distiller du rhum», résume-t-il.

Un nouveau propriétaire présent sur place

Pour passer du statut de négociant au statut de distillateur, l’entreprise a donc mis la main, il y a cinq ans, sur West Indies Rum Distillery. Cette usine a été fondée en 1893 par George Stade, distillateur et chaudronnier. Lors de son rachat, elle appartenait à une famille locale à hauteur de 92%, et le reste côté en Bourse. « J’ai dû apprendre à faire une offre publique d’achat », s’amuse Alexandre Gabriel. 80 personnes travaillent sur place, où 85% du rhum de la Barbade est distillé. 

Lors du rachat de West Indies Rum Distillery, même s’il connaissait déjà les lieux en tant que client régulier, Alexandre Gabriel a dû faire preuve de tact. Même si la distillerie fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, le dirigeant a arrêté la production l’espace d’une journée entière pour inviter les équipes à poser librement leurs questions au nouveau propriétaire. « On s’inquiétait même de savoir s’il faudrait désormais parler français ! », relate-t-il. Pour appuyer l’idée que l’investissement n’était pas seulement opportuniste, Alexandre Gabriel a acheté une maison à proximité. Il y réside une semaine par mois.

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Un portefeuille de clients revu

«Nous avons apporté une culture de l’engagement, pour planifier les objectifs de production. Ils nous ont apporté plus de connaissances sur la fermentation», poursuit-il. Un équipement qualifié «d’exceptionnel», avec notamment un alambic à chanvre du XIXe siècle, le dernier existant dans le monde, ainsi que la présence d’archives sur la fabrication du rhum depuis 1893, avaient achevé de convaincre Alexandre Gabriel de reprendre l'entreprise.

Pour autant, la distillerie perdait de l’argent. L’équivalent de 10% du chiffre d’affaires passait dans les pertes. Certains alambics ne fonctionnaient plus, et la colonne principale était vieillissante. Jusqu’alors, les marques de rhum locales étaient clientes, ainsi que de gros négociants en spiritueux. Le portefeuille de clients a été nettoyé, en conservant ceux qui étaient positionnés sur les produits «d’exception». Les deux usines de National Rum of Jamaica étaient dans la même situation.

Le chiffre d’affaires de la distillerie a été multiplié par 2,5 depuis le rachat. Les investissements consentis représentent le triple du chiffre d’affaires initial. Le retour sur investissement est espéré sur une période de quinze ans. « Dans les spiritueux haut-de-gamme, il faut faire du temps son allié. Si cela ne marchait pas, on se serait plantés. Il a fallu remettre notre vie en jeu pour fabriquer des rhums exceptionnels », poursuit Alexandre Gabriel. Un projet de méthanisation a par ailleurs été lancé, pour espérer aboutir à l’autonomie énergétique de l’usine d’ici trois ans.

De nouveaux produits

Au-delà de cette première phase de réorganisation, Maison Ferrand a relancé, à la Barbade, la marque locale Stade’s, pour l’heure uniquement disponible dans le pays avant de viser, dans un second temps, le marché américain. A destination du marché européen, l’outil industriel de Jamaïque a été mis à contribution pour lancer Canerock, une boisson spiritueuse à base de rhums de mélasse et d’épices. Le réseau commercial habituel a été chargé de promouvoir cette nouvelle marque.

Preuve du mélange des cultures apporté par l'acquisition, une piste de road tennis sera prochainement aménagée au siège d’Ars, près de Cognac. « C’est devenu le sport de l’entreprise », sourit le patron. Se jouant avec des raquettes en bois, cette discipline est née à la Barbade en transposant le principe du tennis sur route, avant de disposer d’espaces dédiés. Alexandre Gabriel a été entrainé, par les équipes de West Indies, à y jouer.

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