En Guadeloupe, le marché florissant du rhum vieux déclenche des investissements

Plusieurs enseignes de la filière rhum de Guadeloupe ont décidé d'investir en 2021. Quand une distillerie renouvelle et augmente la capacité de son chai de vieillissement, d'autres font sortir alambics et colonnes de distillation de terre.

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François Longueteau (fils) dirigeant de La distillerie Longueteau en Guadeloupe
La distillerie Longueteau, va investir 4,5 millions d'euros pour renouveler son chai de vieillissement et passer de 400 à 1 500 fûts, pour viser le marché à l'export, a indiqué François Longueteau (fils).

A mi-chemin entre la mer et le volcan de la Soufrière, la distillerie Longueteau (environ 3 millions d'euros de chiffre d'affaires pour 38 salariés en 2019) s'apprête à lancer la construction de son nouveau chai. Un investissement de 4,5 millions d'euros, selon François Longueteau (fils), le directeur marketing et commercial de la distillerie éponyme, co financé avec l'Etat (800 000 euros au titre des investissements du fonds de relance) et les fonds européens.

"Le marché du rhum, malgré la période reste porteur, affirme celui qui dirige la plus petite distillerie française en matière de capacité de production de rhum vieux. Et en ce qui concerne le rhum vieux [vieilli au moins trois ans, ndlr], le marché se développe hors des espaces francophones, où l'on consomme moins d'alcools blancs."

Chez Longueteau, pour l'instant, on produit quelque 350 000 bouteilles annuelles de rhum blanc, vieux, de punch et liqueurs. "Notre chai de vieillissement pour l'heure accueille 400fûts (120 000 litres), et l'objectif c'est de monter à 1500 (450 000 litres)", indique François Longueteau, qui déploiera plusieurs types de millésimes. Cet investissement doit faire doubler le nombre de salariés dédiés au chai, qui passeront de 5 à 10.

Une colonne de distillation et un alambic traditionnel

Longueteau, quatrième distillerie de Guadeloupe en matière de production, qui vient de fêter ses 125 ans, rejoint donc son aînée, Bologne, qui a agrandi son chai il y a déjà deux ans et son unité industrielle, pour 5 millions d'euros. Mais ces deux unités industrielles de Guadeloupe, ne sont pas les seules à réaliser des investissements. La rhumerie Karukera, qui s'est spécialisée dans les techniques de maturation pour la confection des rhums vieux dès 2006 doit également construire sa distillerie. "Nous sommes en train de régler la question du foncier", précise Grégoire Hayot, le dirigeant passionné de rhum, qui indique que l'investissement devrait se faire "sous quelques mois". Ce dernier est estimé entre 3,9 millions d'euros et 5 millions d'euros pour la construction : l'étude du foncier est en cours, mais le terrain va peut-être devoir subir des fouilles archéologiques. Le chantier est estimé à 18 mois et la distillerie créerait à terme 6 emplois directs !

Enfin, plus confidentielle et abritée par la brasserie artisanale Lekouz qui brasse ses bières locales depuis bientôt deux ans, une troisième distillerie va lancer ses produits sur le marché. "Trois agriculteurs dont les parcelles sont trop petites pour partir dans l'industrie, renouent avec la tradition de la distillation à l'alambic", confie Gessy Galli, associé dans l'aventure Papa Rouyo, qui entend développer "des produits d'exception en rhum vieux, pour le marché international, mais en très petite quantité".

L'industrie du rhum guadeloupéenne, malgré son aura locale et sa réputation hors de l'île, reste confidentielle sur le marché international. A titre de comparaison, les contingents pour le rhum en Martinique s'élève à 64 116 hectolitre d'alcool pur (HAP-source IEDOM), contre 51 530 pour la Guadeloupe (dans lequel Damoiseau occupe 25 % des parts de marchés, et laisse le reste au huit autres distilleries et rhumeries), 27 353 pour la Réunion et 1 000 pour la Guyane. Et si la fiscalité reste encore avantageuse pour l'exportation vers le marché national, les perspectives d'augmentation du prix du rhum, décidées par la loi de finance de la Sécurité sociales de 2019, devraient drastiquement désavantager la production locale en alignant ses prix, pour l'heure très bas sur les autres productions.

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