Chronique

[Drinks stories] Dans l'Yonne, comment la distillerie Valour+Lemaire se développe de crise en crise

A Tonnerre (Yonne), la distillerie Valour+Lemaire, lancée au printemps 2020 en pleine crise sanitaire, affronte aujourd’hui les hausses de prix des matières et de l’énergie. Elle a néanmoins lancé dix références et s’attèle au vieillissement de son whisky.

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Arnaud Valour et Benjamin Lemaire
Arnaud Valour et Benjamin Lemaire produisent une dizaine de références de spiritueux à Tonnerre (Yonne).

La distillerie Valour+Lemaire attend, dans le courant de l’année, son troisième alambic, moyennant un investissement de plus de 100 000 euros. Objectif : lui permettre de porter sa capacité de charge de 200 à 2000 litres, conformément à l’objectif assigné dans le business plan initial. Ce producteur de spiritueux de Tonnerre (Yonne) a été crée en mars 2020, a reçu ses équipements l’été suivant et a démarré sa production en septembre 2020, à l’orée du deuxième confinement. « Au départ, nous avons perdu six mois. Ensuite, nos volumes devaient être plus importants. Les cavistes ont bien travaillé durant cette période, mais ont pris peu de risques pour faire entrer de nouvelles références », se remémore Arnaud Valour, président et cofondateur.

« Actuellement, nous réalisons les chiffres de vente qu’on aurait aimé faire il y a un an », poursuit Arnaud Valour. L’équipe de la distillerie a attendu la réouverture des cafés-hôtels-restaurants et a laissé passé l’été pour pousser les feux, commercialement, en septembre 2021. Un manager commercial a été recruté. En attendant, de la vente directe a été réalisée, à travers un réseau d’acheteurs locaux particuliers. Le marketing, prévu avec des ambitions nationales, a été réorienté sur la région. Un site internet a été développé. De quoi faire découvrir les gins, vodkas, liqueurs et anisés de l’entreprise, et le vieillissement en cours (trois ans minimum) d’un futur whisky.

Un lancement chahuté, donc, pour les deux associés, qui ont néanmoins eu le temps de tester leur nouvelle activité : « nous avons pu acheter un alambic de 100 litres, ce qu’on ne regrette vraiment pas : nous avons produit l’an dernier en effectuant une étude de marché à taille réelle. »

Arnaud Valour était caviste à Chablis (Yonne) et réalisait du conseil aux entreprises. Il a travaillé durant six ans au Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne. Benjamin Lemaire a débuté sa carrière comme bibliothécaire à l’Opéra de Paris, avant de travailler dans l’oenotourisme en Bourgogne. Le duo s’était précédemment formé à la distillation aux Pays-Bas à l’automne 2018, partant du constat que le segment des micro-brasseries était déjà largement occupé.

Des marges entamées par la hausse du prix des matières premières

La région Bourgogne-Franche-Comté leur a accordé une avance remboursable de 120 000 euros, le reste de l’investissement a été financé sur fonds propres. La phase de lancement passée, Arnaud Valour et Benjamin Lemaire doivent désormais faire face au renchérissement des prix des matières premières, comprise entre 10% et 15% en moyenne depuis janvier dernier.

« En termes de surcharge de coûts, c’est sur le verre que l’impact est le plus fort. La principale difficulté consiste plutôt à trouver des bouteilles, avec une indisponibilité sur l’une des références jusqu’en juin. Concernant le prix de l’énergie, nous avons du matériel récent, générant peu de pertes. Notre alambic fonctionne à l’électricité, et non au gaz ou au bois. Toute la chaleur reste à l’intérieur », précise Arnaud Valour. Positionnée sur un segment « premium » (de 45 à 65 euros pour le consommateur), la distillerie a pour l’heure préféré rogner sur ses marges plutôt que d’augmenter ses prix. Valour+Lemaire espère toutefois, dans les mois à venir, s’ouvrir à l’export.

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