Dix questions-clés sur l'accès et la disponibilité des vaccins contre le Covid-19 en France

[ACTUALISE] Alors que la course mondiale aux vaccins pour se protéger du Covid-19 pourrait aboutir à de premières autorisations dans les semaines qui viennent, de multiples questions se posent pour l’accès et les dispositions en France. L'Usine Nouvelle répond à dix questions-clés.

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Vaccin COVID-19
Les futurs vaccins pour se protéger du Covid-19 suscitent de multiples questions sur leur disponibilité et leur accès en France.

Quels vaccins disponibles en France ?

La politique du gouvernement français en matière de vaccins contre le Covid-19 s’inscrit dans celle de l’Union européenne. L’Etat n’est engagé qu’au sein des contrats passés par la Commission européenne avec les producteurs de vaccins. "Il n’y a pas de commandes en parallèle, nous respectons les procédures des marchés publics européens", nous confirme un porte-parole du ministère en charge de l’Industrie. Aujourd’hui, selon ces contrats qui doivent assurer la disponibilité de ces vaccins au sein de l’UE, il est donc envisageable de voir un minimum de six vaccins arriver sur le marché français.

Sous réserve d’une délivrance d’autorisation de mise sur le marché (AMM) par l’Agence européenne du médicament puis par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Il s’agit, dans l’ordre des contrats passés, du vaccin qu’AstraZeneca développe avec l’Université d’Oxford et le Serum Institute of India, celui de Sanofi et GSK, celui de Johnson & Johnson, celui de Pfizer avec BioNTech, celui de CureVac et le vaccin de Moderna. La Commission européenne vient de conclure un accord ce 24 novembre avec le laboratoire américain Moderna, qui doit porter sur 80 millions de doses plus 80 millions supplémentaires.

Combien de doses disponibles ?

L’UE entend répartir les doses de vaccins dans tous les Etats membres, une fois qu’elles seront bien réceptionnées. La répartition doit s’effectuer de manière simultanée et proportionnellement à la population de chaque Etat membre. Agnès Pannier-Runacher, ministre en charge de l’Industrie, a estimé dans une interview sur Radio J le 22 novembre qu’environ 15% des commandes de l’UE devraient être disponibles en France.

Selon cette proportion et selon les contrats passés par l’UE, la France pourrait obtenir ainsi 45 millions de doses du vaccin d’AstraZeneca, 45 millions de doses de celui de Sanofi et GSK, 30 millions de doses pour celui de Johnson & Johnson et autant pour celui de Pfizer avec BioNTech, environ 33,5 millions de doses de celui de CureVac, et 12 millions de doses du vaccin de Moderna. Soit près de 200 millions de doses potentielles, sous réserve de l’approbation des différents vaccins. Et cela sans compter les options de doses additionnelles comprises dans les commandes européennes.

Après les commandes d'Etat, des commandes "seront peut-être passées par des officines, dans un second temps", glisse aussi un porte-parole du ministère de la Santé.

Est-ce suffisant ?

Oui, si tous ces vaccins sont autorisés. Avec 67 millions d’habitants en France, à raison d’une moyenne de deux doses par personne, l’Etat disposerait ainsi d’un stock dépassant nettement les besoins avec ces six vaccins, dans l’hypothèse où ces vaccins seraient autorisés et distribués, et où la totalité de la population accepterait de se faire vacciner. Car c'est aussi un point qui inquiète les autorités. "Les politiques de santé ne peuvent pas faire abstraction de l'opinion publique, qui a manifesté une forte réticence vis-à-vis d'un vaccin", confie-t-on au ministère de la Santé. "Il faut rassurer les personnes pour ne pas tomber dans le vite fait mal fait".

C'est pourquoi le gouvernement mise beaucoup sur l'avis de la Haute autorité de santé (HAS), qui doit proposer une stratégie de vaccination globale en se basant sur l'évolution de l'épidémie, après validation des candidats vaccins par l’ANSM. "L'HAS est une autorité indépendante qui valide les orientations en matière de santé publique, elle devrait rendre ses conclusions concernant la stratégie vaccinale d'ici la fin de l'année ou le début 2021", ajoute-t-on encore au ministère de la Santé.

Quelles difficultés d’approvisionnement ?

La question de l'approvisionnement est au cœur d'un véritable casse-tête logistique. Les modalités de conditionnement, variables d'un produit à l'autre (celui de Pfizer doit être maintenu à -70 °C par exemple), vont peser dans la balance lors des futures commandes. "Le conditionnement et la logistique entrent en ligne de compte nos calculs", confirme-t-on à Bercy, indiquant que "ces frais seront pris en charge par le ministère de la Santé".  

Quelle efficacité ?

Les résultats d’efficacité sont encore à considérer avec précaution car ceux annoncés sont encore préliminaires, et les autorités de santé devront statuer sur ce point. Pfizer et BioNTech comme Moderna avancent des taux d’efficacité de l’ordre de 95%, AstraZeneca a évoqué une efficacité moyenne de 70%. Dans ces trois cas, les taux dévoilés se montrent très encourageants.

Dans quels délais ?

Les délais de disponibilité dépendent d’une multitude de facteurs, comme les procédures d’autorisation, l’obtention des AMM, les contraintes logistiques, la bonne répartition européenne, et évidemment les cadences de production. Les livraisons de doses seront donc progressives au cours des prochains mois.

Les deux vaccins les plus avancés - celui de Pfizer avec BioNTech et celui de Moderna - pourraient obtenir une AMM par la FDA, l’autorité sanitaire américaine, dans le cadre d’une procédure d’urgence avant la fin de l’année. Les premières doses de ces deux vaccins pourraient être distribués cette année mais seulement aux Etats-Unis, Pfizer évoquant 50 millions de doses envisageables pour 2020 et Moderna 20 millions.

En France, les premières livraisons de ces vaccins pourraient survenir au premier trimestre, même si le président de la République a évoqué ce 24 novembre un démarrage de la vaccination "vraisemblablement fin décembre, début janvier". Le premier vaccin français, celui de Sanofi avec GSK, ne devrait pas être disponible avant juin 2021.

Des doses pour qui ?

Le président de la République a apporté quelques pistes dans son allocution mardi 24 novembre sur la doctrine française en matière de vaccins. Les personnes les plus à risque, donc les plus âgées, seront prioritaires. "Au regard des volumes nécessaires, nous bénéficierons d'un approvisionnement limité au départ, ce qui va obliger à faire des choix", confirme-t-on au ministère de la Santé.

Dans un document cadre de juillet 2020, la HAS proposait différentes approches pour une vaccination collective. Dans un premier scénario, mettant en scène un virus circulant activement - ce qui est le cas aujourd'hui – la stratégie préconisait de cibler "la population à risque de formes sévères (âge, comorbidités)". "Si une telle stratégie était retenue, la population cible identifiée comme à risque de formes graves est à ce stade estimée à environ 23 millions de personnes", poursuit la HAS. Un chiffre auquel s'ajouterait le personnel soignant, estimé à 2,8 millions de personnes (1,8 million pour le personnel hospitalier et 1 million pour le secteur médico-social).

Quelles obligations pour les vaccins ?

L'obligation est une question "légitime qu'il faudra trancher", indique le ministère de la Santé. "Elle doit être jugée en fonction de l'efficacité, Mais le caractère obligatoire d'une vaccination reste difficile à envisager, car cela signifierait des sanctions et il faut savoir lesquelles. Si une infirmière refuse de se faire vacciner, cela veut dire qu'elle ne pourrait plus aller travailler à l'hôpital ?" relève un porte-parole. Et de citer le faible taux de vaccination du personnel hospitalier contre la grippe en 2019, qui n'avait pas dépassé 35%.

Emmanuel Macron a déclaré ce 24 novembre que la vaccination ne serait pas obligatoire.

Qui produira en France ?

Deux productions au minimum sont envisagées sur le territoire français. Delpharm, sous-traitant pharmaceutique tricolore, a obtenu un contrat pour le remplissage de plusieurs dizaines de millions de doses du vaccin de Pfizer/BioNTech sur son site de Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir). Sanofi, de son côté, a déjà démarré des productions d’antigène pour son projet avec GSK sur son site de R&D à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), et a retenu son vaste site de vaccins de Marcy-L’Etoile près de Lyon (Rhône) pour la production du vaccin.

Le groupe français Novasep, spécialiste de la chimie fine pharmaceutique, sera aussi impliqué, dans le cadre du vaccin d’AstraZeneca. Il produira ainsi la substance active du vaccin mais depuis son site de Seneffe, en Belgique.

Quel prix ?

"Le prix des doses sera compris entre 5 et 25 euros, en fonction des vaccins et de leur modalité d'action", assure-t-on du côté de Bercy. Précisant que "certains produits ont demandé un travail de recherche et développement conséquent". En septembre dernier, seul AstraZeneca s'était prononcé sur le prix de son futur vaccin. "A prix coûtant, ça va être à peu près 2,5 euros à l'unité", avait précisé Pascal Soriot, le patron (français) du laboratoire anglo-suédois interrogé par RTL. Sanofi, de son côté, avait évoqué un prix inférieur à 10 euros.

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