Si le G20 a abordé les 21 et 22 novembre les différentes stratégies de vaccination au niveau international pour lutter contre la pandémie de Covid-19, de nombreux pays développés ne l'ont pas attendu pour s'organiser. Au sein de leurs propres frontières, nombre d'entre eux initient ce qui s'annonce comme la plus grande campagne de vaccination jamais menée.
Etats-Unis, Chine, Allemagne, Royaume-Uni, Russie, Espagne... Alors qu'Emmanuel Macron a dévoilé mardi 24 novembre au soir les grandes lignes de la stratégie française, L'Usine Nouvelle vous éclaire sur celles prises par les autres nations.
Etats-Unis, c'est pour (très) bientôt
La stratégie: Après le feu vert de l'Agence des médicaments (FDA) qui aura probablement lieu autour du 11 décembre, l'opération Warp Speed préparée par le gouvernement Trump sera censée injecter une première dose à 6,4 millions d'américains dès la première semaine avec les vaccins de Pfizer. D'ici la fin de l'année 2020, les Etats-Unis espèrent vacciner jusqu'à 20 millions de personnes, soit 6% des Américains. Puis 30 millions par mois à partir de janvier 2021, relate la revue Medical Xpress. Aucune communication officielle n'a encore été faite, mais la priorité serait donnée aux soignants, aux travailleurs des industries jugées essentielles, aux personnes âgées de plus de 65 ans et à celles souffrant de certains troubles médicaux.
Le déroulé: Dès leurs approbations par la puissante agence sanitaire américaine, la FDA, les vaccins seront transférés dans les 24 heures dans les centres de vaccination, prévoit Moncef Slaoui, chargé de mener la stratégie américaine en la matière. Au cours de ces 24 heures, l'Etat fédéral enverra les vaccins à la liste de bénéficiaires que chaque Etat aura dressée (hôpitaux, centres de soins, pharmacie, etc.). Le logisticien UPS est déjà paré à produire 500 kg de glace sèche par heure pour entreposer et stocker le vaccin. Problème, un article du Washington Post relève que l’administration Trump n’a pas transféré les informations sur la distribution des vaccins à l’équipe de Biden. Si le manque de communication persiste, cela pourrait compliquer la grande campagne de vaccination.
La Chine déjà lancée
La stratégie: Dans l’empire du Milieu, on le sait le temps est accéléré. Y compris pour la campagne de vaccination qui a, dans les faits, débuté depuis l’été 2020. A la mi-novembre, près d’un million de Chinois avaient déjà été immunisés à titre expérimental sur la base de deux vaccins chinois, selon Euronews. La Chine a priorisé les personnes vulnérables, les employés et étudiants travaillant à l’étranger ainsi que les soignants.
Le déroulé: La Chine mise sur sa propre R&D. Au total, plus d’une douzaine de vaccins sont en cours de développement, dont cinq en phase 3 selon l’agence de presse Chine Nouvelle. Deux vaccins - dont celui développé par Sinopharm, qui assure n’avoir eu "aucun retour rapportant des effets secondaires sévères" - ont été d'ores et déjà utilisés pour la campagne de vaccination, qui s'avère discrète et massive. Problème, au regard du nombre de personnes vaccinées, il est difficile d’affirmer que les injections s’inscrivent dans un processus d’expérimentation, aujourd’hui, largement dépassé.
En Russie, les espoirs de Spoutnik V
La stratégie: En Russie, la vaccination de masse n’a pas encore débuté. Malgré les annonces encourageantes du vaccin Spoutnik V, développé par le centre de recherches Gamaleïa de Moscou et efficace à 95% selon un communiqué du 24 novembre du ministère de la Santé russe, le pays reste encore dans l’attente de confirmation des résultats avec la fin des études prévues pour fin décembre. Cependant, le pays envisage de débuter la campagne à partir de 2021 sur une base volontaire, apprend-on dans le journal russe Gazeta.ru.
Le déroulé: Selon la vice-Première ministre russe, Tatyana Golikova, 117 000 doses de vaccin Spoutnik V auraient déjà été délivrées. Il pourrait même être exporté, à des températures variant entre + 2 et + 8 degrés Celsius, selon le ministère. "Le prix d'une dose de Spoutnik V pour le marché international sera de moins de 10 dollars" (8,4 euros), a annoncé mardi le patron du Fonds souverain russe (RDIF). La vaccination pour les citoyens russes serait gratuite.
Au Royaume-Uni, le gain de temps avec AstraZeneca
La stratégie: Outre-Manche, les Britanniques les plus à risques devraient bénéficier d’un vaccin à partir de décembre 2020 tandis que le grand public sera vacciné au printemps, selon trading-u.com.
Le déroulé: Le pays peut se targuer d'abriter le groupe pharmaceutique anglo-suédois AstraZeneca, bien avancé dans la course au vaccin dans le cadre d'un partenariat avec l'université d'Oxford. Le Royaume-Uni leur a déjà précommandé 100 millions de doses, mais également 40 millions et 5 millions auprès des laboratoires américains Pfizer et Moderna respectivement.
En Allemagne, la course aux centres de vaccination
La stratégie: L'Allemagne veut commencer à administrer les doses de vaccins contre le Covid-19 au mois de décembre, a déclaré le ministre de la Santé allemand Jens Spahn. La Commission permanente de vaccination, le Conseil d'éthique allemand et l'Académie nationale des sciences Leopoldina ont élaboré conjointement des recommandations sur les groupes à vacciner en premier, parmi lesquels les personnes âgées, les personnes ayant déjà souffert de maladies et les soignants.
Le déroulé: Pour ne pas perdre de temps, des centres de vaccination sont en cours de construction, relève Westdeutsche Allgemeine Zeitung. Chacun des seize Länder accueillera jusqu’à 60 centres de vaccination. A titre indicatif, un des six centres de Berlin pourra vacciner à lui seul 20 000 personnes par jour.
En Espagne, une campagne fin janvier
La stratégie: La campagne de vaccination en Espagne débutera à partir de fin janvier. Sont jugés prioritaires: les résidents et le personnel sanitaire et social des résidences pour personnes âgées et handicapées, le personnel sanitaire et social, ainsi que les personnes handicapées.
Le déroulé: Dimanche 22 novembre, le président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a rappelé que fort de ses 13 000 centres de vaccination, le pays était précédemment parvenu à vaccincer 14 millions de personnes contre la grippe. Cependant, le secrétaire de la Santé publique, Josep Maria Argimon, a modéré ces propos en affirmant que "si la vaccination Pfizer [qui nécessite un stockage spécifique, car ce vaccin doit être conservé à -80 degrés celsius, ndlr] arrive, ce ne sera pas une stratégie de 13 000 points car c'est impossible", rapporte le journal El Pais.



