Stockage et logistique: comment ils se préparent à amener en France des millions de vaccins contre le Covid-19

Alors que les vaccins contre le Covid-19 sont sur le point d'être autorisés, la logistique rencontre un obstacle inédit avec l'exigence d'une chaine du froid pour les vaccins nécessitant d'être conservés à -80 degrés. Les spécialistes du transport et du stockage racontent leurs défis et les solutions qu'ils sont en train de mettre en oeuvre.

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Vaccin COVID-19
Pour la première fois, une campagne de vaccination se heurte à un défi d'une chaine logistique à -80 degrés.

Avec les avancées des futurs vaccins contre le Covid-19, la France a déjà pré-réservé 90 millions de doses qui déferleront très probablement à partir du premier trimestre 2021. Distribuer ces millions de vaccins sera le prochain défi pour les acteurs de la logistique qui doivent se tenir prêts alors même que les informations techniques sur les vaccins sont transmises au compte-goutte par les laboratoires.

Des exigences différentes selon les vaccins

Depuis plusieurs semaines, les médias relaient le défi logistique d’une chaine cryogénique à -80°C. Cette exigence ne concerne pas tous les vaccins anti-Covid-19 mais seulement, pour l’instant, celui développé par Pfizer et BioNTech qui est basé sur une méthode inédite d’ARN messager. Les vaccins plus « classiques », comme ceux développé par Astrazeneca ou Sanofi, peuvent être conservés entre 2 et 8 degrés.

Les types de vaccins choisis par les gouvernements seront ainsi déterminants. Comme pour la grippe H1N1, les Etats vont diversifier leur approvisionnement. La France a ainsi identifié sept fournisseurs différents à ce jour. La quantité de vaccins nécessitant une température de -80°C compliquera donc, ou non, une chaine logistique relativement opérationnelle sur des vaccins classiques.

Le transport est opérationnel

Chez les géants de la logistique DHL, UPS, Fedex, Stef ou encore Bolloré Logistics, on s'est en effet préparé depuis des mois à la gigantesque campagne de vaccination à venir. Les compagnies aériennes assurent de leur côté que les flottes seront disponibles.

Les containers carboglace (ou neige carbone), aujourd’hui disponibles, sont capables d’assurer la chaine du froid sur 5 à 7 jours. Avec une telle durée de conservation, toutes les zones géographiques du monde peuvent être couvertes. Par ailleurs, les vaccins, une fois sortis de leur enceinte de -80°C peuvent se garder encore un certain temps entre 2 et 8 degrés. "Nous savons que vaccin de Moderna une fois sorti d’un confinement à -20 degrés peut ensuite être conservé 30 jours dans un réfrigérateur classique, confie à l’Usine Nouvelle Laure Brenas, présidente de la société Centre Spécialités Pharmaceutiques, spécialiste du transport et logistique dans la santé. Pour Pfizer, nous sommes encore dans l’attente de données."

Par ailleurs, le secteur du transport est en mesure d’absorber la grande quantité à venir de vaccins. En sortie d’usine, les vaccins de Pfizer (qui nécessiteront deux doses par patient) seront placés dans des super boites (d’une capacité isotherme de quelques heures) pouvant contenir 4 875 doses de vaccin. Les containers isotherme sont basés sur le format standard des palettes européennes (120 cm par 80 cm) et peuvent contenir trois de ces super boites.

Le camion sera le transport majoritairement utilisé pour les flux intracontinentaux contre l'avion pour le transport intercontinental. Or un camion peut transporter 66 containers... Autrement dit, un seul camion devrait pouvoir acheminer un peu moins d’un million de doses de vaccins. Des éléments rassurants, alors que la France ambitionne de vacciner en priorité un peu plus d'un tiers de sa population, et aurait donc besoin de 40 millions de doses.

Le défi du stockage à -80°C

En revanche, le plus grand défi d’une chaine à -80°C réside dans le stockage. A cet effet, "nous avons d’ores et déjà acheté 50 super-congélateurs, qui sont reliés à des alarmes, et seront entreposés dans des endroits sécurisés à partir desquels des équipes pourront se déployer pour alimenter tous ceux qui seront amenés à vacciner", a annoncé le ministre de la Santé Olivier Véran. Or la capacité actuelle de super congélation de la France ne concerne que des installations de très petites tailles, actuellement incapables de recevoir des quantités massives attendues, estime Pascal Sénéclauze, président de Olivo, spécialiste des containers de transport grand froid basé dans la Loire, actuellement sollicité par de nombreux logisticiens face à la crise du Covid-19. Outre le défi de conception de ces super chambres froides de grande dimension, l’apport énergétique pour leur fonctionnement serait considérable.

"Généralement, en logistique, on préfère débarquer le chargement sur de grosses plates-formes qui servent de zone de tampon avant que les stocks soient dispatchés, raconte-t-il. Mais dans la situation actuelle, avec des impératifs de -80°C, il va falloir penser à une autre solution."

Container Olivo Logistique -80Olivo Logistique du Froid
Container Olivo Logistique -80 Container Olivo Logistique -80

(Un BAC 420 OLIVO, le container à -80°C proposé par l'entreprise Olivo, utilisé par de nombreux logisticiens pour acheminer les vaccins). 

Vers une stratégie en flux tendu

Au regard de ces capacités, Pascal Sénéclauze suggère de résoudre la problématique des vaccins à -80°C par une stratégie de flux tendu. Les vaccins comme ceux de Pfizer ne seraient pas stockés mais directement envoyés de l’usine aux centres de vaccination.

Les conditions d’une telle stratégie nécessitent que la chaine logistique soit fluide et interconnectée. Dans son livre blanc publié en septembre dernier, le logisticien DHL formule ainsi plusieurs recommandations aux gouvernements pour tenir compte des enseignements du premier confinement. Parmi lesquelles, l’utilisation d’outils informatiques consolidés:  dans un contexte de flux tendu, cela permettra de suivre en temps réel les besoins en doses de vaccin et d’y répondre dans les heures qui suivent. Le livre blanc recommande également la simplification des procédures et des différents niveaux de décisions pour accélérer le trafic.

Actuellement, laboratoires, gouvernements et logisticiens restent encore dans l’attente de nouvelles informations pour échafauder la campagne de vaccination contre le Covid-19. Le gouvernement français devrait présenter dans les semaines à venir son plan de vaccination.

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