Un genou à terre, le transport aérien doit relever un défi inédit : distribuer le vaccin contre le Covid-19. Pour assurer l’immunité collective, au moins 10 milliards de doses devront circuler chaque année à travers le monde. Malgré la crise et des pertes considérables de revenus, les compagnies aériennes s’organisent avec les acteurs de la logistique pour répondre présent.
La crise fait chuter le fret aérien
Les représentants du secteur n’ont pas de mots assez forts pour décrire le casse-tête. “La livraison sécuritaire des vaccins contre le Covid-19 sera la mission du siècle pour l’industrie mondiale du fret aérien”, prévenait dès le mois de septembre Alexandre de Juniac, directeur général de l’Association du transport aérien international (IATA). L'association internationale du fret aérien (TIACA) partageait aussi son appréhension en octobre en sondant les acteurs du secteur. Résultat : seulement 28 % des entreprises se sentent assez préparées pour transporter les doses.
AIR FRANCE KLM MARTINAIR Cargo (Une plate-forme logistique d'Air France spécialisée dans la gestion des produits pharmaceutiques. Crédit : Air France-KLM Martinair Cargo)

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La crise sanitaire ne facilite pas la tâche. Les suppressions de postes se comptent par milliers chez les compagnies aériennes. De plus, la paralysie de l’aviation civile concerne directement le fret. Et pour cause, une grande partie des marchandises qui transitent par les airs sont embarquées dans des avions commerciaux traditionnels et non pas dans des avions-cargos. Entre septembre 2019 et septembre 2020, la capacité mondiale de fret chutait de 25 % selon des données de l’IATA.
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Les aéroports s’équipent
Sur plus de 200 vaccins en développement, 11 ont entamé la dernière ligne droite des essais cliniques et certains pourraient être autorisés dès la fin de l’année 2020. D’où l’importance de se tenir prêt côté logistique. “Air France est prête pour le transport des vaccins, assure à L’Usine Nouvelle un porte-parole de l’entreprise. Une task force interne travaille sur le sujet depuis plusieurs mois pour que tout soit prêt le moment venu et que nous puissions acheminer le plus vite possible le vaccin, qui est classifié comme une marchandise vitale et donc prioritaire.” Bolloré Logistics a créé un groupe de travail similaire.
Emirates SkyCargo (Les soutes de cet Airbus A380 ont été optimisées pour embarquer 50 tonnes de cargaison. Crédit : Emirates SkyCargo)
Plus concrètement, les plates-formes logistiques se multiplient dans les aéroports. Air France finalise la construction d’une chambre à température contrôlée à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle (Val-d'Oise). Le logisticien allemand Kuehne+Nagel a ouvert deux hubs à Bruxelles (Belgique) et Johannesburg (Afrique du Sud). Emirates SkyCargo a également créé un centre de fret aérien de 4 000 mètres carrés à Dubaï (Émirats arabes unis). Dans un registre plus original, la compagnie émiratie a “optimisé” l’un de ses Airbus A380 pour convoyer des équipements médicaux.
Respecter la chaîne du froid, un défi technique
Sur le tarmac et dans ces installations ultra-modernes, les équipes logistiques vont devoir garder un objectif en tête : maîtriser la chaîne du froid. Certains composés comme celui de Pfizer et BioNTech devront être conservés à -80°C, d’autres entre 2 et 8°C… Outre les salles à température contrôlée, les aéroports devront se doter de conteneurs spéciaux, de chariots refroidissants et de glace carbonique.
Korean Air (Les vaccins doivent être transportés dans des conteneurs spéciaux pour être conservés au froid. Crédit : Korean Air)
“Certains types de réfrigérants sont classés comme marchandises dangereuses et les volumes sont réglementés, ce qui ajoute une couche supplémentaire de complexité”, souligne l’IATA. Un constat partagé par le transporteur allemand DHL dans un livre blanc sur le sujet : “La production de carbo glace ne semble pas être un goulot d'étranglement pour la distribution du vaccin. Mais même sous des hypothèses agressives, la disponibilité d'emballages appropriés ainsi que les quantités maximales autorisées de carbo glace dans un transport de fret aérien pourraient potentiellement limiter les possibilités d'expédition dans certains cas si les préparations ne sont pas faites à temps.”
Au moins 8 000 Boeing 747 pour vacciner chaque personne
Les autorités vont devoir se pencher sur de nombreuses questions. À quel point lever les obstacles réglementaires ? Qui, des laboratoires ou des États, pilotera la distribution des vaccins tant attendus ? Comment mobiliser l’industrie pour produire suffisamment d’emballages spécialisés ?
Selon l’IATA, il faudrait au moins 8 000 avions Boeing 747 pour transporter une dose de vaccin à chaque personne sur la planète. Pour assurer le pont aérien, les entreprises et les gouvernements devront tirer les leçons du premier confinement. “Une empreinte de production très concentrée et les goulots d'étranglement en résultant au niveau des douanes ainsi que des capacités de fret aérien limitées ont représenté des défis majeurs dans le flux d'équipements de protection individuelle”, rappelle DHL



