Une production d'au moins 10 milliards de doses de vaccins anti-Covid-19 soutenue par les Etats-Unis et l'Europe

Si les vaccins anti-Covid-19 progressent, aucun n’est encore sur le marché. Les promoteurs des produits en développement annoncent pourtant des capacités de production gigantesques, envisageables grâce aux commandes dantesques émanant des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Lesquels ont clairement pris le parti de financer le risque de développement et la production de ces vaccins potentiels.

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Des capacités de production d'au moins 10 milliards de doses par an sont annoncées par les promoteurs des vaccins anti-Covid-19 en développement.

Les annonces s’accumulent pour la mise sur le marché des vaccins. Côté production, certains chiffres sont déjà avancés et remettent en perspective la possibilité d’un accès rapide et suffisant pour les besoins réels, surtout si l’ensemble de la planète devait être vacciné. Pour une population mondiale d’environ 7,7 milliards d’individus, compte tenu d’une posologie de deux doses prévue pour la plupart des vaccins les plus avancés, il faudrait près de 15 milliards de doses. Un volume colossal qu’aucun producteur de vaccins au monde ne peut fabriquer en un an.

Pour atteindre 60 à 70% de couverture vaccinale dans la population, ce qui permettrait d’obtenir l’immunité collective envisagée pour contrer efficacement le virus SARS-CoV-2, cela nécessiterait environ 10 milliards de doses. Et ce, chaque année car, avec la saisonnalité du virus et ses mutations observées, il est possible que la protection vaccinale soit à renouveler, comme pour les vaccins contre la grippe. Il faudra donc plusieurs vaccins.

Les producteurs se mettent en ordre de bataille

Le vaccin en fin de développement de l'américain Pfizer avec l'allemand BioNTech s’annonce comme l’un des premiers à pouvoir arriver sur le marché. Le nombre de doses qui pourraient être livrées se limite à 50 millions pour 2020, avant 1,3 milliard de doses pour l’ensemble de l’année 2021. L'anglo-suédois AstraZeneca, et son programme avec l’Université d’Oxford, serait en mesure d’approvisionner environ 3 milliards de doses par an, soit la plus grande capacité annoncée à ce jour parmi les 11 vaccins les plus avancés.

La barre du milliard de doses par an

La biotech américaine Moderna se dit en mesure de livrer dès la fin 2020 environ 20 millions de doses, aux Etats-Unis. Ses perspectives pour 2021 tablent sur des capacités de production de 500 millions à 1 milliard de doses. Cette barre du 1 milliard de doses par an est revendiquée par le laboratoire chinois Sinopharm dans le cadre du développement d’un de ses deux vaccins, avec le Beijing Institute of Biological Products, déjà autorisé pour les professionnels de santé aux Emirats Arabes Unis. 1 milliard de doses par an, c’est également la perspective annoncée par Johnson & Johnson, tout comme Sanofi pour son vaccin avec GSK dont les résultats de la phase I/II sont attendus en décembre.

Contrats de sous-traitance pour Novavax…

Deux autres acteurs parmi les plus avancés sur un vaccin anti-Covid-19 multiplie les accords pour la production. L’américain Novavax estime qu’il pourrait atteindre des capacités de plus de 2 milliards de doses par an à partir de mi-2021. Le laboratoire produira sur son site de Bohumil en République tchèque et dispose de contrats pour faire produire en Espagne, aux Etats-Unis (Caroline du Nord et Texas), au Royaume-Uni, en Inde, en Corée du Sud et au Japon.

… et pour Sputnik-V

De son côté, le Russian Direct Investment Fund, qui supervise la production du futur vaccin russe Sputnik-V, indique être en capacité de produire 500 millions de doses par an pour les demandes en-dehors de Russie, grâce à plusieurs contrats de sous-traitance. Mais la quête d’autres partenaires est en cours car les demandes extra-russes, émanant de 50 pays, s’établissent actuellement à 1,2 milliard de doses.

10 milliards de doses par an a minima

Au total, les capacités envisagées a minima - car tous les développeurs actuels de vaccins les plus avancés n’ont pas communiqué sur leurs capacités probables de production - tourneraient autour de 10 milliards de doses par an. Ce chiffre pourrait donc, potentiellement, permettre d’arriver au taux de couverture vaccinale envisagé pour atteindre l’immunité collective. Encore faut-il que ces vaccins soient bien efficaces, approuvés, distribués sur l’ensemble de la planète, et acceptés par les individus... alors que la défiance en France notamment reste grande.

Soutien financier massif des Etats-Unis et de l’UE

Le gigantisme de ces chiffres potentiels de production est porté par les fonds apportés principalement par les Etats-Unis et l’Union européenne. Lesquels ont clairement indiqué apporter un soutien financier massif aux projets de vaccins pour accélérer les développements et assurer la mise en production, couvrant ainsi les risques pour les industriels en cas d’échec. Ce qui permet ainsi à ces derniers de se montrer ambitieux.

Des livraisons 2020 limitées aux Etats-Unis

Evidemment, cet engagement financier permet de s’assurer une livraison prioritaire, ce qui entraîne des questions éthiques sur la bonne accessibilité des différentes populations aux vaccins. Dans ce cadre, les Etats-Unis ont mis le paquet avec la ferme intention de servir les Américains en premier. D’ailleurs, Moderna et Pfizer, dont les essais cliniques sont les plus avancés, prévoient leurs premières livraisons, et les seules probables en 2020, aux Etats-Unis.

9 milliards d’euros engagés par les Etats-Unis pour 800 millions de doses

Depuis mars s’est mis en place le dispositif Operation Warp Speed (OWS) aux Etats-Unis, piloté et financé par plusieurs ministères. A ce jour, les fonds engagés par l’administration américaine s’élèvent à environ 10,65 milliards de dollars, soit presque 9 milliards d’euros ! Ces fonds ont été engagés auprès de six programmes de vaccins anti-Covid-19 pour soutenir à la fois la recherche et les investissements en production. Moderna est le plus grand bénéficiaire avec 2,45 milliards de dollars de fonds, devant les projets de Sanofi et GSK (environ 2 milliards de dollars), de Pfizer et BioNTech (1,95 milliard), de Novavax (1,6 milliard), de Johnson & Johnson (1,45 milliard), et d’AstraZeneca (1,2 milliard).

Ces fonds apportés garantissent, en parallèle, 800 millions de doses de vaccins pour les Etats-Unis, avec quelques options d’achats supplémentaires. De quoi nettement couvrir la population américaine même avec deux doses par habitant. Ce qui permet aussi de couvrir les échecs potentiels.

1,08 milliard de dollars pour la sous-traitance

Le programme américain OWS va même plus loin car 1,08 milliard de dollars ont aussi été engagés auprès de cinq sous-traitants. Emergent Biosolutions, Texas A&M University et Fujifilm sont aidés financièrement pour mettre à disposition et renforcer des capacités de production pour les potentiels vaccins, tandis que Grand River Aseptic Manufacturing est soutenu pour mettre à disposition des capacités de remplissage, et Cytiva pour renforcer ses capacités de production d’équipements (bioréacteurs, milieux de culture cellulaire, mélangeurs).

Quatre contrats européens

L’Union Européenne s’est montrée beaucoup plus prudente. La Commission européenne n’a conclu que quatre contrats jusqu’à présent. Les fonds engagés ne sont pas détaillés mais proviendront de l’instrument européen d’aide d’urgence, qui s’élève à un total de 2,7 milliards d’euros et qui sert aussi à répondre à des besoins en équipements sanitaires. L’enveloppe est ainsi plus modeste face à la démesure américaine. Et les contrats conclus fixent la règle d’un accès simultané à ces vaccins pour l’ensemble des membres de l’UE, ainsi que la possibilité de donner des doses à des pays à revenu faible et intermédiaire.

1 milliard de doses réservées par l’UE

Avec ces quatre contrats, l’UE a réservé 1 milliard de doses de vaccins. En août, 300 millions de doses ont été réservées auprès d‘AstraZeneca. 300 millions de doses ont aussi été préemptées auprès de Sanofi et GSK en septembre. 200 millions de doses, avec une option de 200 millions supplémentaires ont été réservées auprès de Johnson & Johnson en octobre, et  l’UE a conclu le 11 novembre un contrat avec Pfizer et BioNTech portant sur 200 millions de doses et 100 millions supplémentaires en option.

Deux autres contrats sont attendus dans les prochains mois et semaines. La Commission européenne a engagé des discussions préliminaires dès août avec Moderna, pour 80 millions de doses, ainsi qu’avec l’Allemand CureVac, pour 225 millions de doses de son vaccin actuellement en phase II de développement clinique.

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