Sanofi, Air France, DHL, SGD Pharma... Comment ils adaptent la logistique aux vaccins anti-Covid-19

Délivrer au monde entier le futur vaccin contre le Covid-19 requiert une mobilisation inédite des acteurs de l’emballage, de la logistique et du fret. Récit avec les acteurs de ce tour de force .

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Bolloré Logistics a créé une "Task Force" dédiée au transport de vaccins contre le Covid-19 dans le monde entier.

Pas moins de 8 000 Boeing 747 seraient nécessaires pour transporter une dose de vaccin à l’ensemble de la population mondiale. La crise sanitaire ne facilite pas la tâche, avec des compagnies aériennes fragilisées par la paralysie de l’aviation civile et donc du fret, car les marchandises transitent généralement dans des avions commerciaux.

Air France a constitué une task force interne, mobilisée depuis plusieurs mois pour acheminer en temps voulu le plus vite possible des vaccins, classifiés « comme une marchandise vitale et donc prioritaire ». Bolloré Logistics a créé un groupe de travail similaire, tandis qu’Emirates SkyCargo a carrément « optimisé » les soutes de l’un de ses Airbus A 380 pour convoyer des équipements médicaux.

Dans les aéroports, les plates-formes logistiques se multiplient, comme la chambre à température contrôlée construite par Air France à Paris-Charles-de-Gaulle (Val-d’Oise). Les aéroports doivent se doter de conteneurs spéciaux, de chariots refroidissants et de glace carbonique. La plupart des vaccins en cours de développement pourront être conservés entre 2 et 8 °C, comme celui de Sanofi. Mais d’autres relèvent du casse-tête : ceux de Moderna et de Pfizer nécessitent un respect de la chaîne du froid respectivement à - 20 °C et - 70 °C et d’être utilisés dans les cinq ou trente jours suivant leur réfrigération.

Pont aérien en flux tendu

Chez le fabricant d’emballage français SGD Pharma, les usines normande et indienne tournent à bloc depuis cet été pour produire des flacons de verre à base de borosilicate – qui donne une meilleure résistance aux températures élevées ou très basses – qui accueilleront une ou plusieurs doses de vaccins. "Les entreprises pharmaceutiques se précipitent pour développer des conteneurs de stockage frigorifique transportables et les entreprises de logistique construisent des fermes de congélation", témoigne le patron de Sanofi, Paul Hudson, dans une tribune publiée dans le Financial Times.

Une opportunité pour des acteurs comme le français Olivo Logistique du Froid, expert en froid cryogénique à - 80 °C. DHL comme Stef ont d’ores et déjà prévu de faire appel à ses conteneurs isothermes, capables de maintenir la chaîne du froid durant cinq à sept jours et transporter jusqu’à 15 000 doses, pour les embarquer dans des avions ou des camions. « Les compagnies de transport terrestre devront développer de nouvelles routes pour acheminer les vaccins des entrepôts aux centres de distribution », relève le patron de Sanofi.

Pour assurer le pont aérien en flux tendu, il faudra éviter « une empreinte de production très concentrée et les goulots d’étranglement en résultant au niveau des douanes », rappelle DHL. Enfin, « la modélisation informatique est primordiale pour déterminer combien d’aiguilles, de seringues et de flacons de verre seront nécessaires dans le monde », estime le patron de Sanofi.

Gaëlle Fleitour, avec Simon Chodorge, Laurent Rousselle et Roman Epitropakis

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