Entre la fin septembre et le début du mois d’octobre 2024, l’équipe de Maison Ferrand, un producteur de spiritueux basé à Ars (Charente), a réalisé les vendanges sur près de 150 hectares pour assurer une partie des approvisionnements destinés à la fabrication de sa gamme de cognacs. Face à des pluies abondantes tout au long de la saison, elle a dû s’adapter à des conditions climatiques aussi bien difficiles pour la vigne que pour les travailleurs.
«Entre novembre 2023 et juin 2024, nous avons eu l’équivalent de deux ans de pluie en huit mois», rappelle Corentin Negre, le responsable des vignobles de Maison Ferrand. Les vignes sont plantées à 80% en ugni-blanc, un cépage très productif, qui représente 95% de l’encépagement de toute l’appellation cognac. Depuis cinq ans, du colombard a été ajouté et, depuis deux ans, de la folle blanche. «Ces cépages aiment la chaleur, et souffrent quand il y a beaucoup d’humidité. Les vignes ont beaucoup de vigueur, et donc sont davantage sensibles aux maladies», poursuit l’ingénieur agronome.
Une forte pression maladies
L’hiver 2023-2024 a été très pluvieux aux alentours de Cognac. La Charente a débordé à neuf reprises. «Les anciens disent que c’est assez normal, puisque c’est une année à 12 lunes au lieu de 11», observe Corentin Negre. Les racines ont passé l’hiver dans l’eau, sans impact sur leur santé à cette période de l’année. Pour travailler, toutefois, il a été plus compliqué de passer en tracteur ou de tailler : «Nous avions de l’eau jusqu’aux chevilles.»
La vigne n’a pas manqué d’eau et de minéraux, mais un trop-plein d’eau conduit à un risque d’asphyxie racinaire. La pression du mildiou, de l'oïdium et du black rot a ensuite amené l’équipe à intervenir. «Là où le mildiou peut affecter le rendement et les feuilles, l'oïdium est plus fourbe puisqu’il se met sur les raisins, et joue sur la qualité avec potentiellement un goût marqué par le champignon», décrit Corentin Negre. Le black rot, lui, attaque notamment les bois, et peut tuer une vigne assez rapidement.
En fonction de la météo, dont l’intensité des précipitations, certains traitements ont été appliqués. Parallèlement à la réduction de 30% à 50% des doses de produits phytosanitaires par rapport aux usages classiques, des «produits naturels phyto-pharmaceutiques», parmi lesquels des formules à base d’algues ou d’orties, ont été utilisés pour reproduire l’action d’un engrais ou pour stimuler les plantes. Par rapport aux traitements traditionnels, «on est à l’équilibre au total en termes de prix d’achat», estime le manager. Le vignoble est en Haute valeur environnementale, et sous la démarche locale «Certification environnementale Cognac» créée par l’interprofession.
Des terrains à remettre à plat
Par la suite, il a... plu en abondance, encore, au printemps et à l’été. L’humidité et le froid ont été entretenus ; or, la vigne a besoin de chaleur pour pousser correctement. De fait, la floraison a duré trois semaines. Habituellement, ce cycle dure moitié moins de temps.
Au lieu d’enlever de l’herbe sur un rang sur deux, l’équipe est passée à 100% d’enherbement, et a arrêté de retourner les sols. «Le tapis d’herbe a bu l’eau et permet de faciliter le passage en tracteur, même si cette année cela a été parfois compliqué. Au global, on s’en est bien sorti, et nous avons travaillé différemment, durant les vendanges, selon les parcelles», retrace Corentin Negre, qui souligne aussi que les tracteurs se sont embourbés deux fois durant la saison. Cet hiver, les terrains seront remis à plat.
«Avec le réchauffement climatique, on a des hivers plus doux, et le débourrement, qui intervient lorsque les bourgeons sortent, arrive de plus en plus tôt», observe le responsable. Depuis une dizaine d’années, la date des vendanges est avancée tous les ans.



