Le groupe familial de Sanjeev Gupta, qui emploie plus de 35 000 salariés dans 300 sites répartis dans une trentaine de pays, revendique un chiffre d’affaires annuel de plus de 20 milliards de dollars dans la sidérurgie – métallurgie (Liberty Steel pour l’acier et Alvance aluminium); les ressources, l’énergie et les transports (Simec), dans les services bancaires et financiers (Wyelands) et dans l’immobilier (Jahama Estates). Ses comptes n’étant ni consolidés, ni publiés, sa santé financière réelle est impossible à évaluer. Tout comme le risque que présente pour le groupe le dépôt de bilan de Greensill, l'un de ses principaux financiers, le 8 mars au Royaume-Uni.
Liberty Steel très inquiet
Outre ses activités financières, de trading et immobilières, GFG Alliance comprend trois branches de production industrielle. Liberty Steel (16 000 salariés en Europe dont 700 en France), basée à Londres et consolidée sous ce nom en octobre 2019, s’était engagée à cette époque à publier des comptes consolidés, ce qui n’est pas encore le cas et participe à nourrir les questionnements sur sa solidité financière.
A l'été 2020, Liberty Steel a racheté en France l’aciérie Ascoval de Saint-Saulve (Nord, 260 salariés) et son client France Rail Industry (devenu Liberty Rail) à Hayange (Moselle), qui fournit notamment les rails de la SNCF.

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Ascoval cherche à rassurer ses fournisseurs
"Ascoval n’est pas gagé et n’a pas de prêt auprès de Greensill. Cette annonce nous dépasse, elle concerne Sanjeev Gupta, mais pas nous directement, affirme Nacim Bardi, délégué syndical CGT chez Ascoval. L’activité est là, notre carnet de commandes est bien rempli et nous allons même créer une quatrième équipe en fin d’année en recrutant une trentaine de personnes. On a modifié notre outil de production pour pouvoir faire du carré et du rectangle. Nous sommes homologués auprès de la SNCF et de Infrabel, le réseau ferré belge. Notre urgence est de rassurer nos fournisseurs. Avec les difficultés du passé, on avait perdu leur confiance. On a réussi depuis à renouer le contact mais la faillite de Greensill, même si elle ne nous impacte pas directement, peut jouer sur notre image."
Selon plusieurs sources, ArcelorMittal aurait effectivement suspendu ses livraisons à certaines entités de Liberty Steel, notamment en Belgique, dans l'attente de clarifications sur sa capacité à régler ses factures. Contacté par L'Usine Nouvelle pour confirmation, un porte-parole d'Arcelormittal a indiqué "ne pas commenter ses contrats et relations commerciales", sans démentir.
Or, "sans matières premières, on ne peut pas travailler, alerte Nacim Bardi. A ce titre, Liberty Steel s’est engagé auprès de nous à respecter ses échéances de paiement, notamment concernant nos besoins en fonds de roulement. Quant à l’obtention du PGE d’ici les deux prochains mois, Bercy se veut rassurant."
Liberty Rail Hayange dénonce des promesses d'investissement non tenues
A la sortie du CSE extraordinaire de Liberty Rail Hayange, jeudi 11 mars, Grégory Zabot, élu CFDT, ne cache pas sa surprise: "Notre site est familier des changements d’actionnaires. Nous en subissons un tous les trois-quatre ans. Mais un tel rebondissement, sept mois seulement après notre rachat, c’est du jamais vu ! Au fond, nous savions que le montage financier de GFG Alliance s’apparentait à un château de cartes, car de nombreuses sociétés du groupe n’ont aucun lien entre elles. Liberty Rail Hayange n’est par exemple rattaché sur le plan juridique qu’à son fournisseur Ascoval (Nord)."
A terme, le syndicaliste craint "que notre propriétaire, le milliardaire Sanjeev Gupta, ne soit tenté de céder Ascoval et Hayange, afin d’obtenir les liquidités nécessaires pour conserver la fonderie d’aluminium de Dunkerque (Nord) ou encore le laminoir de Dudelange (Luxembourg)." Le secrétaire du CSE de Liberty Rail Hayange redoute par ailleurs que l’usine mosellane ne soit fragilisée par les problématiques de trésorerie d’Ascoval, qui lui fournit l’essentiel de ses demi-produits sidérurgiques. "Le prêt garanti par l’Etat de 50 millions d’euros que nous devions souscrire auprès de Greensill avant sa faillite, et qui a heureusement été bloqué, devait servir à consolider la trésorerie d’Ascoval…"
Le président de la Région Grand Est, Jean Rottner, a assuré de son soutien les 400 salariés du site Liberty Rail Hayange. "Le maintien de l’activité de production et de l’emploi sur ce site représente un enjeu de souveraineté nationale", insiste l’élu. "À l’heure où l’on annonce la mobilisation de 20 milliards d’euros pour soutenir les fonds propres des entreprises, cette situation nous rappelle tout l’enjeu et le risque de la détention du capital de nos grandes industries régionales et nationales par des fonds étrangers", poursuit-il. La région se dit d’ores et déjà prête "à mobiliser l’ensemble de ses dispositifs pour soutenir tout projet de reprise" si une nouvelle cession du site était envisagée.
Le ministre de l'Economie a assuré le 9 mars sur France 2 que l'Etat serait derrière les salariés en cas de nouveau coup dur. "S'il y a des difficultés financières, l'État saura faire le pont, trouver des solutions alternatives", a promis Bruno Le Maire. Malgré les propos rassurants de Bercy, répétés lors d'une visioconférence avec le ministère de l'Economie en amont du CSE à Hayange, l’instabilité de l’actionnariat de Liberty Rail Hayange fait craindre à Halim Bouktir, délégué syndical CGT, une perte de crédibilité du site lorrain. "Est-ce que nos fournisseurs et nos clients vont continuer à nous faire confiance ? Est-ce que les salariés ne vont pas être tentés de partir sous d’autres cieux ?"
Le représentant syndical s’inquiète du sous-investissement chronique dans l’outil industriel induit par la valse des actionnaires. "Nous n’avons pas connu d’investissement à Hayange depuis six ans. Nous espérions bénéficier de financements cette année, mais ils ne seront vraisemblablement pas à la hauteur. Nous avons juste obtenu la garantie que les travaux nécessaires à l’amélioration de la qualité des produits seraient réalisés. Mais notre laminoir centenaire a besoin de davantage d’entretien." La visioconférence avec le ministère de l’Economie qui a précédé le CSE extraordinaire de ce 11 mars a été l’occasion, pour le délégué syndical CGT, de solliciter une prise de participation publique dans l’entreprise. Liberty Rail Hayange, principal fournisseur en rails de la SNCF, est en effet considéré par Bercy comme un actif stratégique, ce qui avait valu aux candidats à sa reprise de devoir passer par une autorisation de l'Etat pour le racheter à British Steel.
Liberty contrôle également en France le carrossier industriel Durisotti - basé à Sallaumines dans le Nord, avec des sites à Agen (Lot-et-Garonne) et Metz (Moselle), 200 salariés - et le centre de distribution d’acier Tillet (Châtillon-le-Duc, dans le Doubs).
Alvance Aluminium moins exposé
La branche aluminium de GFG Alliance, consolidée sous le nom Alvance, semble plus préservée. Selon une source proche du groupe, Alvance ne dépendrait pas directement des financements de Greensill, contrairement à Liberty Steel. Alvance a installé son siège à Paris en janvier 2020, la grande majorité des actifs du groupe se trouvant en France. Il s’agit de l’usine d’aluminium primaire Aluminium Dunkerque (Nord, 600 salariés) rachetée en décembre 2018 à Rio Tinto, du fabricant de jantes Aluminium Wheels à Diors près de Châteauroux (Indre), du fabricant de culasses Aluminium technologies Poitou (300 salariés) et du fabricant de blocs moteurs Alvance Cast products (ex-Liberty Fonderie Poitou, 298 salariés) à Châtellerault (Vienne), où un plan de sauvegarde de l’emploi a été annoncé le 25 novembre après la confirmation que le site ne fabriquerait pas le prochain carter en fonte pour moteurs diesel de Renault. Aluminium technologies n’est pas concerné par ce PSE et pourrait même embaucher une partie des salariés de l’unité Cast products dans le cadre d’une reconversion.
"Nous ne sommes pas inquiets pour notre site, car il génère du cash, commente Johan Vlietinck, délégué syndical CGT à Liberty Aluminium à Dunkerque. Le carnet de commandes est plein et le prix de l’aluminium est élevé en ce moment, atteignant 2100 dollars la tonne. En revanche, nous craignons que cette faillite ait des conséquences à moyen terme. Lorsque Liberty Steel nous a rachetés il y a deux ans, il l’a fait à crédit. S’il ne peut plus payer, on risque d’être racheté par un fonds de pension ou un acteur qu’on ne connaît pas. Une autre conséquence possible est la demande de la part de nos fournisseurs de payer nos matières premières tout de suite et non pas, comme à l’accoutumée, à 80, 90 jours, ce qui nous permettait d’utiliser notre fonds de roulement."
Lui aussi dénonce des retards dans le déploiement des investissements promis par GFG Alliance et des doutes sur la solidité financière du groupe. "Liberty Steel est arrivé il y a deux ans avec plein de promesses, dont celle de construire une usine de laminage à proximité. On n’a rien vu depuis. Liberty Steel est en fait une machine à racheter des sites en difficulté puis à aller demander des subventions de l’État. Cette faillite ne nous étonne pas malheureusement, leur modèle économique s’apparente à un château de cartes." Alvance opère par ailleurs l’unique usine britannique d’électrolyse d’aluminium Lochaber, située à Fort William en Ecosse.
Une entité financière en construction
La troisième marque du groupe, Simec, regroupe les activités dans les mines (minerai de fer principalement), l’énergie (1 GW de capacités visées en renouvelables cette année), le transport maritime et le trading de matières. Elle n'a pas d'activités industrielles en France.
A la manœuvre du conseil financier pour les nombreuses acquisitions du groupe GFG Alliance en Europe, on trouve depuis peu Jean-Noël Hénon et Philip Vivier, anciens dirigeants de la banque d’affaires RiverRock en France (et anciens banquiers-conseils de GFG). Ils ont été nommés en mai 2020 pour diriger l’ensemble des activités fusions-acquisitions et banque d’affaires du groupe en Europe, pour faire évoluer la structure des bilans du groupe et les relations avec les banques et les différents investisseurs. Gageons qu'ils vont avoir fort à faire dans les mois qui viennent...
Avec nos correspondants Philippe Bohlinger (Grand Est) et Nadia Daki (Hauts-de-France)
GFG Alliance dans le monde
Le groupe de Sanjeev Gupta emploie également:
- 5500 salariés sur 30 sites au Royaume-Uni
- 6700 salariés sur 150 sites en Australie
- 1540 salariés sur 16 sites aux Etats-Unis



