Pourquoi Liberty Steel choisit Dunkerque pour produire de l’acier vert avec de l’hydrogène

Pour atteindre son objectif de neutralité carbone en 2030, le groupe métallurgiste Liberty étudie la construction d’une unité de production d’acier vert par réduction directe à base d’hydrogène à Dunkerque (Nord). La décision d’investissement pourrait être prise d’ici à la fin de 2021.

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site Alliance Aluminium Dunkerque
Liberty Steel devrait construire sa première usine d'acier vert à base d'hydrogène à proximité de son site Alliance Aluminium Dunkerque.

Ce n’est encore qu’un projet à l’étude. Mais il est suffisamment avancé pour que Liberty Steel le rende public. Pour atteindre son objectif de neutralité carbone en 2030, le groupe métallurgique britannique de Sanjeev Gupta envisage de construire une grande usine de production d'acier à base d'hydrogène en France. Elle serait installée à Dunkerque (Nord) à côté de l’usine d’aluminium d’Alvance, qui appartient au même groupe.

La décision d’investissement pourrait être prise "d’ici à la fin de l’année 2021" et pour une mise en service possible autour de "2024-2025", anticipe Roland Junk, le président de Liberty Steel Europe. Le temps de finaliser les études de faisabilité technique et économique avec l’ingénieriste luxembourgeois Paul Wurth, qui travaille sur l’acier vert, et le groupe allemand Stahl-Holding-Saar (SHS), holding chapeautant le fabricant de tôles fortes d’acier Dillinger, qui a une usine à Grande-Synthe (Nord) et Saarstahl, fabricant de fil machine et de barres d'acier.

Des partenaires éuropéens

Le 22 février 2021, les trois entreprises ont signé un accord pour évaluer le développement d'une usine de production d’hydrogène par électrolyse de 1 gigawatt et d'une usine de production d’acier par réduction directe (Direct Reduced Iron ou DRI) de 2 millions de tonnes. Dans un premier temps, l’usine utilisera un mélange d'hydrogène et de gaz naturel comme réducteur pour produire du fer de réduction directe et du fer laminé à chaud, avant de passer, dans un deuxième temps, à l'utilisation de 100 % d'hydrogène, une fois l'unité de production par électrolyse terminée. Les options de captage stockage ou utilisation du CO2 résiduel (0,25 tonne de CO2 par tonne d'acier vert produite) sont aussi à l'étude. 

La production du site alimentera principalement l’usine d’Ascoval de Saint-Saulve (Nord) reprise par Liberty Steel en 2020. Le surplus de production pourrait fournir des unités de production de Liberty d’Ostrava en République Tchèque et Galati en Roumanie ainsi que les usines de Dillinger et Saarstahl en Allemagne, précise le groupe dans un communiqué.

De l'électricité décarbonée

Cette première phase d’étude doit durer douze semaines. En juin 2021, démarrera la phase deux du projet dans laquelle seront définis plus précisément les paramètres techniques, financiers et surtout les partenariats nécessaires pour le réaliser. "Cette transformation vers l’acier vert est un défi, une urgence, mais les solutions ne sont pas encore tout à fait claires, explique Roland Junk. Il n’est pas encore évident de savoir comment vont s’organiser les flux, d’où viendra l’hydrogène. Il est logique de monter ces projets avec des partenaires".

Justement, un acteur français, H2V, porte un projet de production d‘hydrogène vert à Dunkerque. Pourrait-il fournir la future usine de Liberty Steel ? Selon Roland Junk il est bien trop tôt pour répondre à cette question. La seule chose sûre c’est que "ce ne seront pas les sidérurgistes qui vont produire l’hydrogène vert dont ils auront besoin", pour produire de l’acier décarbonné. Et le choix de Dunkerque pour ce premier projet d’usine d’acier vert à base d’hydrogène pour Liberty Steel n’a rien à voir avec H2V.

Un port, des compétences, de la place

Le choix du site tient avant tout au positionnement stratégique de Dunkerque et à son port. "La tendance en sidérurgie est de construire les unités de production d’acier dans les ports, là où arrive le minerai et non plus dans les terres", explique le président de Liberty Steel Europe. Ensuite la France, avec ses centrales nucléaires, peut fournir une électricité décarbonée pour produire de l’hydrogène par électrolyse. La centrale de Gravelines (Nord), à 20 km de Dunkerque, est la plus puissante d’Europe de l’Ouest avec ses six réacteurs de 900 MW. Et EDF Renouvelables va construire au large de Dunkerque un parc éolien en mer de 600 MW.

De plus, en construisant ce projet en France, avec des partenaires allemands et luxembourgeois, Liberty Steel pourrait profiter des aides européennes qui devraient être mises en place dans le cadre du green deal. En installant ce site à Dunkerque, Liberty Steel capitalisera aussi sur une longue histoire sidérurgique de la région et des "compétences et savoir-faire locaux", précise Roland Junk. Enfin et surtout, "il y a de la place à Dunkerque à côté de l’usine d’aluminium Alliance", autre priorité du groupe de Sanjeev Gupta.

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