L'Usine Nouvelle. - Quel impact a eu la période de confinement sur l’usine Alvance Aluminium Dunkerque (Nord) ?
Guillaume de Goÿs. - Dès l’annonce du confinement, 90 personnes étaient placées en arrêt. Quelques unes pour suspicion de Covid-19, mais la plupart par mesure de protection. Nous avons donc adapté nos procédés, en baissant la production de 15 % par réduction de l’ampérage de la série d’électrolyse et en arrêtant 18 cuves sur 264.
Cela a permis de nous ajuster au niveau d’absentéisme, qui a atteint son pic deux semaines après le début du confinement, avec 110 absents qui bénéficiaient de mesures liées à la garde d’enfants ou de protection. Début avril, la mise en place de mesures très strictes (désinfection, prévention) pour produire en toute sécurité, dans le respect de la santé des salariés, a permis le retour progressif de l’ensemble des personnes absentes, sauf les 65 pour lesquelles le télétravail était possible. Des mesures qui se sont révélées efficaces puisque nous n’avons eu aucune contamination sur le site, sauf quelques cas antérieurs au confinement. Fin avril, nous avons redémarré les cuves et remonté l’ampérage, avec pour objectif de remonter à 100% la dernière semaine de juin.
Et sur les autres sites ?

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9 Avril 2026
Palladium - prix d'achat€/kg
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Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
En Ecosse, l’usine d’aluminium primaire de Lochaber (à Fort William) a réagi comme à Dunkerque, avec une moindre baisse de production et un absentéisme moins élevé. C’est probablement dû à sa position géographique, au nord de l’Ecosse. Nos sites en aval, en revanche, sont très directement et à 100% liés à l’automobile, puisqu’ils produisent des jantes et pièces de moteur. L’activité s’y est arrêtée immédiatement et totalement, et cela perdure.
Vous êtes confiant sur l’avenir de vos sites aval, malgré les difficultés rencontrées par la filière automobile ?
L’avenir de nos sites aval français dépend beaucoup de la capacité de rebond des constructeurs automobiles. Nous ajusterons nos capacités de production aux commandes. Concernant les investissements décidés à Châteauroux (Indre) et sur la partie aluminium de Châtellerault (Vienne)… Il y a toujours un risque dans une activité industrielle. Cela va beaucoup dépendre des discussions en cours. Si elles ne débouchent pas sur grand-chose, il faudra effectivement revoir notre empreinte industrielle.
Il y a donc des risques pour l’emploi ?
Je suis incapable de répondre tant que nous n’avons pas de commande claire du client, en nombre de pièces de chaque catégorie. Nous en discutons presque tous les jours avec Renault.
A l’échelle du groupe, comment cette période a-t-elle affecté la demande clients ?
Il y a un contraste assez important entre l’automobile, qui a connu un arrêt assez brutal avec 70 à 80 % de mises à l’arrêt, et les autres segments sur lesquels nous n’avons pas constaté de baisse, voire une légère augmentation. Nous avons même pu balancer une partie des capacités vers l’emballage. Au total, cela fait - 30% sur les commandes clients.
Contrairement aux sites de pièces pour l’auto, une usine d’électrolyse ne peut pas s’arrêter immédiatement. Comment cette baisse de la demande a-t-elle affecté vos stocks ?
Aluminium Dunkerque n’a pas arrêté immédiatement la production de lingots pour l’auto. Notre stock habituel couvre six à dix semaines de commandes. Aujourd’hui nous sommes à presque dix mois de stocks. Cela pose un problème de trésorerie. Pour le pallier, nous envisageons de demander un prêt garanti par l’Etat.
Les clients pourraient-ils en supporter une partie, comme l’espérait la présidente du CSF mines et métaux Christel Bories récemment dans nos colonnes ?
Ce sont bien sûr des discussions qui sont menées avec nos clients, mais eux aussi sont en difficulté…
Après avoir dirigé Aluminium Dunkerque, vous venez d’être nommé à la tête d’Alvance Aluminium group, quelles sont les priorités de votre feuille de route ?
Nos mesures d’adaptation vont évidemment dépendre des mesures de relance annoncées par l’Etat. Mais si l’on prend un peu de recul, la stratégie de GFG Alliance [maison-mère d’Alvance Aluminium, Ndlr] est claire : s’inscrire dans l’industrialisation au plus proche du lieu de consommation. Tout ce que nous pourrons faire pour relocaliser en France et en Europe, nous le ferons. L’autre élément structurel de notre stratégie, c’est l’aspect durabilité de la production. Aluminium Dunkerque et Lochaber en sont de très bons exemples, avec des émissions de CO2 (directes comme indirectes) très proches des benchmarks européens et mondiaux. Nous nous inscrivons clairement dans la relance verte, pas dans la relance à tout prix. D’ailleurs, notre stratégie de neutralité carbone d’ici 2030 (CN30), définie avant le Covid-19, est maintenue. Pour Alvance, cela se traduit par l’opération au maximum des capacités de nos usines d’électrolyse, tout en continuant à promouvoir autant que possible le recyclage de l’aluminium. L’acquisition récente de l’usine Duffel en Belgique nous permettra de recycler mieux et d’offrir des produits recyclés à forte valeur ajoutée.
Outre le recyclage, comment se traduit une production verte dans l’aluminium, qui est électro-intensif ?
En France, les émissions directes de CO2 par tonne d’aluminium produit [par Trimet à Saint-Jean de Maurienne (Savoie) comme par Aluminium Dunkerque, Ndlr] sont un peu inférieures à 2 tonnes. En Europe, les moins bons sont entre 2,5 et 3 tonnes de CO2 par tonne, les meilleurs (c’est-à-dire nous) à 1,7 tonne. Sur les seules émissions indirectes, celles liées à la source de l’énergie consommée, sur base nucléaire – en France - on est entre 0,5 et 0,7 tonne de CO2 émise par tonne d’aluminium produit. En Ecosse, où nous sommes 100% hydraulique, c’est encore plus bas. Au Moyen-Orient, l’aluminium est produit au gaz, soit à peu près 6 tonnes de CO2 au total. En Chine, au charbon, on monte entre 12 et 14t de CO2.
Puisque vous revendiquez une production bas carbone, pourquoi ne soutenez-vous pas un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Europe ?
La position de la filière aluminium est effectivement un peu réservée sur ce point. Nos collègues du ciment et de l’acier sont clairement en faveur de ce mécanisme inclusion carbone (MIC). Nous le sommes moins, car le contenu carbone de l’aluminium primaire reste très dépendant de la source d’énergie. Or il y a un problème de traçabilité. Comment savoir à partir de quelle source d’énergie une tonne d’aluminium est réellement produite ? La mise en place d’un MIC va se heurter à une vraie difficulté de transparence sur la production qui arrive. En outre, d’autres systèmes comme le système européen d’échange de quotas d’émissions nous semblent répondre à la problématique. Mais si cela fonctionne bien pour l’acier et ciment et permet un terrain de jeu plus homogène, nous verrons.



