Un "signal prix" sur le carbone fait consensus parmi les économistes et les dirigeants pour tenir les objectifs de neutralité de l’Union européenne à horizon 2050. Mais quel sera l’effet d’une hausse de ce prix, appliqué sur les productions, lorsqu’il grimpera à 100, 200 ou même 250 euros la tonne de CO2 (le niveau estimé pour tenir les engagements climatique de l’Union) ? L’industrie européenne pourra-t-elle rester dans la course ? Ne risque-t-on pas de déplacer simplement les émissions dans des zones plus laxistes ?
Le think-tank La fabrique de l’industrie s’est intéressé à l’impact du prix du carbone sur la compétitivité des industriels européens. L’analyse réalisée par l’économiste Matthieu Glachant et l’ingénieure Caroline Mini montre que jusqu’ici en France, le système des quotas européens pour les secteurs très énergivores et la taxe carbone de 44,60 euros par tonne pour les autres secteurs n’a détérioré ni les résultats des entreprises, ni les emplois tout en permettant une baisse des émissions.
Entrée en territoire inconnu
Au-delà du niveau actuel et jusqu’à 100 €/T, la donne sera un peu différente. L’effet serait limité au global sur l’emploi du secteur manufacturier mais un redéploiement s’opèrerait au bénéfice d’emplois plus qualifiés et vers des secteurs moins carbonés. Avec à la clé, la nécessité d’accompagner la transition des métiers.

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Au-delà de 100 euros la tonne, on entre en territoire inconnu et... dangereux. C’est pourquoi le principe d’une taxe carbone aux frontières ou « mécanisme d’ajustement carbone » est discuté au niveau européen pour protéger les industriels d’importations qui n’auraient pas les mêmes contraintes. Sans perdre de vue, comme l’explique Matthieu Glachant, que "La taxe carbone n’est pas qu’un outil pour mettre sur tout le monde sur pied d’égalité, mais un outil géopolitique à visée environnementale". Il s’agit de pousser les pays tiers à réduire aussi leurs émissions. La question climatique est mondiale.
Pas de distorsion mais une inflation
La taxe, si elle empêchera les distorsions de concurrence, n’empêchera pas une hausse de prix des produits très carbonés avec à la clé une inflation pour les secteurs aval, une baisse de la demande, et c’est tous les process et même l’offre industrielle qu’il faudra re-concevoir. Une vision partagée par Louis Gallois lors de la conférence de présentation de cette étude qui expliquait : "La hausse du prix du carbone va avoir un effet très structurant sur l’industrie française et elle va devoir s’adapter dans une période de difficultés avec la crise actuelle. Il n’est pas question de renoncer aux objectifs de baisse d’émissions de carbone mais il va falloir les accompagner. Concilier le durable et le local. Eviter que l’industrie française et européenne ne soit mise en infériorité. Dans l’auto, il y a pas encore de hausse des prix du carbone mais des régulations extrêmement fortes.C’est un effort considérable, ce ne sont pas nos entreprises actuelles qui fabriquent les batteries, les moteurs électriques n’ont pas les mêmes technologies que les moteurs thermiques. Je trouve qu’en deçà de 100 euros la tonne, il y a déjà un impact dans ce secteur."
Innovation à soutenir
Compte-tenu de ces éléments, les auteurs de La Fabrique de l'industrie estiment que cette réorientation doit passer par un soutien public à l’innovation bas carbone. Une tendance anticipée puisqu’en 2019, l’Etat a consacré 4,6 milliards à l’innovation verte, et plus de 10 % des inventions brevetées en France concernent des inventions bas carbone contre 8 % pour les pays de l’OCDE.
Au final : accompagnement des salariés vers les nouveaux secteurs, formation, politique d’innovations et d’investissement... Ce sont tous ces chantiers qu’il faut mettre en œuvre. Pour Pierre-André de Chalendar, président de Saint-Gobain, l’intérêt de cette étude c’est qu’elle remet sur la table, le sujet de l’investissement pour la compétitivité. Nous mêmes avons investi sur les process dans la laine de verre en France, par exemple." Il estime, avouant être un peu juge et partie dans cette affaire, qu’il faut que l’Etat dans le cadre du plan de relance soutienne et stimule la demande de l’aval via la rénovation énergétique du bâtiment par exemple. La taxe carbone aux frontières est nécessaire mais ce n’est pas une baguette magique pour des industriels compétitifs et un futur durable.



