Plus de 8 milliards d’euros pour sauver le soldat automobile. Le président de la République, Emmanuel Macron, a présenté mardi 26 mai le contenu du très attendu plan d’aide à ce secteur, à l’issue d’une visite dans l’usine Valeo d’Etaples (Pas-de-Calais) qui produit des alterno-démarreurs 48 volts, une spécialité de l’équipementier français visant à servir le marché en pleine expansion du véhicule électrique. Tout un symbole. Car c’est "un plan d’avenir de l’automobile, du XXIe siècle" qu’a présenté Emmanuel Macron, selon ses propres termes. D’ici à 2025, le gouvernement veut "faire de la France la première nation productrice de véhicules propres en Europe, en portant à plus d'un million par an sous cinq ans la production de véhicules électriques, hybrides rechargeables ou hybrides".
A court terme, l’Etat va également soutenir une demande fortement chahutée par la crise sanitaire. Avec les mesures de confinement de la population décidée en France, mais également en Europe, les ventes de véhicules neufs ont chuté au cours des derniers mois. Dans l’Hexagone, les immatriculations se sont écroulées de 88,8% en avril, et de 48% au cours des quatre premiers mois de l’année, d’après l’Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA). A l’échelle du Vieux Continent, elles ont diminué de 38,5% entre janvier et avril, et de 76,3% au mois dernier. Au total, les ventes de voitures neuves pourraient chuter de 16 à 23% dans le monde en 2020, d’après les prévisions du cabinet Boston Consulting Group (BCG).
Extension du bonus aux hybrides
Soutenir l’achat de véhicules électrifiés : c’était la direction donnée de longue date par Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie. Bilan, le bonus pour l’achat d’un véhicule électrique grimpera à 7 000 euros pour les particuliers et à 5 000 euros pour les entreprises. Mais surtout, les véhicules hybrides rechargeables seront pour la première fois éligibles à une aide. Une demande de longue date de l’industrie. "Au sein de la filière, nous plaidons pour la mise en place d’un bonus à destination des modèles hybrides rechargeables de 2 000 euros", expliquait ainsi il y a quelques jours à L’Usine Nouvelle le directeur général de la Plateforme automobile (PFA), Marc Mortureux. Message manifestement reçu par le gouvernement, puisque c’est bel et bien un bonus de 2 000 euros auquel ces véhicules pourront désormais prétendre.

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 2168+2.94
Avril 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
Soutien à l’infrastructure de recharge
Dans le même temps, le plan de soutien annoncé par Emmanuel Macron honore une autre demande des représentants de la filière automobile française : l’accélération du déploiement de l’infrastructure de recharge pour les véhicules électriques. "Nous accélérons le déploiement des bornes pour atteindre les 100 000 points de charge dès 2021, un objectif fixé initialement pour 2022", a ainsi mis en avant le président de la République lors de son intervention devant les salariés de l’équipementier Valeo à Etaples. Et de se féliciter : "Aucun autre pays européen n’a un système de soutien aussi ambitieux pour les véhicules électriques et hybrides rechargeables, et financé exclusivement par l’Etat".
Prime à la conversion élargie
Mais les mesures décidées par le gouvernement ne portent pas uniquement sur les véhicules électrifiés… En phase, là encore, avec les demandes de la filière. "400 000 véhicules sont invendus à ce jour" a relevé Emmanuel Macron, tout en ajoutant que "l’achat de véhicules diesel et essence dernière génération" serait compris dans un dispositif de prime à la conversion renforcé dans le cadre du plan annoncé mardi 26 mai. Ainsi, les foyers affichant un revenu fiscal de référence inférieur à 18 000 euros nets pourront être aidés par l’Etat "à hauteur de 3 000 euros, et même de 5 000 s’il s’agit d’un véhicule électrique", a précisé le président de la République, s’ils décident de mettre "au rebut leur véhicule polluant diesel ou essence".
Mais ce renforcement de la prime à la conversion sera de courte durée : "Ce dispositif exceptionnel sera disponible à partir du 1er juin et seulement pour les 200 000 achats à venir", a insisté Emmanuel Macron, qui voit dans cette initiative un moyen de déstocker une partie des véhicules non-vendus par les constructeurs au cours de la période écoulée. Pour la PFA, une mesure telle que celle présentée par le gouvernement mardi devrait permettre "d’améliorer les émissions moyennes du parc de véhicules et soutenir la filière française", estimait il y a quelques jours Marc Mortureux. En France, l’automobile représente 400 000 emplois dans l’industrie, et l’équivalent dans les services.
Soutien à l’investissement et l’innovation
Au-delà du soutien la demande, ébranlée par le coronavirus, Emmanuel Macron a annoncé plusieurs mesures visant à permettre aux entreprises de "continuer à investir, innover sur le sol français", des conditions indispensables "pour préserver nos emplois et en créer de nouveaux". Dans ce cadre, 200 millions d’euros de subventions seront mobilisés pour accompagner "les équipementiers et les sous-traitants dans leur transformation et leur montée en gamme". Un fonds d’investissement de 600 millions d’euros, dont 400 millions fournis par l’Etat et 200 millions abondés à moitié par chacun des deux constructeurs français, Renault et PSA, va être mis en place. Il vise là encore à "moderniser l’ensemble de la filière" et permettre de consolider certains secteurs de la sous-traitance automobile.
Des contreparties de la part de l’industrie
Autant de décisions soumises à des contreparties de la part des acteurs industriels. "Si vous dites aux constructeurs automobiles : nous sommes prêts à vous aider […]. La contrepartie ça doit être : quelles relocalisations vous envisagez ?", avait prévenu début mai Bruno Le Maire. Conséquence : Emmanuel Macron a confirmé la participation de Renault au consortium créé par PSA et Saft afin de produire des cellules de batteries. Jusqu’à présent, le constructeur au Losange avait écarté cette perspective, lui qui se fournit auprès du coréen LG Chem. Mais le ministre de l’Economie a indiqué dès lundi 25 mai que cette participation au projet franco-allemand d’"Airbus des batteries" était un des éléments en négociation pour l’attribution du prêt de cinq milliards d’euros garanti par l’Etat demandé par Renault.
D’autres projets ont également été évoqués par Emmanuel Macron, à l’image de la coentreprise de Michelin et Faurecia autour de la pile à combustible, qui devrait aboutir à la création d’une nouvelle usine dans la région de Lyon visant à assurer la production de ces composants. L’Etat doit également participer, à hauteur de 40 millions, au projet d’investissement de 100 millions d’euros décidé par Valeo autour de la technologie 48 volts. Cette initiative vise à localiser en France des lignes de production des moteurs électriques fonctionnant à bas voltage. Le groupe PSA s’est enfin engagé à augmenter fortement sa production de véhicules électriques et hybrides pour atteindre les 450 000 unités, tandis que Renault doit tripler la production de ces modèles en France d’ici à 2022.



