Avis «défavorable» pour Perrier : l’avenir de la source «d’eau minérale naturelle» en suspens

Le directeur général de Nestlé Laurent Freixe, auditionné par la Commission d’enquête sénatoriale sur les pratiques des minéraliers, a indiqué que des hydrogéologues sollicités par la préfecture du Gard ont rendu un avis «défavorable» sur le maintien de l’appellation «eau minérale naturelle» pour Perrier.

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NE PAS UTILISER Perrier Vergèze
La décision du Préfet du Gard et l'ARS est attendue avec inquiétude par les salariés de Vergèze.

Un revers pour Nestlé Waters. L’entreprise souhaite préserver la mention «eau minérale naturelle» sur ses eaux, et notamment sur le Perrier, cette eau prélevée du côté de Vergèze (Gard). La préfecture doit rendre un avis à la fin du premier semestre 2025 pour savoir si cette appellation peut être maintenue. L’affaire semble prendre une mauvaise direction.

Auditionné par la Commission d’enquête du Sénat sur les pratiques des minéraliers, Laurent Freixe, le patron de Nestlé, a indiqué ce 9 avril que des hydrogéologues, sollicités pour un rapport par la préfecture du Gard, ont rendu un avis «défavorable» sur le sujet. Un avis qui vient s’ajouter à celui de l’Anses. L’Agence nationale de sécurité sanitaire a produit une analyse début 2023 indiquant que les microfiltrations à 0,2 microns, déployées par Nestlé Waters sur le site de Vergèze, ont un effet «désinfectant» et modifient donc le microbisme de l’eau. Ce qui n’est donc pas conforme avec l’appellation «eau minérale naturelle».

Nestlé Waters en désaccord avec cet avis

La PDG de Nestlé Waters a réagi ce 9 avril depuis Vergèze (Gard) à l’occasion d’un point presse. «Il y a trois jours nous avons pris connaissance du rapport des hydrogéologues mandatés par le préfet du Gard, a précisé Muriel Lienau. Il reconnait la stabilité chimique de tous les forages, mais pointe des déviations microbiologiques ponctuelles ce qui a conduit à émettre un avis défavorable. […] C’est une déception qui provoque une inquiétude chez les salariés. Il faut clarifier le cadre dans lequel nous pouvons opérer. Nous sommes en désaccord avec une partie des conclusions.»

Selon le groupe suisse, l'avis ne prend pas en compte le fait que ces déviations sont limitées, maitrisées et inhérentes à l’activité des minéraliers. Pire, cela pourrait constituer un précédent dommageable pour les activités des minéraliers selon Nestlé Waters car ces déviations sont liées au dérèglement climatique et aux activités humaines.

Les cartes sont désormais entre les mains de la préfecture du Gard, qui doit renouveler (ou non) l’autorisation d’exploitation de Nestlé Waters d’ici la fin du premier semestre. L’entreprise a indiqué qu’elle avait soumis en mars des contre-études aux autorités, pour souligner que les dispositifs de filtration qu’elle emploie sont conformes au cadre réglementaire sur les eaux minérales. La décision du préfet est très attendue.

Nestlé est un gros employeur dans la région : le site de Vergèze emploie autour de 1000 personnes. Aucune date précise n‘a été annoncée pour la décision du préfet. En cas de décision négative pour l’appellation eau minérale naturelle, «il faudrait demander une autre autorisation pour faire autre chose, a précisé Muriel Lenau. Ce n’est pas la stratégie vers laquelle on se dirigeait.»

Olivier Cognasse et Pierre-Henri Girard-Claudon

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