Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée sur le départ, a refusé de comparaitre devant le Sénat ce 8 avril. Il lui était demandé d'éclairer son rôle et les arbitrages pris au plus haut niveau de l'Etat dans le cadre de l'affaire Nestlé Waters, qui a fait usage de traitements illicites pendant des années sur ses eaux minérales – et utilise encore à ce jour des traitements vraisemblablement incompatibles avec l'appellation "eau minérale naturelle", estampillée par exemple sur Vittel ou Contrex.
Alexandre Ouizille, rapporteur de la Commission d’enquête actuellement conduite par le Sénat, a donc, ce 8 avril, retracé les échanges entre Nestlé Waters et le sommet de l’Etat pour dénoncer la posture d'Alexis Kohler, qui invoque le principe de séparation des pouvoirs pour ne pas comparaitre. Le sénateur s'est présenté au pupitre de la Commission d'enquête, lisant sa déclaration en lieu et place de l'audition prévue. Le sénateur de l'Oise a dénoncé la «densité» des échanges entre l'industriel et la présidence et les «bons contacts» au sein du gouvernement fournis par Alexis Kohler. Pour rappel, Nestlé Waters a indiqué pour la première fois au gouvernement, en l’occurrence au ministère de l’Industrie, qu’il déployait des pratiques non conformes sur ses sites le 31 août 2021. L’affaire ne sera révélée que fin janvier 2024,par Le Monde et Radio France.
«Le 11 juillet 2022, le secrétaire général de l’Elysée, accompagné de Victor Blonde, conseiller à Matignon et l’Elysée, que nous avons entendu, rencontre Mark Schneider, directeur général de Nestlé, dans le cadre du sommet Choose France. Deux sujets de préoccupations selon Victor Blonde : les suites de l’affaire Buitoni et le dossier Nestlé Waters», relate-t-il. A propos de la division eaux, le conseiller évoque des échanges autour de la remise d'un rapport le même mois «mettant en évidence un usage trop important de filtration pour corriger la qualité des eaux Vittel, Contrex et Hépar». L'Elysée est donc informée précisément de l'affaire à cette date souligne Alexandre Ouizille. Le rapport en question ne sera publié qu'après les révélations de la presse.
Des contacts réguliers avec les dirigeants et représentants de Nestlé
«Le 26 septembre 2022, l’Elysée reçoit des cabinets industrie et santé une note conjointe destinée à préparer une rencontre entre Nestlé Waters et la présidence la République, poursuit le sénateur. Cette note propose notamment : d’autoriser Nestlé Waters, au-delà de toute réglementation, à une filtration à 0,2 microns ; d’autoriser la production d’Hépar "à titre transitoire", sur "tous les forages" alors que certains de ces forages ont des "vulnérabilités", euphémisme pour parler de contaminations régulières», fustige le rapporteur.

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Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
«Le 23 janvier 2024, monsieur Kohler est sollicité par le lobbyiste de Nestlé Waters, Nicolas Bouvier, pour une échange "dès que possible dans la journée" avec Mark Schneider, directeur général de Nestlé. Manifestement, il y a urgence. (…) Nestlé s’inquiète de l’enquête en cours menée par Le Monde et Radio France qui va sortir une semaine plus tard», indique par courriel, une conseillère à la présidence auquel la Commission d'enquête du Sénat a eu accès.
Des problèmes de contamination documentés au sommet de l'Etat
«Le 10 octobre 2024, alors que la proposition de Commission d’enquête du Sénat existe déjà, le secrétaire général de l’Elysée reçoit le nouveau directeur général de Nestlé, Laurent Freixe, accompagné de Muriel Liénau, présidente de Nestlé Waters, poursuit Alexandre Ouizille. Dans la note qui lui est fournie par ses services à cette occasion, nous lisons : "pendant de nombreuses années, des eaux vendues comme (...) minérales ont subi des techniques de purification interdites pour traiter des contaminations d’origine bactérienne ou chimique. En juillet dernier, la Commission [européenne] a publié un rapport d’audit ciblant l’incapacité des autorités françaises à enrayer les fraudes de l’entreprise".»
«Le 17 décembre 2024, notre Commission étant créée depuis presque un mois, Nicolas Bouvier, lobbyiste de Nestlé waters, sollicite à nouveau Alexis Kohler pour une entretien avec Muriel Liénau, présidente de Nestlé Waters, "le plus rapidement possible". Une mention manuscrite nous indique que le secrétaire général de l’Elysée l’a rappelée le lendemain, 18 décembre 2024.» Ce jour-là, le secrétaire général de l’Elysée reçoit le courriel d'un de ses conseillers. Y figure un chapitre intitulé, «problème de Perrier : les nappes dont dépendent les sources sont de plus en plus régulièrement polluées, notamment de sources bactériologiques (et en partie de matières fécales)». Pourtant à date, Perrier peut toujours apposer "eau minérale naturelle" sur la majorité de ses forages - le reste ayant déjà été reconverti en production d'eau gazeuse aromatisée. Et les motivations de l'arbitrage visiblement pris au sommet de l'Etat demeurent non explicitées.



