Avec un résultat 2019 en baisse de 20%, le pétrolier saoudien Aramco va devoir produire plus avec moins

La compagnie pétrolière saoudienne a publié pour la première fois ses résultats annuels, le 15 mars. Elle a réalisé en 2019 un profit de 88,2 milliards de dollars, en baisse de 20,6% sur son résultat 2018. Aramco souhaite désormais réduire ses capex 2020, ce qui semble difficilement compatible avec l’injonction gouvernementale, il y a quelques jours, de rehausser ses capacités de production de 1 million de barils de pétrole par jour.

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Après une chute de 20% de ses résultats, la compagnie pétrolière saoudienne Aramco, nouvellement cotée, doit afficher sa rigueur. Mais le royaume lui demande de rehausser sa production.

Saudi Aramco, la compagnie pétrolière nationale saoudienne, a annoncé le dimanche 15 mars une nouvelle réduction de 23 % de ses investissements sur l’année 2020. De 32,8 milliards de dollars en 2019 (et 35,1 milliards en 2018), ceux-ci tomberaient entre 25 et 30 milliards cette année (22 à 27 milliards d'euros au taux de change actuel). Cette annonce intervenait dans le cadre de la première publication de résultats de la compagnie, qui doit désormais ouvrir ses livres de comptes comme toute société cotée, après avoir longtemps maintenu une grande discrétion financière.

Aramco justifie ces nécessaires économies par un niveau réduit de production, par la faiblesse des cours et de ses marges de raffinage qui a provoqué une baisse de 20,6% de ses profits en 2019. Le résultat net d’Aramco est passé de 111 milliards de dollars en 2018 à 88 milliards de dollars (330,7 milliards de riyals ; presque 78,6 milliards d’euros au taux de change moyen annuel) en 2019. Sa situation financière reste bonne, avec un free cash flow solide (à 78,3 milliards de dollars, contre 85,8 milliards en 2018) et un maintien prévu des dividendes payables en 2020 (au moins 75 milliards de dollars promis par an).

Baisse des investissements et hausse de la production

Cette baisse des investissements est une réaction normale de société cotée. En décembre 2019, Aramco avait levé 29,4 milliards de dollars (26,5 milliards d'euros) en ouvrant son capital sur la Bourse saoudienne. Cependant, comme le craignaient de nombreux investisseurs potentiels à son capital, elle reste largement tributaire des injonctions du royaume, dont l’équilibre budgétaire dépend en très grande part des revenus du pétrole. En témoigne la demande du ministre de l’Energie que la compagnie saoudienne rehausse sa capacité de production de 1 million de barils par jour (Mbj), pour passer de 12 à 13 Mbj. Un objectif qui semble difficile à atteindre avec des capex réduits de plus de 20%. Effectivement, "les prévisions d'investissement ne tiennent pas compte de cette expansion de la production", a précisé Aramco à la presse le 16 mars.

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Première productrice de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, Aramco avait certes largement restreint sa production ces derniers mois dans le cadre des efforts de l’Opep pour soutenir les cours depuis l’accord Opep+ en vigueur depuis fin 2016. En moyenne sur l’année 2019, sa production (tous hydrocarbures compris) s’est élevée à 13,2 millions de barils équivalent pétrole par jour. En avril, Aramco vise 12,3 Mbj de pétrole, soit 16 Mbj équivalent pétrole (gaz compris). Bien qu’elle n’ait produit en février que 9,7 Mbj de pétrole, sa capacité actuelle de production est estimée à 12 Mbj.

Rehausser les volumes pour compenser la guerre des prix

Après que la Russie a refusé le 6 mars de continuer à soutenir les prix alors que la demande enregistre sa plus forte baisse en raison de la pandémie mondiale de coronavirus, l’Arabie saoudite a pris de vitesse son principal partenaire de l’Opep+ en ouvrant la guerre des prix. Ce qui se traduit par des ristournes importantes sur le prix de vente du pétrole d’Aramco.

C’est pour compenser ces baisses de revenus par baril, anticipées mais rendues inéluctables par la baisse de demande, que l’Arabie saoudite veut augmenter les volumes extraits. Le royaume doit, pour maintenir son budget à flots, regagner des parts d’un marché dégradé. La hausse des volumes mis en marché se fera dans un premier temps en recourant aux importants stocks saoudiens (pour 300 000 barils en avril), mais des capacités renforcées d’extraction devront rapidement prendre le relais pour que le pays ne perde pas cette arme importante dans la guerre des prix relancée que représentent ses stocks. Ils lui offrent une réactivité qui va manquer à la Russie.

Diversification dans le gaz et la pétrochimie

Parmi les décisions finales d’investissement récentes et à venir, Aramco a validé en février le développement d’un champs gazier non-conventionnel à l’est du pays, qui devrait entrer en production début 2024. L’acquisition, pour 69,1 milliards de dollars, de 70% du capital du géant pétrochimique Sabic devrait également être finalisé au deuxième semestre 2020.

Sur le plan environnemental, Aramco revendique une densité carbone de 10,1 kg de CO2 par baril extrait en 2019, en baisse de 0,1 kg sur son empreinte 2018.

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