Les cours du Brent et du WTI ont démarré la semaine du 9 mars avec une chute de 30%. Le Brent, pétrole de référence en Europe, est passé de 45 dollars à 31 dollars le baril, tandis que le WTI tombait sous les 30 dollars. Un effondrement parfaitement justifié par le contexte, rarissime, de chute historique de la demande combinée à un fort rebond de l’offre engendré par l’échec des négociations sur un renforcement des coupes de production entre l’Opep et la Russie, le 6 mars à Vienne.
Cette situation ressemble à celle du premier contre-choc pétrolier, en 1985, lorsque l'Arabie saoudite avait ouvert les vannes, ou à 1998-1999 lorsque Riyad bataillait avec le Venezuela pour ses parts de marché sur fond de crise financière majeure en Asie. L'hiver, déjà, avait été trop doux pour soutenir la demande. La dernière fois que l'Opep a cessé de soutenir les cours pour regagner des parts de marché, c'était en novembre 2014 face aux producteurs américains de pétrole de schiste. Mais le pétrole venait alors de tutoyer des sommets et de larges gains étaient possibles sur les coûts de production.
Baisse de plus en plus probable de la demande en 2020
Même l’Agence internationale de l’Energie acte désormais la probabilité de voir la demande baisser en 2020, avec une prévision de demande inférieure de 90 000 barils par jour (bpj) à celle de 2019. L’Agence a établi un scénario plus optimiste (+480 000 bpj) et un scénario plus pessimiste encore (-730 000 bpj). La consommation quotidienne mondiale de pétrole s’établirait, en moyenne sur l’année 2020, à 99,9 millions de barils, selon l’AIE.

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Retour à la guerre des prix
Faute de pouvoir espérer soutenir les prix en limitant collectivement la production, l’Arabie saoudite a répliqué à la Russie en la prenant de vitesse sur les prix. Espérant s'arroger une part importante de ce qui reste du marché, Riyad proposait le 7 mars son pétrole avec la plus forte décote sur le cours du Brent observée depuis une vingtaine d’années. La compagnie pétrolière saoudienne Aramco a abaissé son prix officiel de vente sur le pétrole Arab light à destination de l’Europe du nord à plus de 10 dollars sous le prix du Brent, soit une baisse de 8 dollars par baril. La décote sur les prix de vente vers les Etats-Unis (-7 dollars) et l’Asie (-6 dollars) étaient légèrement plus faibles, selon Reuters. La compagnie russe Rosneft pourrait, selon une source interrogée par Bloomberg, rehausser sa production de 300 000 barils par jour dès la fin de l'accord liant l'Opep et la Russie, le 1er avril.
Les prix à la pompe devraient baisser
Cette chute des prix du pétrole "est une très bonne nouvelle pour tous ceux qui font leur plein", a affirmé le 9 mars le ministre de l’Economie Bruno Le Maire sur France Inter. Le ministre a du moins indiqué avoir réclamé aux compagnies pétrolières que cette baisse se répercute rapidement. Mais à l’échelle de l’économie française, cet effondrement du baril "n’est pas forcément une bonne nouvelle", a tempéré Bruno Le Maire, rappelant qu’une telle baisse des cours du pétrole "inquiète les marchés".
Les Bourses suivent
Effectivement, les places financières internationales accusaient la nouvelle le 9 mars. A la clôture, les bourses asiatiques commençaient à dévisser : -4 % à Hong Kong, -3 % à Shanghai, -3,79 % à Shenzhen, -5 % à Tokyo … En Arabie saoudite, la Bourse de Ryad s’effondrait de 7,9 % avec une action Aramco en chute de 9 %, ce qui la faisait passer pour la première fois sous son prix d’introduction en Bourse en décembre. La Bourse de Milan, région particulièrement touchée par le coronavirus, chutait de 8 % à l’ouverture. La Bourse de Paris perdait 7,2 %. Celle d'Oslo, où les matières premières sont très représentées, décrochait de 12 %. La Norvège est le premier producteur d'hydrocarbures d'Europe de l'Ouest.



