C’est une maison de 400 m2, sur trois étages. La structure repose sur des piliers de béton, des panneaux solaires recouvrent le toit, et, chose rare dans les habitations des pays du Golfe hors gratte-ciel, la surface vitrée est dense, s’accaparant même tout un pan de mur malgré la chaleur des rayons solaires. Implantée dans la ville d’Abu Dhabi, capitale des Emirats arabes unis, cette maison Saint-Gobain a ouvert début 2023. Utilisée comme espace de réception, de présentation, de bureaux, et de réunions, elle est baptisée Al-Muntada, ce qui signifie «le forum».
Le groupe français de matériaux et de construction a fait de cette maison passive, consommant moins d’énergie qu’elle n’en produit, un étendard dans la région du Golfe, y démontrant les solutions disponibles pour construire de manière durable. Du sol au plafond, Saint-Gobain en a fait un immense showroom contenant plus de 25 de ses solutions et produits. On y trouve des vitrages techniques qui limitent l’impact de la chaleur du rayonnement solaire ou qui peuvent se teinter en fonction de la luminosité, des systèmes d’isolation de haute performance, ou encore plusieurs solutions de plafond ou muraux pour parfaire le confort acoustique en intérieur.
Avec Al-Muntada, Saint-Gobain avait de quoi s’appuyer localement sur un exemple solide pour soutenir son discours pendant la COP 28 à Dubaï, à moins de deux heures de route. Un discours centré sur l’aspect le moins pris en compte dans la décarbonation du bâtiment : sa capacité d’être un réservoir d’énergie.
Bâtiment et construction représentent encore 40% des émissions mondiales de CO2
Le 6 décembre, Benoit Bazin, directeur général de Saint-Gobain s’est ainsi rendu à Dubaï, hors de toute délégation française. Il répondait premièrement à une invitation à un panel de la COP 28 sur la réduction des émissions de CO2 dans la construction, sachant qu’une journée est consacrée depuis trois ans seulement à cette thématique dans les négociations. D’autre part, le groupe français organisait une session sur la construction durable, en marge de la COP 28 cette fois, dans le cadre de son observatoire, initié cette année, qui vise à mieux fédérer l’ensemble de la chaîne de valeur pour promouvoir la construction durable. Au niveau mondial, le secteur de la construction et du bâtiment représente environ 40% des émissions de CO2. Dont 12% pour la construction et 28% lié à l’exploitation du bâti. Pour Benoit Bazin il est clair que «le bâtiment et la construction ont un rôle majeur à jouer sur l’environnement. Alors qu’il y a une crise énergétique partout dans le monde et que l’énergie est en elle-même un problème pour l’environnement, on peut résoudre une partie des problèmes énergétiques en travaillant sur ce que le bâtiment représente comme réservoir d’énergie».
L’idée principale est que les énergies renouvelables, qui manquent encore en volume, devraient être priorisées vers des secteurs qui ne peuvent pas s’en passer, comme les transports et l’industrie, à la condition «d’investir mieux dans le bâtiment». Benoit Bazin assure qu’on ne parle pas assez en particulier de «l’isolation. On ne réalise pas à quel point on peut diviser par quatre, cinq ou six la consommation énergétique d’un bâtiment». Ce discours s’applique aux deux marchés principaux de Saint-Gobain dans le bâtiment : la rénovation et la construction. Et le groupe dispose d’une quantité de produits, en particulier pour l’enveloppe des bâtiments, pour améliorer l’isolation que ce soit dans la rénovation ou dans le neuf.
Saint-Gobain De la Turquie à Oman en passant par l'Egypte et l'Arabie saoudite, Saint-Gobain détient et opère 46 sites industriels produisant du vitrage, des spécialités chimiques pour la construction, des matériaux d'isolation ou encore des plaques de plâtre, comme ici dans l'usine de sa filiale Gyproc à Abu Dhabi. (Crédit photo: Saint-Gobain)
Le Moyen-Orient, relais de croissance pour la construction neuve, et un intérêt pour le bâti plus durable
Au Moyen-Orient, le groupe cible surtout la construction neuve, en particulier dans un pays comme l’Egypte où l’accroissement rapide de la population a incité le gouvernement à envisager la construction de 37 villes nouvelles ces prochaines années. Citant aussi l’Arabie saoudite ou, à plus long terme, le «grand gisement futur» représenté par l’Irak, Hady Nassif, directeur général de Saint-Gobain pour la région Méditerranée de l’Est et Moyen-Orient, assure que «la durabilité ne se limite pas à l’Europe de l’Ouest. Elle prend très vite dans le Golfe, avec des standards constructifs qui évoluent vers moins de carbone embarqué», et des «pays qui se rendent compte de la nécessité de construire de manière plus durable».
Julien Cottineau / L'Usine Nouvelle A Abu Dhabi s'étend sur 6 km2 le quartier ultra-moderne de Masdar City. Energies renouvelables et architecture adaptée à une basse consommation, le quartier n'héberge pas encore sa population ambitionnée de 50 000 personnes. (crédit: Julien Cottineau / L'Usine Nouvelle)
A proximité immédiate de la maison Al-Muntada se déploie Masdar City, un des quartiers les plus récents d’Abu Dhabi et présenté comme la ville la plus durable au monde. Depuis 2006, plus de 15 milliards d’euros ont été injectés sur ce site de 6 km2, avec d’immenses grues qui s’activent encore à certains endroits. On y côtoie des édifices massifs, une architecture ultra-moderne avec des vitres parfois réduites au minimum ou à l’abri du soleil, ou encore des tours à vent, sorte de grandes colonnes de plusieurs mètres de hauteur pour capter du vent et le refroidir selon un système émirati traditionnel. Masdar City s’appuie aussi sur les énergies renouvelables, comme un immense parc photovoltaïque établi dans sa périphérie directe, pour limiter au maximum sa consommation énergétique. Parcouru de rues piétonnes, avec parfois quelques systèmes de voitures électriques autonomes, Masdar City se veut une véritable vitrine urbaine aux Emirats. En revanche, c’est encore plutôt vide. Ici, environ 15 000 personnes résideraient déjà selon les données officielles, alors que le quartier est dimensionné pour 50 000 habitants. Au final, parcourir les rues reste encore déroutant, entre le manque de vie visible à l’extérieur et de rares épiceries bio et restaurants où le client se fait rare. Pour le moment, Masdar City ressemble donc plus à une ville témoin. Mais, dans le Golfe, plus connu pour ses énergies fossiles, elle témoigne d’un intérêt local pour du bâti plus environnemental. De quoi appuyer la plaidoirie de Saint-Gobain dans les débats de la COP 28.



