Jeudi 16 novembre, Saint-Gobain, le leader mondial des matériaux de construction, a inauguré le doublement de la capacité de l’usine de sa filiale Isonat, spécialisée dans la fabrication d’isolants à base de fibres de bois, à Mably (Loire). 10 millions d’euros d’investissement ont été mobilisés pour passer d’une capacité annuelle de 19 000 tonnes de production à 42 000 tonnes.
«Nous avions deux lignes de fabrication, mais qui ne pouvaient pas fonctionner simultanément. Deux lignes pour l’intérieur et l’extérieur, mais à l’époque le marché ne demandait pas que l’on dispose d’un fonctionnement à pleine capacité», explique Christophe Rogier, le directeur général d’Isonat. Un deuxième défibreur et un deuxième séchoir ont été installées.
Créée en octobre 2012, l’entreprise (63 personnes, 30 millions d’euros de chiffre d’affaires escomptés en 2023) a été rachetée par Saint-Gobain en 2016. L’extension a bénéficié d’une subvention de 850 000 euros de l’Ademe dans le cadre d’équipements liés à l’optimisation énergétique, à l’instar également de moteurs «à haut rendement.» Au global, l’usine doit réduire à terme sa consommation d’énergie de 20% par rapport à sa configuration précédente.
80 000 tonnes de plaquettes de scieries consommées à terme
Avec ce doublement de sa capacité de production, dont la montée en régime est prévue au cours des deux prochaines années, Isonat passera de 60 000 à 80 000 tonnes de plaquettes de scieries consommées par an. Ces plaquettes de bois, des coproduits de scieries, sont transformées en fibres et envoyées sur l’une des deux lignes. Isonat s’approvisionne en résineux, dont 70% de douglas, mais aussi de l’épicéa ou du sapin. «La structure de la fibre des feuillus ne permet pas de faire un bon produit», tranche Christophe Rogier. Contrairement à l’épicéa, dont la population a été affectée ces dernières années par la crise des scolytes, le douglas présente l’avantage d’être imputrescible.
L’entreprise travaille avec une vingtaine de scieries situées dans un rayon de 60 kilomètres en moyenne. Les difficultés traversées par le secteur du bois n’effraient pas le dirigeant : «même si les scieries produisent moins actuellement, nous entretenons une relation forte avec elles.» Après une longue période de stabilité, le prix des plaquettes de bois a doublé au cours de l’année écoulée.
Franck Stassi Les produits rigides d'isolation bénéficient d'un process spécifique. Photo: Franck Stassi
A Mably, deux lignes de production sont disposées dans le hangar abritant l’outil de production. Les plaquettes de scieries ont deux destinations. Les produits dits «Flex», dédiés à l’isolation intérieure, transitent par un défibreur et un séchoir. Une nappe est cuite dans une étuve, comme dans la laine de verre, un autre produit du groupe. Sur les produits dédiés à l’isolation extérieure, dits «rigides» et plus denses, Isonat procède à de l’injection de vapeur d’eau (7 bars, 120 degrés), pour cuire à cœur le produit et qu’il bénéficie de davantage de résistance mécanique. Des liants issus de la pétrochimie, dont des fibres thermosensibles pour les isolants «Flex», sont ajoutés, «à une quantité inférieure à 5% du volume.»
Des ventes en hausse dans un marché des matériaux baissier
Pour l’heure, la crise traversée par le logement neuf n’inquiète guère les équipes d’Isonat, qui concentrent leurs efforts sur le marché de la rénovation. Sur un marché des matériaux de construction en chute de 25% en volume sur l’année écoulée, les produits d’isolation n’ont vu leurs volumes reculer que de 5%, tandis qu’Isonat se targue d’une progression de 10% de ses volumes vendus. Une progression notamment due au pouvoir de prescription des particuliers. «Les artisans ont longtemps été plutôt un frein au développement des isolants biosourcés. Les particuliers leur en font désormais directement la demande», constate Christophe Rogier. Aujourd’hui, Isonat s’arroge 20% du marché français des isolants à base de fibres de bois, et réalise environ 10% de ses ventes à l’export.
Dans les prochaines semaines, les équipes de l’entreprise attendent également d’en savoir plus sur l’évolution programmée au 1er janvier 2024 du dispositif d’aides gouvernementales à la rénovation MaPrimeRénov’. Les rénovations globales de logements doivent être favorisées par ces changements. Avec une pointe d’humour, Christophe Rogier rappelle par ailleurs que ses produits ne sont pas sensibles aux rongeurs ou aux termites, «puisqu’ils n’ont plus rien à manger avec la seule fibre.» La nature n’a pas tous ses droits.



