Le raboteur de bois ISB mise sur les projets sur-mesure

L’importateur et transformateur breton de bois ISB amplifie ses investissements sur le segment de la production sur-mesure, autour de projets de rénovation ou de construction, pour poursuivre son développement. Il investit 13,8 millions d’euros dans ses sites sur quatre ans.

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ISB - Moult-Chicheboville - Rabotage de bois (septembre 2023)
A Moult-Chicheboville, ISB compte développer sa production sur-mesure.

Dans l’usine ISB de Moult-Chicheboville (Calvados), au fond d’un grand bâtiment peu exploité, une nouvelle machine de rabotage, la P3000, fournie par l’allemand Weinig fait la fierté du management. «Il s’agit de la toute dernière technologie qui vient de sortir. Jusqu’à présent, nous pouvions fabriquer des bardages sur-mesure à Nantes, mais pas en 3D, ce qui est désormais le cas», s’enthousiasme Benjamin Bodet, le directeur général de ce groupe (400 personnes, 210 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, 390 000 mètres cubes vendus en 2022) spécialisé dans l’importation et le rabotage de bois, transformé pour la construction ou l’aménagement.

P3000 - ISB - Moult-Chicheboville - Rabotage de bois (septembre 2023)Franck Stassi
P3000 - ISB - Moult-Chicheboville - Rabotage de bois (septembre 2023) P3000 - ISB - Moult-Chicheboville - Rabotage de bois (septembre 2023)

La machine P3000 permettra de réaliser des profilés traités en trois dimensions...

Gamme de lames de bois en 3D (ISB)Franck Stassi
Gamme de lames de bois en 3D (ISB) Gamme de lames de bois en 3D (ISB)

...avec de premiers prototypes pour convaincre les clients. Photos: Franck Stassi/L'Usine Nouvelle

Les bardages et revêtements de murs en bois peuvent désormais prendre différentes formes et textures, personnalisées à la demande des clients, permettant à ISB de passer de produits standardisés à celui de fournisseur de produits sur-mesure, l’un des axes stratégiques de l’entreprise. 

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L’investissement consenti en 2023 dans l’usine de Moult-Chicheboville (produits bois pour l’extérieur, les bardages et les terrasses) n’est qu’une brique du plan pluriannuel d’ISB, principalement concentré sur ce site et celui de Honfleur (Calvados) : 11,2 millions d’euros au total pour le groupe en 2021, 2022 et 2023 (dont 1,9 million à Moult-Chicheboville et 2,3 millions à Honfleur), et 2,6 millions d’euros prévus en 2024 (dont 615 000 euros à Moult et 1 million à Honfleur). 5 millions d'euros sont dédiés à la migration sur un nouvel ERP, SAP.

Monter en gamme pour se préserver

Les clients d’ISB se répartissent entre les négoces et coopératives d’artisans (60%), les industriels (24%) et les magasins de bricolage (16%). Pour s’adapter à la hausse de la demande prévue sous l’effet de la réglementation environnementale RE2020 (pour les bâtiments neufs) et mieux commercialiser ses produits, ISB, qui était jusqu’alors positionné sur les étapes du sciage, du rabotage, de la finition, du conditionnement, du stockage et du chargement, va créer en janvier 2024 un département dédié à la prescription, chargé de démarcher les architectes ou les décorateurs pour faire valoir ses produits.

Au préalable, les marques Silverwood (42 millions d’euros de chiffre d’affaires, 33% du volume), dédiée à l’aménagement, et Sinbpla (58 millions d’euros de CA, 67% du volume), positionnée sur la construction, ont été dotées de nouvelles gammes, et les équipes commerciales rapprochées. Le positionnement «haut-de-gamme» de Silverwood permet à cette activité d’être encore préservée de l’impact de la chute de la construction de maisons individuelles, indique Benjamin Bodet, pour qui il est essentiel de «développer la place des produits du groupe dans les projets de rénovation.»

De l’usinage sur-mesure

Le site de Honfleur illustre davantage encore les nouvelles ambitions d’ISB. Une plate-forme de stockage et d’expédition de 90 000 mètres carrés, dont environ 40 000 mètres carrés pour l’heure exploités, une usine située à quelques centaines de mètres et l’une des principales agences commerciales font du port de cette ville normande l’un des fiefs du groupe, dont le siège est pour sa part situé à Bruz (Ille-et-Vilaine), sur des terres bretonnes.

ISB - Honfleur - Usinage de panneaux de bois (septembre 2023)Franck Stassi
ISB - Honfleur - Usinage de panneaux de bois (septembre 2023) ISB - Honfleur - Usinage de panneaux de bois (septembre 2023)

Des clients d'ISB pourront avoir recours à la machine, aussi utilisée pour certains produits de Metsä Wood. Photo: Franck Stassi

Une nouvelle machine, acquise «quasiment neuve» moyennant 500 000 euros, permettra de réaliser de l’usinage de bois à la demande des négoces ou pour des chantiers particuliers. «Nos clients ne sont pas toujours en capacité de réaliser ce type d’investissements», témoigne le directeur général du groupe. Des caissons de structure pourront notamment être fabriqués. Une autre brique dans l’univers de la fabrication sur-mesure, donc. L’investissement a aussi été consenti à la demande de Metsä Wood, un industriel du bois finlandais, afin d’usiner des panneaux de lamibois (LVL) dont ISB est le distributeur français.

Du bois, mais pas forcément made in France

ISB - Honfleur - Déchargement de bois sur un bateau (septembre 2023)Franck Stassi
ISB - Honfleur - Déchargement de bois sur un bateau (septembre 2023) ISB - Honfleur - Déchargement de bois sur un bateau (septembre 2023)

Le port d'Honfleur constitue l'un des hubs logistiques d'ISB. Photo: Franck Stassi

A Honfleur, ISB, qui a mis en place des routes directes d’importation de bois par voie maritime avec son fournisseur suédois SCA (actionnaire à 38,5% du groupe), souhaite à l’avenir construire de nouveaux bâtiments, dont une ligne de production de pellets à partir de ses chutes de production. Une première unité est en route depuis le mois de juillet à Rochefort (Charente-Maritime). La valorisation des connexes doit atteindre, d’ici à 2025, un total de 4 millions d’euros dans le chiffre d’affaires du groupe.

Premier importateur français de bois, ISB préfère mettre en avant son matériau plutôt que l’origine de celui-ci. «On prescrit beaucoup de solutions en bois, mais le bois local ne sait pas répondre à tous les projets. On défend aussi notre métier d’importateur. On préférerait que la filière bois français s’associe à la filière bois européenne. La filière bois française et européenne est très atomisée. La véritable cible, c’est l’acier, le béton ou le ciment», se défend Benjamin Bodet. ISB distribue 40 000 mètres cubes de bois français par an. 97% du bois mis en œuvre est sous certification FSC ou PEFC - ce qui n'a pas empêché l'entreprise d'être condamnée, en septembre dernier, à 100 000 euros par le tribunal de Rennes (Ille-et-Vilaine) pour «mise sur le marché de bois ou produits dérivés non conformes au système de diligence raisonnée» à propos de bois (ipé) brésilien.

Parmi les prochaines étapes, figurent la rédaction de fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) pour l’ensemble des produits du groupe (d’ici à trois ans), et de nouvelles préconisations d’usages par rapport au risque incendie, les craintes liées au matériau bois «représentant encore un frein» à son usage.

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