L’industrie des granulés de bois repart à la conquête des consommateurs français. «Trois usines ouvrent chaque année, ce qui doit couvrir la croissance de la filière. Il s’agit d'un argument majeur pour rassurer sur les disponibilités. Dans l’esprit des gens, il manquait des granulés en France en 2022 alors que la production a augmenté», martèle Eric Vial, le délégué général de Propellet, l’association nationale du secteur (20 000 emplois, 7 000 installateurs, 200 distributeurs). En 2022, la consommation a augmenté de 5% et la production de 13%. 270 000 tonnes supplémentaires de capacités de production ont été mises en service.
Pourtant, dans la foulée du déclenchement de la guerre en Ukraine, entre juillet 2021 et juillet 2022, la hausse de la demande, nourrie par une inquiétude irrationnelle, a fait passer le prix de la tonne de pellets de 280 à 550 euros.
«50% des utilisateurs avaient acheté ou voulu acheter leurs granulés un trimestre plus tôt qu’habituellement», rappelle Eric Vial. Les prix se sont envolés entre mars et décembre 2022, avant d’entamer une décrue. Ils restent, en moyenne, 60% à 70% plus chers qu’il y a deux ans, entre 400 et 500 euros la tonne actuellement, avec quelques différences régionales et en fonction des réseaux de distribution, selon Propellet.
Les craintes liées aux approvisionnements et cette hausse tarifaire ont engendré un retournement inédit du marché : sur le premier semestre 2023 (par rapport à la même période en 2022), le nombre d’installations a reculé de 50% pour les chaudières, et de 60% sur les poêles, par rapport au premier semestre 2022. 1,7 million de particuliers se chauffent au granulé en France. Pour redorer son image, une campagne de communication est lancée par la filière, qui souhaite s’adresser aux 5,5 millions de foyers en maison individuelle qui se chauffent encore à l’électricité, ainsi qu’aux utilisateurs de chaudières au fioul (3 millions d’unités estimées).

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Des stocks dans les usines…
Côté production de pellets, «nous n’avons pas ressenti, l’an dernier, des variations aussi fortes que celles vécues par nos clients. Quand le marché a ralenti, la production n’a pas décru, les usines ont plutôt constitué des stocks pour la saison qui vient», confirme Benoît Rachez, le directeur général du groupement de propriétaires forestiers privés Unisylva, qui gère 370 000 hectares dans le centre de la France.
La coopérative est actionnaire de l’usine Biosylva, à Cosne-sur-Loire (Nièvre) ouverte en 2013 et de l’usine Biosyl Auvergne, inaugurée en 2022 à Lempdes-sur-Allagnon (Haute-Loire). Même si les granulés sont réalisés majoritairement à base de sciures ou de coproduits de scierie, les deux usines s’approvisionnent principalement en bois feuillus. Avec cette activité, Biosylva s’assure un débouché supplémentaire pour certains bois, et préparer des opérations de repeuplement.
…mais des craintes liées à la chute du marché du logement neuf
«Le bois énergie, pour nous, n’est pas une finalité en soi. Nous sommes là pour produire du bois d’œuvre, plus noble et plus valorisé. Si on n’a pas de débouchés pour de petits bois, on n’a pas de moyen de faire notre travail de sylviculture», souligne Benoît Rachez. La production de pellets n'est donc qu'une activité secondaire pour ce type d'acteur. Or, l'activité primaire (le bois destiné à la construction) est affectée par la crise du logement. D’après la Fédération française du bâtiment (FFB), en glissement annuel sur sept mois à fin juillet 2023, les mises en chantier de logements individuels ont baissé de 21%, et les autorisations de 33,4%. «La baisse des mises en chantier de logements neufs affecte la demande en bois. Moins de demande en bois peut entraîner une baisse de l’activité de sciage ; ce qui de fait diminuer les volumes de sciure disponible pour faire du granulé», craint Eric Vial, de Propellet. «Si la chute de la demande en bois de construction continue, cela entraînera une baisse des quantités de produits connexes de scieries disponibles. Je pense que la demande molle au début de l’année a permis de constituer des stocks», estime pour sa part Benoît Rachez.
Si les Français investissent moins dans de nouvelles maisons, ils privilégient la rénovation (+2% d’activité envisagée en 2023 sur le segment de l’amélioration-rénovation par la FFB). Ce qui tombe plutôt bien pour les commandes de chaudières à pellets, 90% des installations étant effectuées dans le cadre de rénovations, soutenues par plusieurs aides dont Maprimerenov’, dont le budget sera relevé en 2024.



