Ils sont partis se confiner à la campagne et ne veulent plus revenir… Selon une enquête présentée mardi 8 juin par l’Association nationale des DRH (ANDRH), 30% des professionnels des ressources humaines sont confrontés, en ce moment, à des demandes de déménagement, parfois loin du lieu de travail. Certains salariés ont même déjà franchi le pas. « Nous sommes mis devant le fait accompli, ces salariés viennent nous demander quels sont les aménagements possibles. C’est complètement nouveau, les DRH sont démunis ! » s’étonne Laurence Breton-Kueny, vice-présidente de l’ANDRH.
« Le plus souvent, nous refuserons le télétravail cinq jours sur cinq, car le rôle du DRH est de traiter le collectif, l’individuel ne doit pas l’emporter sur le collectif », abonde Audrey Richard, présidente de l’association. Pas question non plus d’encourager un exode massif en acceptant de prendre en charge le coût des transports, ou celui des nuits d’hôtel à proximité du lieu de travail. « Mais ce n’est pas si simple, poursuit Benoît Serre, vice-président délégué. Le contrat de travail prévoit une prise en charge à 50% des coûts de transport ; et si l’employeur paie l’hôtel, il est responsable pénalement d’un accident qui s’y déroulerait. Si ces situations se généralisaient, il faudrait traiter toutes ces questions. »
Il rappelle que l’accord national sur le télétravail signé par les partenaires sociaux en novembre 2020 prévoit que le télétravail ne peut être imposé par aucune des parties. Pas plus par le salarié que par l’employeur… Pour le moment, témoigne l’ANDRH, les salariés partis se sont organisés et ne demandent pas cette prise en charge.
Des locaux réaménagés
Au front depuis un an et demi pour maintenir l’activité tout en préservant la santé des salariés, les DRH se préparent à affronter une multitude de questions pour la reprise progressive du travail sur site à partir du 9 juin. Pas question de revenir à 100% en présentiel pour ceux qui étaient en télétravail, a prévenu la ministre du Travail. Aux DRH de discuter avec leurs représentants syndicaux du rythme d’une reprise qui doit être « progressive ». Selon l’enquête de l’Association nationale des DRH (ANDRH), 44% des responsables des ressources humaines envisagent 2 ou 3 jours de télétravail par semaine à partir du 9 juin, 47% un ou deux jours seulement à partir du 1er juillet, prochaine étape du déconfinement. Tant que l’épidémie n’est pas terminée, tant qu’il y a des jauges, les employeurs peuvent imposer le télétravail.
Pour 26% des DRH, la massification du télétravail a conduit ou va conduire à un réaménagement ou une fermeture des locaux. Il va falloir s’habituer à travailler autrement. Plus de lieux collectifs, moins de bureaux individuels, plus de flex office, sans doute. « Les salariés qui s’engagent dans le télétravail aimeraient garder le même environnement de travail. Ce ne sera pas possible », prévient la présidente de l’ANDRH.
Retour du collectif mais pots à 25
Les DRH ressentent aussi la nécessité de reconstruire « un collectif abîmé » par des mois d’isolement. 42% estiment que le lien n’a pas été endommagé, mais 39% reconnaissent qu’il s’est distendu. D’autant qu’un sentiment d’injustice s’est installé entre salariés. « C’est compliqué pour les DRH de gérer les populations par silos : ceux qui doivent être présents, ceux qui télétravaillent, ceux qui sont en activité partielle… Il faudra traiter ce sentiment d’injustice, mais comment ? » interroge Audrey Richard. Rien de tel qu’un moment convivial pour renouer les liens. 75% des DRH l’envisagent. « Nous sommes tous confrontés à des demandes, note Laurence Breton-Kueny. Mais attention : les pots doivent se dérouler à l’extérieur, à 25 au maximum. A l’intérieur, le masque reste obligatoire. »
Même si tout le monde est vacciné ? Les DRH n’ont pas à savoir qui est vacciné, qui ne l’est pas. Secret médical. C’est d’ailleurs pour cette raison que les employeurs ne peuvent pas organiser des vaccinations massives, comme ils le faisaient pour la grippe. Mais le gouvernement les encourage à laisser les salariés se faire vacciner sur le temps de travail… « Donc il faut qu’on sache pourquoi ils s’absentent… » relève Laurence Breton-Kueny, frappée par ces injonctions contradictoires. Même impossibilité de garder le secret médical quand il s’agit d’envoyer ses salariés à l’étranger : devront-ils respecter une quarantaine en arrivant, ou non (s’ils sont vaccinés)? Dans la pratique, les collaborateurs finissent par informer leur employeur. Qu’ils ne veulent pas être vaccinés, donc, parfois…
Impossible retour en arrière
Pour les recrutements, des candidats vivant dans des régions éloignées commencent à se manifester, demandant à l’employeur quelles sont ses règles en matière de télétravail. « Si des entreprises font marche arrière et ne s’adaptent pas aux nouvelles attentes des salariés, ne proposent pas de nouvelles relations hiérarchiques, qui reposent sur l’autonomie, la confiance, cela aura un impact sur leur marque employeur, donc sur leur business », conclut Audrey Richard.
Autre tendance nouvelle : certains salariés envisagent une reconversion professionnelle et s’adressent à leur DRH pour être accompagnés. Les professionnels des ressources humaines n’ont pas fini d’être bousculés par les effets de cette incroyable expérience professionnelle que les salariés viennent de vivre.



