Santé, créativité, télétravail... Les grands enjeux du retour au bureau après le pic du Covid-19

A partir du 9 juin, les salariés pourront retourner peu à peu sur leur lieu de travail. Bien que le protocole sanitaire en entreprises n'ait pas encore été complètement arrêté, celles-ci préparent déjà activement le déconfinement. L'un des principaux enjeux consistera à rassurer les collaborateurs et à leur mettre à disposition des espaces propices aux échanges.

Réservé aux abonnés
bureau travail masques
Pour les inciter à revenir au bureau, les entreprises pourraient investir dans le bien-être de leurs employés.

Si de nombreux Français profitent allégrement de la réouverture des terrasses et des lieux culturels depuis le 19 mai, d'autres attendent encore impatiemment le 9 juin pour pouvoir retourner peu à peu au bureau. Les confinements successifs et la généralisation du télétravail ont complètement bouleversé l'organisation traditionnelle du monde de l'entreprise, qui doit désormais définir les conditions sine qua non d'une rentrée réussie.

Dissiper les craintes

« Le premier enjeu est d'accueillir les collaborateurs en toute sérénité, de les rassurer face aux appréhensions engendrées par la crise sanitaire », explique Fabienne Torrenti, membre du comité exécutif de l'Association des Directeurs de l'Environnement au Travail (ARSEG) et responsable de sa communication. Selon une étude de l'institut Pasteur portant sur les circonstances de contamination au Covid-19 entre octobre 2020 et janvier 2021, l'entreprise pèse pour 15 % des transmissions. Un pourcentage bien inférieur à celui correspondant aux contaminations issues d'un même foyer, mais suffisant pour inquiéter certains salariés.

Pour assurer la sécurité des employés en ces temps d'épidémie, une communication exemplaire est nécessaire. Après plusieurs déconfinements, les entreprises savent par exemple qu'il convient de mettre en place une signalétique claire. Ainsi, les collaborateurs n'auront pas besoin de calculer combien ils peuvent être dans une salle de réunion ou quel trajet emprunter pour respecter les gestes barrières. « C'est important car on a tous nos automatismes ! Pour garder cette fluidité, il faut expliquer en amont les nouvelles règles », insiste Fabienne Torrenti.

Accorder plus de place à la santé

Au-delà des masques et de la distanciation sociale, l'un des points sur lesquels a insisté le nouveau protocole sanitaire en entreprises publié le 18 mai est l'aération. « La maîtrise de l'aération/ventilation est une mesure essentielle de prévention des situations à risque d'aérosolisation du SARS-CoV-2 », affirme le ministère du Travail. Ce dernier préconise d'ouvrir grand les fenêtres et les portes aussi souvent que possible et suggère de mesurer le dioxyde de carbone dans l'air avec un détecteur spécifique. « C'est un véritable sujet, mais nous l’avons pris en considération assez tôt dans la crise Covid, affirme Laure Girodet, directrice Santé et sécurité du groupe Suez. Les 2 300 employés qui travaillent au siège de La Défense bénéficient par exemple d'un système de traitement de l’air programmé en « tout air neuf », sans recyclage, qui correspond finalement à avoir la fenêtre ouverte dans une tour où c'est impossible ».

De manière plus générale, les thématiques de santé devraient prendre de plus en plus de place dans le monde du travail post ou avec Covid... Egalement directrice Environnement de travail chez Carrefour, Fabienne Torrenti donne l'exemple des cabines H4D qui ont été installées dans les principaux locaux du spécialiste de la grande distribution : « Elles permettent aux collaborateurs de prendre un rendez-vous pour consulter un médecin à distance, qui pourra leur fournir au besoin une ordonnance ».

L'avènement du flex office

Consolider la dynamique d'équipe apparait par ailleurs comme l'une des priorités des entreprises. Afin d'atteindre cet objectif, Suez a voulu fournir les outils nécessaires à ses managers, en leur préparant des ateliers spécifiques et des fiches censées briser la glace de manière originale. « Nous avons également renforcé l'accompagnement de nos managers en leur donnant la possibilité d'échanger avec des psychologues ou des coaches pour qu'ils puissent trouver les bons mots face aux collaborateurs en difficulté », précise Laure Girodet.

Selon le 7e baromètre d’Opinion Way pour le cabinet Empreinte Humaine publié mercredi 25 mai, près d'un salarié sur deux (44%) se déclare en effet en détresse psychologique, un mal-être qui serait notamment dû à l'isolement engendré par les confinements. La convivialité et les interactions devraient ainsi être au cœur du retour sur le lieu de travail. De nombreuses entreprises, à l'image de Natixis, Air Liquide ou Axa, ont fait le choix de réorganiser leurs espaces en délaissant les bureaux privatifs pour embrasser la tendance du flex office. Une façon de réduire les coûts immobiliers tout en favorisant les échanges.

Miser sur le bien-être

Le Covid-19 a en tout cas poussé les employeurs à augmenter les budgets alloués à l'environnement de travail, comme l'atteste Sabrina Annana, fondatrice d'aKagreen. Cette start-up lancée en 2016 s'est fixé pour objectif de végétaliser les bureaux, en proposant de louer et d'entretenir des plantes. Aujourd'hui, elle compte parmi ses clients des entreprises de premier plan, comme L'Oréal, Station F ou Les Mousquetaires.

« Plusieurs études ont montré que les plantes pouvaient augmenter l'inspiration et la créativité, et elles ont un côté rassurant face à l'anxiété générée par la crise sanitaire, explique la présidente. Les grands groupes ont pris conscience que raviver l'envie de revenir au bureau passait par un focus sur le bien-être. C'est en partie de cette manière que l'on transforme les collaborateurs en ambassadeurs ! ». Preuve que les mentalités évoluent : entre le premier trimestre 2020 et le premier trimestre 2021, les commandes de la start-up ont progressé de 50 %.

Pérenniser le télétravail

Paradoxalement, le télétravail devrait aussi s'imposer comme l'un des grands enjeux du retour au bureau. Le nouveau baromètre d'Empreinte Humaine précise en effet que malgré les inconvénients indéniables du distanciel, 80 % des salariés interrogés plébiscitent un mode hybride, qui autoriserait un à trois jours de télétravail.

« Les entreprises vont devoir tirer le bilan du télétravail, pour savoir comment mieux le vivre et définir ses contours, atteste Fabienne Torrenti. Au-delà du nombre de jours, il va également falloir négocier des accords sur l'équipement des collaborateurs, comme les chaises de bureau ou les caméras ». Certaines sociétés ont déjà pris ce temps de réflexion, à l'image de Suez qui a tranché en novembre pour un maximum de deux jours de télétravail. Les autres s'y attèleront sûrement dans les semaines à venir.

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.