Avec 25% des troubles musculosquelettiques (TMS) reconnus comme maladies professionnelles, l’agroalimentaire est l’un des trois secteurs les plus touchés. Soulevé de charge, travail au froid ou au chaud, gestes répétitifs... La première industrie en France, pas toujours très mécanisée, cumule les facteurs de risque, et donc les accidents du travail et les maladies professionnelles. Toutes les filières ne sont pas à égalité. La viande, qu’il s’agisse de l’abattage ou de la découpe, ressort comme le secteur d’activité le plus dangereux. La boulangerie industrielle occupe, elle, la deuxième place.
Guillaume Autrinal, salarié à l’usine d’abattage et de découpe de Montfort-sur-Meu (Ille-et-Vilaine), propriété de la Cooperl, est posté «entre la saignée et les frigos avant la découpe», en début de chaîne donc. «Nous ouvrons les porcs et enlevons les abats, développe celui qui est par ailleurs délégué syndical FO. Nous sommes une soixantaine de salariés sur cette étape et traitons 750 porcs à l’heure. Nous avons peu de soulevé de charge. En revanche, il y a certaines postures difficiles liées à la découpe. Les anciens sont souvent concernés par les TMS du fait de ces gestes répétitifs. Ils ont des problèmes aux avant-bras, aux épaules... L’entreprise offre des adaptations de postes... quand c’est possible. À titre personnel, j’ai changé : j’étais précédemment sur une fonction de chargement, où je démoulais des bacs d’environ 20 kg. Après une opération du canal carpien, j’ai été réaffecté comme assistant technique sur les postes de découpe.»
Guillaume Autrinal note que les investissements sur l’outil industriel ont entraîné une diminution de la pénibilité : basculer d’une anesthésie électrique à une anesthésie au gaz a par exemple permis «de mettre les porcs plus facilement sur les crochets, car ils sont désormais totalement inertes». Mais les conditions de travail restent «difficiles». «Le gros problème, c’est la rémunération par rapport au travail fourni», glisse-t-il, alors que la plupart des travailleurs perçoivent des rémunérations proches du smic.
«La nouvelle génération se préserve plus»
Layla est, en apparence, plus épargnée. Elle travaille à la qualité dans une confiserie du nord du pays. Pour elle, pas de soulevé de charge ou de posture inconfortable. Mais la pénibilité est toujours là, surtout à 54 ans. «Je travaille en horaires décalés avec un rythme en 2x8 qui change toutes les deux semaines. Une séquence de nuit (de 20 heures à 5 heures), puis une autre avec des horaires variés, pointe-t-elle. L’âge n’aide pas à la récupération...»

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Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
La salariée indique parcourir autour de 10 km par jour, lorsqu’elle multiplie les allers-retours entre les différentes lignes du site pour récolter les échantillons ou remplir les documents. Les confiseries sont des usines bruyantes : si elle est équipée de bouchons d’oreilles moulants, elle n’est pas à l’abri d’un échange avec un collègue qui imposerait de les retirer.
Elle note aussi la pénibilité en bout de ligne, où il faut monter les palettes, un poste souvent réalisé par les intérimaires. «Les cadences sont assez élevées, les charges sont lourdes, confie-t-elle. J’ai remarqué que nous avions moins de jeunes sur ces postes ces dernières années, mais plutôt des quarantenaires ou des cinquantenaires. La nouvelle génération se préserve plus. J’ai été élevée avec la mentalité “j’ai un job, il faut se plier aux conditions de travail et tenir”. Mais peut-être que ce sont eux qui ont raison : on finira à la retraite un peu tordus.» #

Vous lisez un article du numéro 3742 de L'Usine Nouvelle - Mai 2025



