Enquête

Logistique : Comment l'automatisation des entrepôts transforme les opérateurs en «petits robots»

Dans les entrepôts, l’automatisation a réduit le port de charges lourdes et les distances parcoures. Mais elle réserve les tâches répétitives aux ouvriers et augmente le rythme.

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La plateforme logistique d’Amazon, à Brétigny-sur-Orge (Essonne), compte autant d’employés que de robots.

«D'après ma femme, je criais des “OK” la nuit dans mon sommeil.» Cette confidence d’un jeune retraité de la plateforme logistique Stellantis, à Vesoul (Haute-Saône), illustre l’impact de son travail sur sa santé lorsqu’il était préparateur de commandes. «Tu dis “OK” des milliers de fois par jour à une machine qui te parle avec une voix de synthèse. C’est abrutissant, tu deviens toi-même un petit robot», détaille-t-il, en référence à la commande vocale, une technologie courante où un logiciel dicte les instructions dans un casque. Il évoque aussi la répétition des tâches, le port de certaines pièces lourdes, comme les disques de frein d’une dizaine de kilos, et le réveil à 3 heures du matin pour commencer dès 4 h 40.

La journée, qui s’achève à 12 h 36, comprend deux pauses fixes, de quinze et huit minutes. Romain Valero, lui aussi préparateur de commandes sur le site franc-comtois, a le même casque sur la tête et partage les mêmes horaires matinaux. Mais cet ancien chauffeur routier ne ressent pas la même pénibilité. «Je me suis bien habitué à tout cela. Mon métier d’aujourd’hui est plus physique, mais j’ai gagné en qualité de vie : je ne suis plus seul dans mon camion et je sais quand je rentre chez moi», relativise ce père de famille. Il évoque «une ambiance conviviale», notamment lors du «brief», un moment où le chef de module revient sur la productivité de la veille et donne les objectifs du jour.

«Les outils digitaux ont intensifié le travail»

Commande vocale, terminal dit PDA pour recevoir les missions, bague pour scanner les étiquettes... «Les outils digitaux ont accéléré les flux dans les entrepôts et donc intensifié le travail», observe David Gaborieau, sociologue du travail. «C’est la clé pour comprendre la hausse des accidents du travail et des maladies professionnelles observée ces vingt dernières années dans la logistique», poursuit-il. Le chercheur à l’université de Paris démystifie aussi l’automatisation. «Les tapis roulants, qui réduisent les déplacements, ont créé un travail posté, fait de tâches répétitives. Une image que l’on croyait disparue et qui renvoie à celle de Charlie Chaplin dans “Les Temps modernes” en 1936.»

FM Logistic, qui compte en France 6500 salariés répartis sur 40 sites, a mis en place, dans son centre de Longueil-Sainte-Marie (Oise), un système automatisé qui amène les marchandises à l’opérateur. «Cela réduit les ports de charge et les déplacements», fait valoir le DRH France, Laurent Leleu. Tout en étant conscient des limites. «Nous avons travaillé avec un ergonome pour s’assurer que le collaborateur puisse bouger dans un poste statique, en jouant par exemple sur l’emplacement des consommables, ce qui lui permet de faire quelques mètres.» Quant au rythme imposé par la machine, il assure que «c’est le collaborateur qui déclenche la mission et il peut la mettre en pause. On fait tout pour que la machine soit au service de l’humain, et non l’inverse».

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Dans le cadre de son programme Bien-être, santé et sécurité au travail (Besst), FM Logisitic a lancé, en 2024, un dispositif d’analyse en temps réel des gestes et postures, grâce à des capteurs posés sur les opérateurs volontaires. «On identifie ainsi les mouvements à risque, pour faire de la sensibilisation et envisager des améliorations», précise Laurent Leleu. Si les efforts sont à poursuivre, FM Logistic France se targue de chiffres positifs : une ancienneté moyenne de onze ans, un turn-over de 7%, «deux fois moins important que la moyenne du secteur», et un taux d’absentéisme de 3,8 %.

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Vous lisez un article du numéro 3742 de L'Usine Nouvelle - Mai 2025

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