Soutenir la demande, la production, les infrastructures... Comment faire de la France un leader de l’hydrogène

L’Association française pour l’hydrogène et les piles à combustible (Afhypac) dévoile son plan national visant à promouvoir l’investissement de 24 milliards d’euros d’ici 2030. Il entend favoriser la demande tout en soutenant la production française et le développement des infrastructures.

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Les raffineries, qui utilisent l'hydrogène pour désulfurer le pétrole, sont un marché prometteur pour l'hydrogène renouvelable ou bas carbone.

Lors d'une conférence en ligne, l’Association française pour l’hydrogène et les piles à combustible (Afhypac) a présenté ses propositions qui visent à encourager l’essor d’une filière française de l’hydrogène. Suite au plan publié par l’Union européenne le 8 juillet, l’association a présenté douze recommandations pour promouvoir le secteur de l’hydrogène en s’appuyant sur la demande, la production, les infrastructures, et la recherche autour des technologies de production d'hydrogène décarboné.

Plongez-vous ici dans notre grand dossier: L'heure de l'hydrogène a enfin sonné

"L’Europe met l’accent sur le renouvelable […] et la multiplication des usages de l’hydrogène, avec l’objectif que, d’ici 2050, il occupe une part de 14 % dans la consommation d’énergie, et un objectif de production de 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable ou bas carbone à l’horizon 2030", expose Philippe Boucly, président de l’Afhypac.

Mais pour atteindre cet objectif qu’ils qualifient de "cohérent et ambitieux", l’Etat français devrait soutenir l’investissement des acteurs industriels et de la recherche à hauteur de 6,7 milliards d’euros sur la période 2020-2030, selon les représentants de la filière.

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Faire décoller le marché en soutenant la demande

L’Afhypac propose de favoriser l’implantation des solutions utilisant l’hydrogène renouvelable ou bas carbone dans les industries déjà consommatrices d’hydrogène fossile, comme la raffinerie ou la sidérurgie, et dans les secteurs industriels émetteurs de CO2, en fixant des objectifs de décarbonation par type de marché.

Il s’agirait de créer un cercle vertueux où les investissements massifs encourageraient la demande en accordant plus de visibilité à l’hydrogène. "Il faut comprendre que les industriels français ont des capacités, mais ils ont besoin d’un marché domestique, d’une vitrine en France", avance Philippe Boucly. Pour lui, la formation de consortiums entre fournisseurs et acheteurs "permettrait d’instaurer la confiance et la visibilité sur ces projets qui restent encore risqués", mais "cela va demander une coordination des acteurs de façon à obtenir cet effet de masse".

Du côté des transports, l’Afhypac exhorte l’Etat à encourager les moyens de mobilité à faibles émissions en renforçant - ou a minima en maintenant - les dispositifs d’aide à l’acquisition de véhicules à hydrogène par les consommateurs privés ou les collectivités. "La contribution d’un grand nombre d’acteurs à l'achat de véhicules électriques permet d’obtenir un effet d’échelle qui conduit à la réduction des coûts. Il faut essentiellement massifier et aider à l’acquisition de nouveaux véhicules pour que le marché se développe", estime le président de l'association, selon lequel la "visibilité" est déterminante pour l’essor de la filière.

Développer une production d’hydrogène made in France

Selon l’Afhypac, la capacité de la France à développer sa production d’hydrogène pour atteindre les objectifs fixés impose la transposition en France de la directive RED II (Renewable Energy Directive II). "Cette directive fait la part belle aux énergies renouvelables, car à l’horizon 2030, les fournisseurs de carburants devront avoir incorporé 14 % de carburants renouvelables dans leurs ventes", explique Philippe Boucly. Cette directive fait émerger un marché en faveur du gaz léger. "Le remplacement de l’hydrogène fossile, actuellement utilisé dans les raffineries, par de l’hydrogène vertueux va catalyser le développement des électrolyseurs alimentés en électricité renouvelable dans l'industrie des carburants", selon le président de l’Afhypac. Dans son communiqué, l’association pointe l’article 52 de la loi Energie-climat de novembre 2019 qui prévoit de soutenir les entreprises qui utilisent l’hydrogène dans leur transition vers un taux de 20 % à 40 % d’hydrogène décarboné dans leurs procédés industriels d’ici 2030. D'où un gigantesque potentiel de marché.

Mais l’hydrogène renouvelable, ou bas carbone, est aujourd’hui plus coûteux que l’hydrogène fossile. Pour inciter les entreprises françaises de l’hydrogène à occuper ce marché, l’Afhypac propose de les mettre en concurrence en lançant chaque année un appel d’offres qui serait subventionné. Ce dispositif permettrait de "diminuer l’écart de coûts entre l’hydrogène vertueux et l’hydrogène fossile, produit par vaporeformage, et de donner de la visibilité aux acteurs de l’hydrogène décarboné", selon son président qui espère ainsi faire décoller les investissements des filières consommatrices du gaz léger. Cependant, dans la mesure où les parcs éolien et solaire ne suffisent pas encore à l’approvisionnement massif d’électrolyseurs pour produire de l’hydrogène vert, il rappelle que "cela dépendra beaucoup du développement des énergies renouvelables".

Déployer des infrastructures à grande échelle et soutenir l’innovation

Le troisième axe présenté par le président de l’Afhypac concerne "le soutien aux infrastructures de recharge, pour la mobilité, mais également les infrastructures gazières pour assurer la logistique de l’hydrogène". Concernant la mobilité, Stéphanie Paysant, responsable de l’administration chez Afhypac, précise que l’objectif du plan national est d’équiper le territoire de "400 à 1 000 stations d’ici 2028". Cependant, accélérer le déploiement à l’échelle nationale de stations d’hydrogène demande de faire baisser les risques que comporte un tel investissement. Impossible sans une augmentation sensible de la demande de véhicules à hydrogène.

Au niveau des infrastructures gazières destinées à distribuer l’hydrogène dans l’ensemble du territoire national, il s’agit selon Philippe Boucly de "préparer l’arrivée de l’hydrogène – en mélange – dans les canalisations, et de préparer l’adaptation du réseau actuel". L’idée de l’Afhypac est de faciliter le déploiement de l’hydrogène au meilleur coût en réutilisant le maillage existant, ce qui "limiterait les risques de voir apparaître des coûts échoués", précise l’organisation. Autrement dit, éviter les risques impliqués par un investissement dans un nouveau réseau de transport. Le président de l’Afhypac compte proposer à l’Etat l’objectif de 10 % d’hydrogène en mélange dans les canalisations de gaz naturel d’ici 2030.

Mais avant d’inonder nos réseaux gaziers avec l’hydrogène décarboné que produiraient nos champions, la recherche autour des technologies de production et d’utilisation doit encore avancer. Bien que matures, les technologies de production d’hydrogène décarboné doivent se développer à plus grande échelle pour répondre à la demande, et faire baisser les coûts de production. "Jusqu’à présent, les acteurs ont repéré un certain nombre de technologies qu’il faut encore améliorer, notamment l’électrolyse à haute température - qui est une technologie très prometteuse -, les réservoirs, et les piles à combustible embarquées", expose Philippe Boucly. Aussi, l’Afhypac insiste sur l'importance de la participation de la France au Projet important d’intérêt européen commun Hydrogène (IPCEI), qui "offrira un cadre pour développer une offre technologique française en accompagnant nos industriels dans l’industrialisation des outils de production sur le territoire national". Reste à espérer que les subventions soient à la hauteur des besoins du secteur.

Ces propositions seront "transmises à la "task force" interministérielle et aux parlementaires et acteurs des territoires dans les prochaines semaines", précise Christelle Werquin, la déléguée générale de l’association.

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